Cet enfant fut aperçu pour la première fois, fin mars 1797 dans le bois de Lacaune dans le Tarn, où il vivait dans une hutte de branchages.
Quinze mois plus tard, il fut capturé par des chasseurs. L’enfant était nu et ne se nourrissait que de glands et de racines. Il ne parlait pas.
Confié à une femme de Lacaune chez laquelle il ne reçut que des mauvais traitements, il s’enfuit.
Vêtu de pauvres guenilles, il survécut en mendiant ou grattant le sol pour y extraire navets et pommes de terre qu’il mangeait crus. Il vécut ainsi six mois dans le froid extrême d’un hiver précoce et rigoureux.
En janvier 1800, le jeune garçon transis de froid et affamé, se réfugia, non loin de Saint-Sernin, dans le moulin du nommé Vidal, teinturier. L’homme le soigna et le nourrit.
Le représentant local
du Gouvernement décida de le faire transférer à l’hospice civil de
Saint-Affrique où l’on accueillait les orphelins :
“Je fais conduire, citoyen, dans votre hospice, un enfant inconnu de 12
à 15 ans qui paraît sourd et muet de naissance. Outre l’intérêt qu’il inspire
par la privation de ses sens, il présente encore dans ses habitudes quelque
chose d’extraordinaire qui le rapproche de l’état des sauvages. Sous tous les
rapports, cet être intéressant et malheureux sollicite les soins de l’humanité.“
Le Sauvage fut identifié sous le nom de Saint-Sernin, dans l’hospice civil de Saint-Affrique.
Le comportement de ce nouveau pensionnaire était désastreux aux yeux des bien-pensants : il mordait, cherchait à se débarrasser des vêtements dont on l’affublait, courait à quatre pattes. Et bien évidemment, il refusait de dormir dans un lit. Perturbateur, il fut vite exclu.
L’Abbé Bonnaterre recueillit ce Sauvage chez lui à Rodez où il devint un phénomène de foire. Chacun voulait le voir, le toucher.
Toutefois, Saint-Sernin commença à s’apprivoiser, grâce notamment aux aliments, cuits cette fois. Une délicieuse découverte pour lui !
L’abbé avait fait du bon ouvrage.... Le jeune Sauvage était à présent propre, ne mordait plus, ou presque, les gens qui l’approchaient. Toutefois, il ne parlait toujours pas, émettant quelques grognements de temps à autre. Ses yeux semblaient parfois rirent !!
Nouveau prénom : on l’appelait, à présent, Joseph.
« Citoyen, j’apprends qu’il a été trouvé dans votre département, un
jeune homme qui ne sait que pousser des cris confus et ne parle aucune langue,
je vous prie de me l’adresser sans délai ».
Dans la capitale, Joseph fut l’objet de tous les examens.
L’enfant devait avoir une douzaine d’années. Il mesurait 1.36 mètre. Sa peau était blanche et fine. Il avait des yeux noirs et enfoncés, des cheveux châtains, un nez long et aquilin. Il souriait.
Les premiers examens révélèrent un corps couvert de cicatrices, telles des brûlures. Sur le milieu de la glotte, une suture transversale – cicatrice d’une plaie faite avec un instrument tranchant ?
L’origine de la cicatrice était-elle due à l’intervention d’un chirurgien pour le guérir ?
Avait-on voulu le supprimer ?
Philippe Pinel, aliéniste, dirigeant les asiles d’aliénés de Paris, fit subir à Joseph différents tests. Ne rencontrant aucun succès, il rédigea le rapport suivant :
« Voyez-vous, je pense que ce Joseph est idiot, il n’est pas devenu
idiot, il est idiot de naissance, et c’est sans doute pour cela qu’il a été
abandonné par ses parents dans les bois ».
Joseph étant atteint d’un « état de grande imbécilité », Philippe Pinel préconisa qu’il fut enfermé avec les autres idiots de Paris dans un des asiles qu’il dirigeait !!
Et puis comme toujours, coururent les rumeurs les plus folles...
Le jeune Sauvage aurait été abandonné à l’âge de six ans – en 1794 ou 1795 – par son père, un notaire, l’enfant étant muet et sans doute également sourd.
Qui était ce Joseph ?