mercredi 6 mai 2026

Un larbin

 

Larbin, nom masculin (1827), viendrait de l’argot :


·         Habin = chien (1460).

Une variante de hapin (1725).

Dérivé de

·         Happer = attraper par la gueule.

 

Et qui aurait un lien avec :

·         Hubineux = catégorie de gueux prétendant avoir été mordu par un animal enragé et disant effectuer un pèlerinage à Saint-Hubert (1561).

Bien évidemment pour attirer la pitié et obtenir quelques oboles !

 

·         Hubin (1626) : gueux.

·         Hubin (1728) : chien.

·         Lubin : domestique.


 



En moins de cinquante ans, le mot est passé du sens de mendiant à celui de domestique, prenant toutefois la valeur péjorative d’homme servile.

 

Dérivés de larbin :

·         Un larbinage.

·         Un larbinisme.

 

Le mot larbin reste toutefois très dévalorisant, attribué aux personnes qui effectuent les tâches souvent les plus avilissantes.

Un larbin, un domestique vraiment tout en bas de l’échelle de la valetaille.

 

 

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

                   « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

 

mercredi 29 avril 2026

L’inconnue de Songy – deuxième partie

 




De 1744 à 1751, la jeune Marie Angélique perçut une pension versée par le duc d’Orléans, cousin du Roi. La jeune fille fut également sous la protection de Catherine Opalinska, la mère de Marie Leszczynska, épouse de Louis XV[1]





Marie-Angélique fut accueillie, le 23 avril 1750, au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis intégra, le 20 janvier 1751, le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot.

Malheureusement, le 14 juin  1751, dans cette abbaye, Marie-Angélique tomba d’une fenêtre et fut laissée pour morte à son arrivée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde de la rue Mouffetard. Morte, pas tout à fait, un souffle de vie se manifestait encore. Elle ne reprit conscience qu’après de longs mois.

Un malheur n’arrivait jamais seul...



À peine remise, ce fut le duc d’Orléans qui décédait. Avec ce décès, la jeune femme perdait protection et pension.

 

Pas d’argent ? Dehors !

 

Marie-Angélique se retrouva dans la rue, en novembre 1752, et tomba rapidement dans la misère.

Le 22 septembre 1753, la reine de France, Marie Leszczynska, mise au courant de la déconvenue de  Marie-Angélique, la reçut dans ses appartements privés de Versailles. L’attribution d’une pension annuelle de 240 livres par la reine, lui permit de reprendre une vie descente. Par prudence, la reine prévoyante, se sentant malade, précisa sur son testament que cette somme continua à être versée après sa mort.

Le versement de cette allocation salvatrice permit à Marie-Angélique de revenir résider au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorderue Mouffetard. Dans ce couvent, elle rencontra une dame de charité, Marie-Catherine Homassel Hecquet. Ayant sympathisé, les deux femmes passaient de longs moments en discussions.


Marie-Angélique qui avait retrouvé la mémoire, parla de son enfance brinquebalante. L’idée de mettre par écrit ses expériences, sous la plume de Marie-Catherine Homassel Hecquet[2], s’imposa peu à peu. 

Le passé de Marie-Angélique allait ainsi ressurgir sous le titre de : Histoire d’une jeune fille trouvée dans les bois à l’âge de dix ans.

Que se souvenait-elle réellement des dix premières années de son existence ?

 



[1] Mariage par procuration le 15 août  1725 en la  cathédrale de Strasbourg. Mariage à Fontainebleau le 5 septembre 1725.

[2]Marie-Catherine Homassel – 12 juin 1686 à Abbeviller -8 juillet 1764 à Paris. Nous reviendrons sur cette personne un peu plus tard.

 

mardi 28 avril 2026

Pignocher

 

Pignocher apparut à la fin du XVIème siècle sous l’orthographe : espinocher.

Espinocher :  s’occuper de bagatelle puis, manger par petits morceaux avec dégoût.

 

Une espinoche, en 1450, nommait un petit morceau d’une chose comestible.

 

Espinoche est un dérivé de espine : épine qui donna le verbe pigner : donner des coups de griffes.

 

Perdant le sens de griffer, pignocher garda la signification de manger sans appétit, par petits morceaux.

 

·         Un pinocheur (euse) – nom (1640) : personne qui chipote devant son assiette.

·         Pinoché (e) : participe passé du verbe pinocher.

·         Se pinocher : verbe pronominal dont la signification n’a rien à voir avec l’appétit, a été employé par Victor Hugo en 1862 pour : se battre.

 

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

                   « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

mardi 21 avril 2026

L’inconnue de Songy – première partie

 An 1731, Louis XV régnait sur la France depuis le 1er septembre 1715.


Dans un petit village en Champagne, apparut, un soir de septembre, une étrange créature.

Vêtue de haillons, sale, pieds nus, les cheveux emmêlés, elle menaçait quiconque l’approchait d’un bâton.

La peur s’empara des habitants du petit village de Songy, qui croyant voir le diable s’enfuirent en hurlant.

Habitants barricadés derrière leurs volets clos, la créature battit en retraite et, réfugiée dans un arbre, s’endormit.

 

Le vicomte d'Espinoy décida de prendre l’affaire en mains. Il fallait tout d’abord attraper ce sauvage qui, toujours sur une branche, refusait de descendre. L’appâter par de l’eau et de la nourriture ?

 Excellente idée, certes, mais agile comme un félin, aussi descendu, aussitôt remonté.

Toutefois, un jour, ne résistant pas, la faim au ventre, il suivit une servante jusqu’aux cuisines du château du vicomte et se jeta sur la nourriture, un lapin fraîchement tué, qu’il dévora.

 

Il ? Non, elle ! Car, il s’avéra qu’il s’agissait d’une fillette d’environ neuf ou dix ans.

Le vicomte décida de la faire héberger par son berger.

 Le 30 octobre 1731, la sauvagesse fut transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne, et accueillie dans la section des femmes.

Dans cet hospice, elle devait  travailler à l'atelier de bonneterie. N’ayant jamais travaillé de ses mains, le labeur fut compliqué !

 Lorsqu’elle quitta l’hospice, elle intégra pour des durées plus ou moins longues six couvents différents à Vitry-le-François, Sainte-Menehould, Joinville-en-Champagne et Reims.


Dans ces divers lieux religieux, au contact des sœurs qui l’avaient prise en charge, elle apprit à vivre comme il seyait à une jeune fille.

Cela demanda du temps, beaucoup de temps.... pendant lequel, lentement, la mémoire sembla lui revenir.

Un jour, elle déclara se nommer Marie-Angéliques des Olives.

Un panard

  

Panard, mot argotique ou populaire désignant :

·         Un soulier (1898).

·         Le pied (1910).

 

Panard viendrait de l’adjectif panard-e- (1790) qualifiant un animal (voire un homme) dont les pieds de devant sont tournés vers le dehors.


 

Peut-être aussi en lien avec le provençal panard (boiteux) mot employé par Mistral.

Ou encore avec le mot latin      :

·         Pes – pedis (pied).

·         Penas (grand pied).

·         D’où panard : qui a de grands pieds.

 

De panard (pied) à soulier (1910), il n’y a qu’un seul pas !

 

Deux expressions, parlant de jouissance et bonheur :

·         Prendre son panard.

·         C’est le panard !

Expressions qui sont devenues avec le temps :

·         Prendre son pied

·         C’est le pied !

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

                   « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

mercredi 15 avril 2026

Le Sauvage – deuxième partie


Philippe Pinel s’était donc désintéressé de l’enfant, quoique pas tout à fait, puisqu’il souhaitait le voir intégrer un de ses hospices.

Un autre psychiatre, du nom d’Esquirol, jugea qu’il ne pourrait jamais évoluer et se détourna de lui.

