mercredi 8 avril 2026

Le Sauvage – première partie

 

 Le Sauvage, ce fut le surnom qu’il reçut après sa capture.

 

Cet enfant fut aperçu pour la première fois, fin mars 1797 dans le bois de Lacaune dans le Tarn, où il vivait dans une hutte de branchages.

Quinze mois plus tard, il fut capturé par des chasseurs. L’enfant était nu et ne se nourrissait que de glands et de racines. Il ne parlait pas.

Confié à une femme de Lacaune chez laquelle il ne reçut que des mauvais traitements, il s’enfuit.

Vêtu de pauvres guenilles, il survécut en mendiant ou grattant le sol pour y extraire navets et pommes de terre qu’il mangeait crus. Il vécut ainsi six mois dans le froid extrême d’un hiver précoce et rigoureux.

 

En janvier 1800, le jeune garçon transis de froid et affamé, se réfugia, non loin de Saint-Sernin, dans le moulin du nommé Vidal, teinturier. L’homme le soigna et le nourrit.

Le représentant local du Gouvernement décida de le faire transférer à l’hospice civil de Saint-Affrique où l’on accueillait les orphelins :

Je fais conduire, citoyen, dans votre hospice, un enfant inconnu de 12 à 15 ans qui paraît sourd et muet de naissance. Outre l’intérêt qu’il inspire par la privation de ses sens, il présente encore dans ses habitudes quelque chose d’extraordinaire qui le rapproche de l’état des sauvages. Sous tous les rapports, cet être intéressant et malheureux sollicite les soins de l’humanité.

 

Le Sauvage fut identifié sous le nom de Saint-Sernin, dans l’hospice civil de Saint-Affrique.

Le comportement de ce nouveau pensionnaire était désastreux aux yeux des bien-pensants : il mordait, cherchait à se débarrasser des vêtements dont on l’affublait, courait à quatre pattes. Et bien évidemment, il refusait de dormir dans un lit. Perturbateur, il fut vite exclu.

 

L’Abbé Bonnaterre recueillit ce Sauvage chez lui à Rodez où il devint un phénomène de foire. Chacun voulait le voir, le toucher.

Toutefois, Saint-Sernin commença à s’apprivoiser, grâce notamment aux aliments, cuits cette fois. Une délicieuse découverte pour lui !

 L’affaire commençait à faire grand bruit.

 

L’abbé avait fait du bon ouvrage.... Le jeune Sauvage était à présent propre, ne mordait plus, ou presque, les gens qui l’approchaient. Toutefois, il ne parlait toujours pas, émettant quelques grognements de temps à autre. Ses yeux semblaient parfois rirent !!

Nouveau prénom : on l’appelait, à présent, Joseph.

  



À Paris, Lucien Bonaparte voulut absolument voir ce curieux personnage dont la renommée grandissait. Il écrivit au commissaire du gouvernement dans le département de L’Aveyron :

 « Citoyen, j’apprends qu’il a été trouvé dans votre département, un jeune homme qui ne sait que pousser des cris confus et ne parle aucune langue, je vous prie de me l’adresser sans délai ».

 Dix-huit jours de route en calèche pour arriver à Paris, le 6 août 1800.

Dans la capitale, Joseph fut l’objet de tous les examens.

 


L’enfant devait avoir une douzaine d’années. Il mesurait 1.36 mètre. Sa peau était blanche et fine. Il avait des yeux noirs et enfoncés, des cheveux châtains, un nez long et aquilin. Il souriait.

 

Les premiers examens révélèrent un corps couvert de cicatrices, telles des brûlures. Sur le milieu de la glotte, une suture transversale – cicatrice d’une plaie faite avec un instrument tranchant ?

L’origine de la cicatrice était-elle due à l’intervention d’un chirurgien pour le guérir ?

Avait-on voulu le supprimer ?

 

Philippe Pinel, aliéniste, dirigeant les asiles d’aliénés de Paris, fit subir à Joseph différents tests. Ne rencontrant aucun succès, il rédigea le rapport suivant :

 « Voyez-vous, je pense que ce Joseph est idiot, il n’est pas devenu idiot, il est idiot de naissance, et c’est sans doute pour cela qu’il a été abandonné par ses parents dans les bois ».

 

Joseph étant atteint d’un « état de grande imbécilité », Philippe Pinel préconisa qu’il fut enfermé avec les autres idiots de Paris dans un des asiles qu’il dirigeait !!

  

Et puis comme toujours, coururent les rumeurs les plus folles...

