mercredi 18 mars 2026

Les divers autres cas de filles et femmes dites « électriques ».

 

Avant d’achever ce chapitre, je souhaitais vous parler brièvement de quelques autres cas.

 

Commençons par la petite Philippine Singer, fillette âgée de onze ans[1].

La petite Philippine vivait chez ses parents à Bergzabern, en Bavière rhénane.

Ce furent, pour elle tout d’abord, des amusements comme faire adhérer des bouts de feuilles de papier à ses mains ou sur un mur.

Puis peu à peu, ce furent des clefs, des pièces de monnaie, des porte-cigares, des montres, des anneaux d’or et d’argent...

Tous, sans exception restaient suspendus à sa main.

Bizarre !!

Il fallait, aux parents de la petite fille, la faire examiner par un médecin.

La tâche de cet examen revint aux docteurs Beutner et Depping. C’était le 20 octobre 1852.

Les deux hommes de science vérifièrent qu’il n’y avait pas, là-dessous, quelques supercheries.

Non, aucune !

Les papiers et autres objets, de plus en plus lourds, adhéraient bien à la main de l’enfant.

 

Le 11 novembre 1852, un officier présent donna à Philippine son sabre avec le ceinturon, le tout pesait environ quatre livres.

À  la stupéfaction de tous, sabre et ceinturon restèrent suspendu au majeur de l’enfant en se balançant, un temps assez long.

Le capitaine, M. Le Chevalier de Zentner, en garnison dans la ville, témoin de ce phénomène, mit une boussole près de la jeune Philippine. L’aiguille de la boussole dévia de 15°.

 

L’enfant devint une véritable attraction.

 

Afin de surveiller l’évolution des phénomènes, Philippine Singer fut admise dans une maison de santé à Frankenthal.

En cet endroit, loin de toute agitation, il fut remarqué que la propriété magnétique de l’enfant se communiquait par simple contact des mains, aux personnes susceptibles de la transmission du fluide.

 

À  noter que Philippine était somnanbule.

Y avait-il un lien ?

 

Tout redevient à la normale, rapidement.

 

 

Passons maintenant à un autre cas, celui d’une jeune femme de vingt-neuf ans.

Cette jeune femme, Mme N., fut examinée à l’hôpital de Bicêtre par le médecin en chef, le docteur Féré.

  

Mme N. reconnue pour son intelligence (y avait-il un lien ?), avait la capacité d’attirer les corps légers –rubans, fragments de papiers...- qui adhéraient à ses doigts. Ses cheveux envoyaient des étincelles au contact du peigne, puis se soulevaient en s’écartant les uns des autres formant une corolle. Le linge crépitait au contact de sa peau en produisant des crépitations lumineuses. Ses vêtements se collaient à son corps entravant ses mouvements, surtout aux niveaux de ses jambes.


Tous ces phénomènes amplifiaient en fonction des émotions de la jeune femme. Les émotions intenses engendraient des réactions électriques soutenues.

Par temps froid et sec, ils se produisaient violemment, alors que par temps humide et brumeux, ils étaient quasi inexistants.

 

Observations et pas des moindres :

Mme N. avait une peau très sèche, ses jambes gerçaient au moindre froid.

Les effets se produisaient notamment au moment de ses menstruations.

 

Ce qui parut étonnant à la fin du XIXème siècle, serait qualifié, aujourdh’ui, de phénomène d’électricité statique.

 

 

Parlons maintenant du cas d’une dame âgée de cinquante-trois ans, Mme B.

Ce fut le Colonel de Rochas qui fut témoin des faits, et voilà ce qu’il dit :


« Un matin, au réveil, Mme B. voulut se lever. Rien de bien extraordinaire à cela, sauf qu’elle s’aperçut que les draps et couvertures adhéraient à son corps. Cherchant désespérément à se dégager, elle fut baignée dans une nappe de feu.

Quelques mois plus tard, voyageant au bord d’un paquebot se dirigeant vers l’Algérie, le même phénomène se produisit. »

Pour calmer ses effets désagréables au possible qui lui procuraient de grandes fatigues, Mme B. prenait un bain glacé.

 

Un récit bien étrange qui laisse à penser que les jeunes filles ou jeunes femmes n’étaient pas les seules concernées.

Est-ce que la ménopause pouvait aussi agir chez la gente féminine de la même façon que l’approche des menstruations ?

 

Je m’arrêterai là pour ces cas électriques. Il y en eu beaucoup d’autres, mais je n’en ai trouvé très peu concernant des garçons, sauf les deux jeunes du presbytère hanté de Cideville, mais là, il s’agissait de bruits et d’objets volants qui n’adhéraient pas mais prenaient leur envol.

Pourquoi ?

Parce qu’il n’y en avait effectivement pas ou peu ?

Est-ce qu’on évitait d’en parler ?

 

Une autre idée me vient en tête, était-ce tout simplement pour mieux marginaliser les femmes, créatures secrètes et possédant des pouvoirs..... maléfiques.

 

Je vous laisse trouver la réponse !

À  bientôt pour d’autres aventures humaines.

 

 



[1] Ce qui va être rapporté dans ce qui suit provient de divers journaux dont le « journal d’Evreux » en date du 8 juillet 1896 et d’un livre écrit par Albert de Rochas.

Un dédale

 

Dédale, un mot qui apparut dans notre vocabulaire, vers 1543.


D’où vient-il ?

Il vient du latin dedalus, désignant un labyrinthe.

Un labyrinthe, construction composée d’un ensemble de couloirs dans lequel il est difficile de retrouver son chemin.

Ce dédale nous renvoie à la légende grecque du Minotaure dont nous devons l’histoire au grand poète, Homère (L’Iliade et l’Odyssée).

 

Minos, fils de Zeus et d’Europe, était roi de Crête. Il demanda au plus grand architecte de son temps, Dédale, de construire un immense labyrinthe dont il était impossible de retrouver la sortie.

Pourquoi cette construction ?

Pour y cacher l’enfant des amours adultères de son épouse, Pasiphaé, avec un taureau blanc envoyé par Poséidon, dieu des mers.



L’enfant, reçu le nom d’Astérios. Mais il naquit avec un corps d’homme surmonté d’une tête de taureau. Un monstre qu’il fallait cacher, surnommé le Minotaure.

Un monstre terrible qui se nourrissait de chair humaine.

 

Je vous parlerai plus tard de la suite de ce récit fantastique qui aboutit à une autre légende, celle du fil d’Ariane ou encore de la chute d’Icare.

 

Dédale possède un dérivé :

Dédaléen ou dédaléenne : un adjectif utilisé par Victor Hugo en 1832 dans l’une de ses œuvres.




 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

                   « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

 

mercredi 11 mars 2026

Un ringard ringard ?

 

Ringard, un mot d’argot apparu dans les années 1960, dans le milieu théâtral.

 

Son origine est bien obscure. Noir complet avant les feux de la rampe.

Mot attribué tout d’abord à un artiste (chanteur – acteur...), artiste de l’ombre qui recherche de petits rôles dans l’espoir de percer un jour.

De là, il désigna un incapable (1970), une personne médiocre, démodée (1974), puis également une chose vieillotte et/ou de mauvaise qualité.

De ce nom et adjectif, découle :

  • ·         Une ringardise (1974) : personne ou objet de caractère ridiculement démodé.

Pas flatteur du tout !!!

 Mais attendez !!!! Ce n’est pas tout !!!

 Il existe un autre « ringard ».

Son origine ? Un mélange d’emprunts :

  • ·         Au wallon, ringuèle : levier
  • ·         À l’allemand, rengel : bûche, rondin – provenant du verbe rangeln : écarter les scories dans un fourneau de forge, d’où le nom, un ringard.

Un ringard, barre de fer servant à manier de grosses pièces à forger, à attiser le feu, à retirer les scories.

D’autres mots de la même origine :

  • ·         Ringarder - verbe transitif (1873) : remuer le combustible.
  • ·         Un ringardage (1950) : action de ringarder.
  • ·         Un ringage (1877) : mâchefer – scories obstruant la grille d’un foyer.

 

Alors, est-ce qu’un ringard peut être ringard ?

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

                   « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

 

mardi 10 mars 2026

Autre cas électrique – Adolphine Benoist – symptômes et remèdes - 5

 Que faire devant tout ce chambardement ?


Ne sachant à quel saint se vouer, la femme du meunier, demanda à sa servante de s’agenouiller et de réciter les sept psaumes de la pénitence. Elle-même se mit en prière.

Rien n’y fit !

 

L’intervention d’un homme d’église devenait indispensable.

Le curé de Cormainville, après avoir eu un entretien accompagné de prières avec Adolphine, fit ce petit rapport : 

« Voici ce que j’ai fait : sans soupçonner ni attaquer personne, après m’être bien assuré par moi-même que les faits étaient réels, j’ai conduit des témoins en nombre suffisant et très dignes de foi à nos supérieurs ecclésiastiques de Chartres qui bien convaincus de la vérité des faits et sans en être nullement étonnés m’ont excité à faire les exorcismes et c’est ce que j’ai fait suivant en tout point ce qui est dans le rituel et le jour même l’obsession a disparu entièrement à la grande joie des pauvres fermiers qui desséchaient de chagrin et de peine. »

L’accalmie fut, malheureusement, de courte durée.

 

Le docteur Larcher de Sancheville qui examina la servante ne put que conclure sans autre explication :

 « Cette jeune fille électrique, âgée de quatorze ans, domestique de ferme, d’une intelligence bornée, serait douée d’une force d’attraction très extraordinaire, à l’endroit des meubles ou autres objets qui l’entourent. La première fois qu’on reconnut les effets de cette singulière faculté, la petite paysanne était en train de bercer un des deux enfants de ses maîtres ; tout à coup, les deux portes d’une armoire fermées à clé s’ouvrent toutes seules, et le linge qu’elle contenait est jeté à travers la chambre, comme lancé par une main invisible. Au même instant une pelisse qu’on avait posée sur le lit voisin, enveloppe le berceau et se fixe sur elle assez fortement pour qu’on ait de la peine à l’enlever. »

 

Le moulin fut assailli par les curieux. Pour une fois qu’il se passait quelque chose de peu ordinaire, il n’était pas pensable de louper le spectacle. Il fallait bien engranger des événements dans la mémoire pour avoir de quoi raconter aux veillées.

Certains frémissaient de peur, mais tout le monde criait : « Au maléfice, au sortilège ».

Voilà tout ce petit monde, sorti de son ordinaire, heureux que leur village accueillit les journalistes de l’Abeille qui, venus sur place, interrogeaient les badauds, fiers d’être écoutés.

 

Tout ce remue-ménage ne résolvait rien, et pour l’entourage de la jeune servante la situation devenait compliquée. Il fallait réfléchir sérieusement.

Adolphine n’avait-elle pas, tout simplement, besoin de repos ?

Dans cette hypothèse, il fut décidé d’envoyer Adolphine à l’hospice de Patay où, trouvant pendant cinq jours une vie calme et réglée, aucun fait étrange ne se produisit.

Mais aussitôt de retour au moulin, les prodiges reprirent.

 

Autour de la jeune fille, se murmuraient bien des choses et notamment : « N’y aurait-il pas là-dessous quelques supercheries ? »

La commission Arago n’avait-elle pas conclu, lors d’un cas semblable, que les mouvements brusques des objets s’expliquaient par « des manœuvres habiles et cachées des pieds et de mains » ?

Surveillance ! Surveillance !

Ce fut à la sœur de la maîtresse de maison, « une femme plein de sagacité et de bon sens » que revint cette tâche.

Quinze jours durant, la surveillante attentive scruta, jour et nuit, tous les mouvements et déplacements d’Adolphine.

Et alors ?

« Hé bien ! Il a été impossible de découvrir à mademoiselle Dolléans la moindre tromperie dans cette jeune fille. Les faits se reproduisaient chaque jour avec une intensité croissante. »

 

La sentence tomba alors irrémédiable :

La pauvre servante fut illico presto renvoyée chez ses parents à Péronville.

Dans le foyer paternel, le calme se fit aussitôt. Enfin ! 


Vous souvenez-vous d’une autre fille électrique, la jeune Angélique Cottin, en 1846 ?

Les mêmes phénomènes s’étaient produits. Les scientifiques avaient conclu qu’elle était prise d’un « état électrique » qui existe naturellement chez certains poissons et qui peut se montrer passagèrement chez l’homme à l’état pathologique. 

Les deux cas paraissent bien semblables.

 

Désirée  Armandine Adolphine Benoist, née le 27 janvier 1834 à Péronville, décéda le 19 mai 1893 à Sandillon dans le Loiret.

Le 17 avril 1853, elle avait épousé Charles Isidore Alfred Maison.

Je suppose que le courant passa très bien entre eux, car ils eurent plusieurs enfants dont :

Louise Clémentine Ernestine – Antoine Ambroise – Casimir – Ferdinand...

 

Ainsi s’achève « le roman de la jeune Adolphine ».

mercredi 4 mars 2026

Une zizanie

 

Zizanie, nom féminin apparu vers 1291.



Cette zizanie vient du bas latin ecclésiastique zizania signifiant : ivraie et au sens figuré : jalousie.

 

Employé d’abord dans la langue biblique pour : mauvaise herbe, la zizanie prit un temps le sens figuré de méchanceté (1474). Ce sens a totalement disparu.

Reste toutefois cette locution (1489) : semer la zizanie : semer la discorde.

 

Vous connaissez sans aucun doute ce film, la zizanie, dont les interprètes principaux sont Annie Girardot et Louis de Funès.

Les deux personnages, mari et femme, sont en total désaccord !

Je dirai même que cette mésentente sème une vraie pagaille !!!  

 

Pas de zizanie en ce qui concerne cet article. Nous n’allons tout de même pas avoir des mots pour un mot !

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

                   « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

vendredi 27 février 2026

Autre cas électrique – Adolphine Benoist – Les incidents de la fin d’année 1848 - 4

 

Alphonsine était maintenant au moulin des Dolléans.


Après quelques semaines, c’était même devenu la routine.

Debout dès l’aube et couchée fort tard, elle passait son temps entre les différentes tâches qu’on lui avait attribuées.

Elle s’occupait aussi des jeunes enfants du meunier, Marie Zoé, François Damien et Narcisse Alexandre.

Les moissons avaient été faites, le foin était rentré, les premiers froids avaient surpris par leur intensité, Noël approchait.

 

Un matin après la mi-décembre, le meunier Dolléans constata un vol de foin dans la grange. Il alla aussitôt en informer le maire du village. Les soupçons se portant tout de suite sur un domestique[1] de ferme, les autorités procédèrent à une perquisition au domicile du jeune homme.

Perquisition n’ayant rien révélé de flagrant.

 

Comment avait-on soupçonné ce journalier ?

Tout simplement sur le témoignage d’Adolphine qui avait aperçu l’homme entrer dans la grange, la veille du forfait, à la nuit tombée.

 

Sans preuve, pas d’arrestation. L’affaire s’arrêtait là.

Par prudence, le meunier Dolléans licencia son domestique. Aurait-il pu conserver sa confiance à son employé après cette suspicion ?

 

Deux jours après les faits, un incendie se déclara dans une des dépendances du moulin.

Heureusement, le feu fut vite maîtrisé et les dégâts minimes.

 

Pour le second méfait, il y avait assurément un mobile. Un domestique renvoyé, poussé par la vengeance et allumant un brasier : ce ne pouvait être que le voleur de foin.

Cette fois, l’arrestation mena à un jugement et à la condamnation du coupable à une peine d’un mois d’emprisonnement.

Le calme semblait enfin revenu au sein du foyer Dolléans.

 

Sauf que ce ne fut pas le cas, car des phénomènes d’une étrangeté diabolique se produisirent.

La jeune Adolphine attirait les objets à elle.

·         Un collier de cheval venant se placer sur ses épaules,

·         Des corbeilles de pain lui tombant sur la tête,

·         Un sac vide la coiffant ou se collant à son corps sans qu’on ne puisse l’ôter,

·         Les meubles dansant, changeant de place,

·         Un peloton de fil venant se loger dans son dos,

·         Toutes sortes d’objets tels, bouts de chandelle, morceaux de viande, pris de frénésie.

Une vraie farandole d’objets dans les pièces où se trouvait la jeune fille.

 

À bien réfléchir, les mêmes phénomènes qui s’étaient produits lorsqu’Adolphine vivait encore chez son père quelques années auparavant.

La première fois, n’était-ce pas en raison d’une révolte contre sa belle-mère et la naissance de ses nouveaux frères et sœurs ?

En ce début janvier 1949, fallait-il prendre en compte les événements du mois précédent au moulin qui avaient choqué, perturbé la jeune fille ?

Savants, prêtres et journalistes allaient se pencher sur le cas « Adolphine Benoist »......



[1] Je n’ai pas retrouvé le nom de l’accusé ni dans les articles de journaux, ni dans les registres d’écrou.

mercredi 25 février 2026

Zigouiller

  


Le verbe zigouiller est attesté dans notre langage depuis la fin du XIXème siècle (1895).

Un mot dialectique venant du Poitou et signifiant :

·         Couper avec un mauvais couteau.

o   Zigue-zigue : mauvais couteau.

 

On trouve aussi une variante dans le verbe zigailler : couper maladroitement – scier mal.

 

Zigouiller, un mot familier, qui n’est plus réellement employé.

 

Avant de disparaître, il a pris, peu à peu, le sens de tuer quelqu’un avec un couteau et enfin de tuer tout simplement quel qu’en soient les moyens.

 

Celui qui a zigouillé quelqu’un, a effectué un zigouillage (1934).

 

Petit conseil : Zigouiller, ne surtout pas exécuter cet acte. Pas de violence .... Merci !

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

                   « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert