Aussitôt
capturé, l’enfant sauvage, devant sauver son âme, fut baptisé le 16 juin 1732,
sous le prénom de Marie-Angélique[1] avec ce
qui suit :
« ...dont le père et ma mère sont inconnus.. ».
Et puis aussi «... fille qui est née
ou qui a esté transportée des son bas âge dans quelque isle de la mérique.. ».
Une
autre mention, «... agée
d’environ vingt ans... ».
Cette
mention a été biffée et remplacée par « onze ans ».
Un
rajeunissement, peut-être parce qu’il était plus facile d’accueillir dans un
couvent une fillette qu’une jeune fille, surtout avec un passé de sauvagesse.
Cette
précision pour noter qu’à vingt ans, les souvenirs sont plus structurés qu’à dix
ans. Il fallait sans doute éviter quelques fâcheuses révélations.
Marie-Angelique
avait toujours affirmé avoir « passé
les mers ».
D’où
la mention sur l’acte de naissance de celle-ci « qui est née ou qui a esté transportée des son bas âge dans quelque isle
de la mérique.. »
Marie-Angélique et Marie-Catherine Homassel Hecquet ont ainsi passé de longues heures à essayer de reconstituer le puzzle des souvenirs.
Des bribes de sensation, d’impressions, de paysages et de sons comme :
- · Un voyage d’un pays très froid vers un pays chaud.
- · Un enfermement dans un bateau pendant des jours et des jours.
- · Une peinture noire recouvrant son corps.
- · Une vente d’esclaves.
- ·
un patronyme, des Ollive...
L’ouvrage[2], paru
début 1755, eut un énorme succès. Réimprimé plusieurs fois en français et
traduit en allemand (1756) et en anglais (1760).
Répondait-il, ce récit, aux questions qui
brûlaient les lèvres ?
Donnait-il les réponses en ce qui concernait les origines de la
mystérieuse "fille de Songy" ?
Selon les diverses recherches effectuées depuis la parution du livre co-écrit par Marie-Angélique et Marie-Catherine Homassel Hecquet et les divers documents découverts, Marie-Angélique serait née chez les Esquimaux du nord de l'Amérique, issue des peuples algonquiens.
Voilà qui répondrait à un premier souvenir : « Un voyage d’un pays très froid vers un pays chaud ».
Un navire parti du Nord de l‘Europe afin de capturer
des esclaves pour les vendre dans les îles antillaises. Quelques-uns de ces
esclaves, dont la jeune fille, auraient
poursuivi leur route vers l’Europe.
Voilà qui répondrait à l’autre affirmation : « Une peinture noire recouvrant son corps » et « vente d’esclaves ».
Teinture fabriquée à partir d’une plante afin de faire passer la jeune esclave pour venant de Guinée.
La fillette qui devait avoir alors neuf ou dix ans, aurait été prise en affection par une passagère du bateau, Madame de Courtemanche.
Le bateau aurait poursuivi sa route pour arriver dans le port de Marseille[3], alors que
la ville subissait la plus grande épidémie de peste[4] de l’Histoire
de l’Occident.
Aucune possibilité de descendre à terre, les bateaux étaient en quarantaine avec leurs passagers.
Ce serait alors la réponse à une autre affirmation de Marie-Angélique : « Un enfermement dans un bateau pendant des jours et des jours ».
Ce fut alors que Madame de Courtemanche, pour des raisons inconnues, se sépara[5] de l’enfant et la confia à un sieur Ollive propriétaire d’une filature de soie.
Ollive ? N’était-ce pas le nom qu’avait dit porter la jeune fille ?
Voilà Marie-Angélique en Provence.
Comment s’était-elle retrouvée dans les Ardennes ?
Lorsqu’elle fut capturée, elle était vêtue, selon certains témoignages, de « peaux de bêtes ».
Si elle avait été recueillie par Madame de Courtemanche, celle-ci ne lui aurait-elle pas donné des vêtements décents ?
Autre possibilité : Marie-Angélique était-elle une passagère clandestine sur le navire ?
Bien des questions qui restent en suspens.
La fin de la vie de Marie-Angelique Le Blanc est toutefois bien
connue.
[1] Marie Angélique : pour mettre l’enfant sous la protection de la Vierge, et Angélique pour lui redonner la pureté perdue pendant son errance, tout comme pour le patronyme choisi : Le Blanc.
[2] Je n’ai malheureusement pu prendre connaissance de cet
écrit.
[3] Le bateau serait arrivé, selon certain documents le 20
octobre 1720.
[4] L’épidémie fit, à Marseille, entre 30 000 et 40 000 décès sur 80 000 à 90 000 habitants et dans toute la Provence entre 90 000 et 120 000 victimes sur une population de 400 000 habitants environ.
[5] Séparation entre juillet et septembre 1721.
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