Le jeune Sauvage aurait été abandonné à l’âge de six ans – en 1794 ou 1795 – par son père, un notaire, l’enfant étant muet et sans doute également sourd.

 

Qui était ce Joseph ?

 

Une lampée

  


Du verbe lamper.

Une lampée (1678), nom féminin : gorgée bue avidement.

De lampe : estomac – car cet estomac reçoit le liquide (la boisson).

Exemple : s’en mettre plein la lampe.

 

Verbe lamper (1642) : en langage familier, « boire avidement ».

 

Le verbe lamper a disparu au profil de laper.

Laper, verbe employé (1165) à propos d’un animal et par analogie vers 1200 d’un homme qui boit en aspirant avec la langue.

 

De laper découlent :

·         Un lapement (1611)

·         Une lapée : quantité de liquide bue en une fois.

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

                   « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

mercredi 1 avril 2026

Les « enfants sauvages » - Trois cas très anciens.

En l’an 1341, un garçon fut découvert par les Bénédictins d’Erfurt[1].


Ce fut le premier cas « d’enfant-loup ».

A l’âge de trois ans, le garçonnet avait été enlevé par des loups.

Les carnassiers ne l’avaient pas dévoré, mais intégré à la meute.

Bons éducateurs, ces loups avaient appris à l’enfant à courir, sauter, l’avaient protégé et nourri convenablement.

Le garçon qui devait avoir entre sept et douze ans lors de sa capture, s’était toujours déplacé à quatre pattes. Il lui fallut longtemps pour se mettre debout et pouvoir marcher très difficilement comme un humain, ses jambes étant déformées.

L’enfant-loup fut amené à la cour du prince de Hesse où il fut examiné comme une bête curieuse.

Ce jeune garçon avait un caractère docile, mais son comportement montrait toutefois qu’il aurait préféré rester avec sa famille-loup. 

 


Overyssel, province de Hollande, en cette année 1717,  fut capturée une jeune fille de dix-neuf ans, environ.

Depuis combien de temps vivait-elle seule dans cette forêt ?

Sa peau basanée était couverte de poils et ses cheveux étaient longs, très longs.

Elle ne mangeait que de l’herbe et des feuillages.

De sa bouche ne sortaient que des cris et grognements. Elle ne sut jamais parler, mais parvenait à communiquer par signes.

Toutefois, elle apprit à filer la laine. Une tâche dont elle s’acquitta jusqu’à la fin de sa vie.

Elle aurait été enlevée à ses parents alors qu’elle n’avait que seize mois.

Qui étaient ses parents ?

Comment avaient-ils pu reconnaître leur enfant après tant de temps ?

Une énigme non résolue !


 

En 1719, ce fut dans les Pyrénées que deux enfants furent découverts, courant comme des cabris.

À cette époque, ce fait fit grand bruit.

Rien d’autre sur ces gamins, ni leur sexe, ni leur âge et encore moins de renseignements sur la suite de leur vie après avoir été recueillis.

Jean-Jacques Rousseau mentionna cette découverte dans un de ses écrits, mais lequel ?

 

 

Je vous ferai découvrir à partir de la semaine prochaine, d’autres enfants découverts dans des lieux insolites, avec cette fois, beaucoup plus de renseignements.



[1] Erfurt se trouve à 95 kms de Leipzig - à 85 kms de Halle  au sud-est, à 40 kms à l'ouest d’Iéna, à 110 kms de Kassel, à 95 kms de Göttingen au nord-est, à 180 kms à l'est de Francfort-sur-le-Maine et à 160 kms au nord de Nuremberg.

mardi 31 mars 2026

Le gibet

  

Gibet, nom masculin, viendrait du francisque gibb (vers 1155) désignant un bâton fourchu.



En anglais, on trouve le mot gib : bâton recourbé.

En bavarois, gippel : branche fourchue.

 

Un gibet :

·         À l’origine, un bâton servant d’arme.

·         Début du XIIe siècle, la potence où étaient exécutés les condamnés par pendaison.

·         Depuis 1690, un lieu de supplice.

 

Le gibet consistait en une construction massive composée d’une plateforme sur laquelle se dressaient des piliers entre lesquels des poutres de traverse auxquelles les suppliciés étaient pendus.

 

 



Le gibet le plus connu et resté dans les mémoires est le « gibet de Montfaucon » à Paris.

Situé sur la butte Montfaucon, proche de l’actuelle place du Colonel Fabien, ce site accueillait les pendaisons ordonnées sous la juridiction royale entre le XIème et XVIIIème siècles. Les dépouilles pendues, parfois démembrées ou décapitées, étaient ensuite exposées aux vents et aux corbeaux.

 

Le gibet de Montfaucon pouvait exposer environ 50 pendus, bien en vue, jusqu’à quelques lieues à la ronde.

 


Montfaucon, devenu trop petit, il fut construit, en 1328, un second site de pendaison à proximité, le gibet de Montigny en 1328, situé au niveau de l’actuelle rue des Récollets.

Abandonnés peu à peu à partir du XVIIème siècle, les deux gibets furent détruits au XVIIIème siècle.

 

Des lieux sinistres qui étaient évités par les passants ou que ceux-ci traversaient le regard au sol.

 

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

                   « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

mercredi 25 mars 2026

Les « enfants sauvages »

 

Qui étaient-ils ces « enfants sauvages » ?


Des enfants qui s’étaient perdus dans les forêts qui jusqu’au début du XXème siècle, abondaient sur de grandes surfaces et dont l’épaisseur ne laissait pas passer les rayons du soleil.

Des enfants abandonnés sciemment,  par leurs parents ou proches, car illégitimes, atteints d’une malformation ou encore pouvant être un obstacle pour une succession – pouvoir et héritage. Des enfants gênants.

 

Quel était le devenir de ces enfants dans ce milieu hostile ?

 

Ils devenaient des proies faciles pour les prédateurs carnassiers, surtout s’ils étaient frêles ou handicapés.

Les plus résistants, les plus débrouillards arrivés à survivre.

Aperçus à la tombée de la nuit rôdant autour d’un village ou par des chasseurs au cours d’une battue, leur existence se trouvait dévoilée.

 

Des enfants en piteux état. Sales, mangeant avidement avec les mains, ne maîtrisant pas la parole, ils restaient terrorisés devant les humains, cherchant à les mordre et se débattant pour s’enfuir.

Certains d’entre eux furent « apprivoisés » par des médecins qui avec patience essayèrent de les intégrer dans la société.

 

Ce fut un échec pour la plupart d’entre eux.

Tous, par contre, ne vécurent pas longtemps.

 

Je vous propose de découverte quelques-uns de ces enfants sauvages – filles et garçons – qui, examinés comme des phénomènes, laissèrent des traces de leur existence dans des documents, que ce soit en France ou dans d’autres pays.

 

Un labyrinthe


 

Labyrinthe, orthographié :


·         Labarinte, en 1418.

·         Labyrinthe, à partir de 1540.

 

Labyrinthe, du latin, labyrinthus : bâtiment dont il est difficile de trouver la sortie.

Labyrinthe, du grec, laburinthos : employé au sens figuré pour qualifier des raisonnements tortueux.

 

Labyrinthe aurait été employé d’abord en Crête, à propos d’un complexe de cavernes, puis d’un ensemble de bâtiments réunis par des allées contournées, des couloirs inextricables.

 

Divers emplois de Labyrinthe :

·         Enchevêtrement compliqué (1540).

·         Petit bois aux allées entretenues dans un parc (1677).

·         Dallage en méandres d’un pavement d’église que les fidèles parcouraient à genoux (1852).

·         Ensemble de cavités sinueuses de l’oreille interne, ayant donné le mot labyrinthite (inflammation du labyrinthe) en 1912.

 

Quelques dérivés de ce mot :

·         Labyrinthique – adjectif (1549) : relatif au labyrinthe.

·         Labyrinthé ( e ) – adjectif (début du XIXe siècle) : terme littéraire.

·         Labyrinthodonte – nom masculin (1873) : batracien fossile par la structure compliqué de ses dents.

·         Labyrinthiforme – adjectif (1893) : qui est conçu comme un labyrinthe.

 

 

Depuis l'Antiquité, le labyrinthe est reconnu comme le symbole sacré du chemin de la vie.

Dans le christianisme, sa signification symbolique est que l’existence est un parcours semé d'embûches, jalonné de questions sur le sens de la vie et les chemins à emprunter.

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

                   « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

 

mercredi 18 mars 2026

Les divers autres cas de filles et femmes dites « électriques ».

 

Avant d’achever ce chapitre, je souhaitais vous parler brièvement de quelques autres cas.

 

Commençons par la petite Philippine Singer, fillette âgée de onze ans[1].

La petite Philippine vivait chez ses parents à Bergzabern, en Bavière rhénane.

Ce furent, pour elle tout d’abord, des amusements comme faire adhérer des bouts de feuilles de papier à ses mains ou sur un mur.

Puis peu à peu, ce furent des clefs, des pièces de monnaie, des porte-cigares, des montres, des anneaux d’or et d’argent...

Tous, sans exception restaient suspendus à sa main.

Bizarre !!

Il fallait, aux parents de la petite fille, la faire examiner par un médecin.

La tâche de cet examen revint aux docteurs Beutner et Depping. C’était le 20 octobre 1852.

Les deux hommes de science vérifièrent qu’il n’y avait pas, là-dessous, quelques supercheries.

Non, aucune !

Les papiers et autres objets, de plus en plus lourds, adhéraient bien à la main de l’enfant.

 

Le 11 novembre 1852, un officier présent donna à Philippine son sabre avec le ceinturon, le tout pesait environ quatre livres.

À  la stupéfaction de tous, sabre et ceinturon restèrent suspendu au majeur de l’enfant en se balançant, un temps assez long.

Le capitaine, M. Le Chevalier de Zentner, en garnison dans la ville, témoin de ce phénomène, mit une boussole près de la jeune Philippine. L’aiguille de la boussole dévia de 15°.

 

L’enfant devint une véritable attraction.

 

Afin de surveiller l’évolution des phénomènes, Philippine Singer fut admise dans une maison de santé à Frankenthal.

En cet endroit, loin de toute agitation, il fut remarqué que la propriété magnétique de l’enfant se communiquait par simple contact des mains, aux personnes susceptibles de la transmission du fluide.

 

À  noter que Philippine était somnanbule.

Y avait-il un lien ?

 

Tout redevient à la normale, rapidement.

 

 

Passons maintenant à un autre cas, celui d’une jeune femme de vingt-neuf ans.

Cette jeune femme, Mme N., fut examinée à l’hôpital de Bicêtre par le médecin en chef, le docteur Féré.

  

Mme N. reconnue pour son intelligence (y avait-il un lien ?), avait la capacité d’attirer les corps légers –rubans, fragments de papiers...- qui adhéraient à ses doigts. Ses cheveux envoyaient des étincelles au contact du peigne, puis se soulevaient en s’écartant les uns des autres formant une corolle. Le linge crépitait au contact de sa peau en produisant des crépitations lumineuses. Ses vêtements se collaient à son corps entravant ses mouvements, surtout aux niveaux de ses jambes.


Tous ces phénomènes amplifiaient en fonction des émotions de la jeune femme. Les émotions intenses engendraient des réactions électriques soutenues.

Par temps froid et sec, ils se produisaient violemment, alors que par temps humide et brumeux, ils étaient quasi inexistants.

 

Observations et pas des moindres :

Mme N. avait une peau très sèche, ses jambes gerçaient au moindre froid.

Les effets se produisaient notamment au moment de ses menstruations.

 

Ce qui parut étonnant à la fin du XIXème siècle, serait qualifié, aujourdh’ui, de phénomène d’électricité statique.

 

 

Parlons maintenant du cas d’une dame âgée de cinquante-trois ans, Mme B.

Ce fut le Colonel de Rochas qui fut témoin des faits, et voilà ce qu’il dit :


« Un matin, au réveil, Mme B. voulut se lever. Rien de bien extraordinaire à cela, sauf qu’elle s’aperçut que les draps et couvertures adhéraient à son corps. Cherchant désespérément à se dégager, elle fut baignée dans une nappe de feu.

Quelques mois plus tard, voyageant au bord d’un paquebot se dirigeant vers l’Algérie, le même phénomène se produisit. »

Pour calmer ses effets désagréables au possible qui lui procuraient de grandes fatigues, Mme B. prenait un bain glacé.

 

Un récit bien étrange qui laisse à penser que les jeunes filles ou jeunes femmes n’étaient pas les seules concernées.

Est-ce que la ménopause pouvait aussi agir chez la gente féminine de la même façon que l’approche des menstruations ?

 

Je m’arrêterai là pour ces cas électriques. Il y en eu beaucoup d’autres, mais je n’en ai trouvé très peu concernant des garçons, sauf les deux jeunes du presbytère hanté de Cideville, mais là, il s’agissait de bruits et d’objets volants qui n’adhéraient pas mais prenaient leur envol.

Pourquoi ?

Parce qu’il n’y en avait effectivement pas ou peu ?

Est-ce qu’on évitait d’en parler ?

 

Une autre idée me vient en tête, était-ce tout simplement pour mieux marginaliser les femmes, créatures secrètes et possédant des pouvoirs..... maléfiques.

 

Je vous laisse trouver la réponse !

À  bientôt pour d’autres aventures humaines.

 

 



[1] Ce qui va être rapporté dans ce qui suit provient de divers journaux dont le « journal d’Evreux » en date du 8 juillet 1896 et d’un livre écrit par Albert de Rochas.