 Le nouveau directeur de l’Institut des sourds-muets, Jean-Marc Gaspard Itard, un grand savant au cœur admirable, s’intéressa au jeune Joseph, le baptisant Victor. Encore un changement de nom. Après Sauvage, Saint-Serin et Joseph, il devint définitivement Victor.

Jean-Marc Gaspard Itard prit en affection ce Victor qui, étant passé de main en main, commençait à déperir. Visiblement, il lui fallait du calme pour reprendre goût à la vie et commencer à se sociabiliser.

 

Jean Marc Gaspard Itard embaucha une femme, Madame Guérin, qu’il chargea de surveiller son
protégé. Une surveillance continuelle pour laquelle elle toucha un salaire de 150 francs par an.

Elle prit l’enfant chez elle dans une bâtisse délabrée, impasse des Feuillantines à Paris.

Chaque jour, cette gouvernante emmenait Victor faire une promenade dans un parc. Voilà Victor dans son élément : la nature !

Il retrouvait alors son instinct sauvage et grimpait aux arbres avec jubilation. Le faire redescendre était un tout autre problème...

Les jours de neige, malgré le froid, Victor, poussant des cris de joie, se roulait dedans.

Madame Guérin, dans ces moments-là, se trouvait bien démunie, car le jeune garçon devenait incontrôlable.

 

Victor fit peu de progrès. Sourd-muet, son état l’isolait, même au sein de l’Institut des sourds-muets.

Aucun jeu n’attirait son attention.

 

Victor vécut dix-sept années.

Au cours de toutes ces années, il ne dévoila aucun de ses secrets.

Ce qu’on se souvint de lui, c’était qu’il appréciait le vin....

 Au début de l’hiver 1828, Victor décéda. Son corps fut jeté dans une fosse commune.

 

Mais, il ne fut pas si oublié que cela car :

·         Un vaudeville, mis en scène par Emmanuel Dupaty,  intitulé «Le sauvage du département de l'Aveyron ou Il ne faut jurer de rien», fut donné dans la capitale en 1801.

Emmanuel Dupaty – Emmanuel Félicité Louis Charles Dupaty – né le 30 juillet 1775 et décédé le 29 juillet 1851. Auteur dramatique, goguettier et chansonnier.

·         Une statue de basalte, œuvre de Rémi Coudrain,  trône sur la place du Port à Saint-Sernin-sur-Rance, petit bourg aveyronnais, représentant un enfant accroupi le visage caché par une longue chevelure, rappelle le jeune Victor.


·         François Truffaut a réalisé avec brio, en 1970, un film « l’enfant sauvage », racontant l’histoire de ce jeune garçon découvert dans un bois non loin du village de Lacaune en 1797.  

 

Ce fut sans doute « l’enfant sauvage » le plus connu, encore aujourd’hui.

Mais il y en eu beaucoup d’autres.......

Un godelureau

 




Un godelureau, nom masculin, ayant eu plusieurs orthographes :

  • ·         Gaudelureau (avant 1545).
  • ·         Guodelureau (1611).
  • ·         Godelureau (1648).



Pour Bloch et Wartburg, le mot serait composé pour sa première partie de :

  • ·         God : cri pour appeler les animaux domestiques.

de :

  • ·         Goder ou gaudir : se réjouit (du latin gaudere).

Ou encore de :

  • ·         Goguer : plaisanter (ayant donné goguenard).

 

Et pour la seconde partie de :

  • ·         Galureau : galant, mignon (1530).

 

Autre avis, celui de P. Guiraud :

Godelureau est construit de :

  • ·         God – gode – godon – godel : gobelet
  • ·         Lureau : variante de luron.

 

Et alors, après tout cela ?

 

Un godelureau, mot familier et péjoratif, désignant un jeune homme aux manières affectées, qui aime courtiser les femmes.

 

Mais aussi, au vu de la construction du mot, un homme qui aime boire et qui a le « verre joyeux » voire « l’ivresse exubérante ».

 

Un joyeux luron, tout à fait charmant !

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

                   « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert