mercredi 20 mai 2026

L’inconnue de Songy – cinquième partie

 

Sans enquête, nous ne saurons donc jamais les causes de la mort de Marie-Angélique.

 

Revenons toutefois sur la personne qui a été à l’origine du projet du livre : Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois.

 

Qui était cet écrivain, Marie-Catherine Homassel Hecquet ?

 

Marie-Catherine Homassel avait vu le jour le 12 juin 1686 à Abbeville en Picardie.

Elle avait épousé, le 4 août 1710 à Abbeville en Picardie, Jacques Hecquet d’Orval[1], négociant d'Abbeville, puis directeur de la Manufacture Royale des moquettes[2] , manufacture qui avait été reprise en 1683 par son beau-père.

De leur union, naquit un fils, Jacques Hecquet d’Orval (1711-1797).

 

Écrivain et biographe française, on sait peu de choses sur Marie-Catherine Homassel.

Si ce n’est qu’elle avait entretenu un échange épistolaire, pendant une trentaine d’années, avec une religieuse et supérieure du couvent de l’Hôtel-Dieu de Montréal, Marie-Andrée Regnard Duplessis – nom en religion, Mère de Sainte-Hélène. Les deux femmes se seraient rencontrées dans la région parisienne. Un peu plus tard, Marie-Andrée Regnard Duplessis avait suivi ses parents en Amérique.

 




Il se dit aussi, qu’elle ne serait pas l’auteur du livre qui lui fut attribué : Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois.

Pourtant, il fut affirmé par Charles Marie de La Contamine[3] : « Une veuve qui vivait près de Saint-Marceau et qui, ayant rencontré la jeune fille et s'étant liée d'amitié avec elle après la mort de Monsieur le Duc d’Orléans qui l'avait protégée, s'était efforcée de raconter son histoire ».  

Alors qui croire ?

 



À la fin de sa vie, Marie-Catherine Homassel Hecquet se serait retirée dans un couvent, sans mentionner lequel.

Elle décéda le 8 juillet 1764 à Paris.

Voilà quelques petites précisions pour clore cette rencontre avec la sauvagesse de Songy.



[1] Jacques Hecquet d’Orval : né le 7 avril 1689 à Abbeville et décédé le 13 septembre 1762 à Paris.

[2] La Manufacture Royale des moquettes : manufacture de « velours et moquettes » d’Abbeville, établie par COLBERT.

[3] Charles Marie de la Contamine : né le 27 janvier 1701 à Paris et décédé dans cette même ville le 4 février 1774 – explorateur, scientifique, astronome et encyclopédiste.

 

Une hallebarde

 



 

Hallebarde : nom féminin.

Orthographié allabarde en 1333.

Ce mot est emprunté à l’allemand helmbarte : hache à poignée.

·         Helm ou halm : poignée

·         Barte                : hache

 

Une hallebarde est une arme à longue hampe, utilisée du XVe au XVIIe siècle.



 

Ne reste de ce mot que quelques locutions :

·         Il pleut des hallebardes : il pleut à verse.

Précision, en Normandie, on emploie plutôt : il pleut comme vache qui pisse.

·         Rimer comme hallebarde et miséricorde : faire de mauvaises rimes.

 

Quelques dérivés qui ne sont plus usités de nos jours :

·         Le hallebardier (1483) : fantassin armé d’une hallebarde.

 

Nous sommes, avec cette arme archaïque, bien loin des drones actuels.

Les temps changent....


 



Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

                   « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

 

jeudi 14 mai 2026

L’inconnue de Songy – quatrième partie

 

Marie-Angélique Le Blanc n’était jamais malade. Elle avait la chance d’avoir une santé à toute épreuve. Si ce n’avait pas été le cas, jamais elle n’aurait survécu seule dans une forêt.

 


Or, en ce 15 décembre 1775, elle était alitée quasi à l’article de la mort.

 

Une voisine demeurant tout comme elle à l’angle des rues du Temple et Notre-Dame-de-Nazareth, s’inquiétant, alla  quérir un chirurgien, le sieur Mellet. Celui-ci déclara ne rien pouvoir faire.

Il fallait prévenir au plus vite un prêtre.

L’église paroissiale étant éloignée, le ministre de Dieu tarda à venir. Ce fut alors un des moines du monastère franciscain tout proche qui se pressa au chevet de la mourante, un authentique moine, en robe de bure, sandales de bois et cordelette.

 

Quelques minutes après avoir reçu les derniers sacrements, Marie-Angélique expirait.

 

Cette mort soudaine semblait toutefois suspecte. Le sieur Maillot, commissaire du Châtelet mena une enquête. Arrivé sur les lieux vers une heure après midi, il fureta dans la maison, ouvrit les tiroirs et les armoires, en quête d’indices.

Il se renseigna auprès des différentes personnes  côtoyant la défunte et demanda à un juré-chirurgien de chercher des traces criminelles sur la dépouille mortuaire.

Après examen du corps, aucune trace de coups, mais la jeune femme aurait pu être empoisonnée.

Dans l’attente de plus d’informations, des scellés furent apposés sur les portes et fenêtres du domicile.

Pourquoi cette suspicion d’empoisonnement ?

 

Mi-janvier1776, la machine judiciaire se mit en place.

 

Quelques faits notoires :

Six mois avant son décès, le mercredi 7 juin 1775, Marie-Angélique avait prêté une somme de 512 livres à un bourgeois de Bourgogne, le sieur Goisot, devant son notaire habituel. Ce dernier,  déjà condamné au criminel, était alors en difficulté pour le remboursement à Marie-Angélique, qui devait avoir lieu, début de 1776.

D’autre part, fait curieux, la fille du sieur Goisot, se trouvait, le matin même du décès brutal, au domicile de Marie-Angélique[1]. La demoiselle Goisot était employée chez un apothicaire !

Étrange également, les symptômes de « la mort subite » de Marie-Angélique se révélèrent identiques à ceux de l’empoisonnement des rats, chiens et chats errants de l’époque.

 

Cependant, une cause naturelle était toujours possible :

Marie-Angélique souffrait depuis quelque temps de crises d'asthme d’ailleurs, ce fut pour cette raison qu’elle avait quitté les appartements du troisième étage qu’elle occupait pour s’installer au rez-de-chaussée.

Empoisonnement ? Fort possible !

Mais aucune preuve formelle.

Sans preuves formelles, les questions restèrent sans réponse. Il n’y eut aucune suite. L’enquête s’arrêta là.

 

Il ne vous reste plus qu’à consulter, pour plus de renseignements :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc

Et peut-être aussi vous plonger dans le livre écrit pas Marie-Angélique Le Blanc et Marie-Catherine Homassel Hecquet : Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois.

 



[1] Cela valide ces mots de Voltaire : « empoisonnement ? Cherchez l’apothicaire », la fille du sieur Goisot était servante chez l’apothicaire du Prince de Conti où elle aurait eu toute aisance de se procurer les poisons les plus variés.

 

mercredi 13 mai 2026

Un pignouf

 


Pignouf, nom masculin populaire et familier, attesté dans notre vocabulaire en 1858 est dérivé du verbe pigner : geindre – pleurnicher.

Un pignouf  est une personne mal élevée et grossière.

 

Dans la corporation des cordonniers, le pignouf (1862) était un apprenti.

 

·         Une pignouferie ou une pignouflerie, fut employée par Flaubert en 1865.

De même que :

·         Un pignouffisme ou pignouflisme, apparaît dans un écrit de Flaubert quelques années plus tard (1873).

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

                   « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert


vendredi 8 mai 2026

L’inconnue de Songy – troisième partie


Pour commencer, parlons d’un document très important : le certificat de baptême de Marie-Angélique.

Aussitôt capturé, l’enfant sauvage, devant sauver son âme, fut baptisé le 16 juin 1732, sous le prénom de Marie-Angélique[1] avec ce qui suit :

« ...dont le père et ma mère sont inconnus.. ». Et puis aussi «... fille qui est née ou qui a esté transportée des son bas âge dans quelque isle de la mérique.. ».

Une autre mention, «... agée d’environ vingt ans...  ».

Cette mention a été biffée et remplacée par « onze ans ».

 

Un rajeunissement, peut-être parce qu’il était plus facile d’accueillir dans un couvent une fillette qu’une jeune fille, surtout avec un passé de sauvagesse.

 

Cette précision pour noter qu’à vingt ans, les souvenirs sont plus structurés qu’à dix ans. Il fallait sans doute éviter quelques fâcheuses révélations.

 

Marie-Angelique avait toujours affirmé avoir « passé les mers ».

D’où la mention sur l’acte de naissance de celle-ci « qui est née ou qui a esté transportée des son bas âge dans quelque isle de la mérique.. »

 

 

Marie-Angélique et Marie-Catherine Homassel Hecquet ont ainsi passé de longues heures à essayer de reconstituer le puzzle des souvenirs.

Des bribes de sensation, d’impressions, de paysages et de sons comme :

  • ·         Un voyage d’un pays très froid vers un pays chaud.
  • ·         Un enfermement dans un bateau pendant des jours et des jours.
  • ·         Une peinture noire recouvrant son corps.
  • ·         Une vente d’esclaves.
  • ·         un patronyme, des Ollive...

 


L’ouvrage[2], paru début 1755, eut un énorme succès. Réimprimé plusieurs fois en français et traduit en allemand (1756) et en anglais (1760).

Répondait-il, ce récit, aux questions qui brûlaient les lèvres ?

Donnait-il les réponses en ce qui concernait les origines de la mystérieuse "fille de Songy" ?

Selon les diverses recherches effectuées depuis la parution du livre co-écrit  par Marie-Angélique et Marie-Catherine Homassel Hecquet et les divers documents découverts, Marie-Angélique serait née chez les Esquimaux du nord de l'Amérique, issue des peuples algonquiens.


Voilà qui répondrait à un premier souvenir : « Un voyage d’un pays très froid vers un pays chaud ».

Un navire parti du Nord de l‘Europe afin de capturer des esclaves pour les vendre dans les îles antillaises. Quelques-uns de ces esclaves, dont la jeune fille,  auraient poursuivi leur route vers l’Europe.

Voilà qui répondrait à l’autre affirmation : « Une peinture noire recouvrant son corps » et « vente d’esclaves ».

Teinture fabriquée à partir d’une plante afin de faire passer la jeune esclave pour venant de Guinée.

 

La fillette qui devait avoir alors neuf ou dix ans, aurait été prise en affection par une passagère du bateau, Madame de Courtemanche.

Le bateau aurait poursuivi sa route pour arriver dans le port de Marseille[3], alors que la ville subissait la plus grande épidémie de peste[4] de l’Histoire de l’Occident.

Aucune possibilité de descendre à terre, les bateaux étaient en quarantaine avec leurs passagers.



Ce serait alors la réponse à une autre affirmation de Marie-Angélique : « Un enfermement dans un bateau pendant des jours et des jours ».

Ce fut alors que Madame de Courtemanche, pour des raisons inconnues, se sépara[5] de l’enfant et la confia à un sieur Ollive propriétaire d’une filature de soie.

Ollive ? N’était-ce pas le nom qu’avait dit porter la jeune fille ?

 

Voilà Marie-Angélique en Provence.

Comment s’était-elle retrouvée dans les Ardennes ?

Lorsqu’elle fut capturée, elle était vêtue, selon certains témoignages, de « peaux de bêtes ».

Si elle avait été recueillie par Madame de Courtemanche, celle-ci ne lui aurait-elle pas donné des vêtements décents ?

Autre possibilité : Marie-Angélique était-elle une passagère clandestine sur le navire ?

 

Bien des questions qui restent en suspens.

La fin de la vie de Marie-Angelique Le Blanc est toutefois bien connue.



[1] Marie Angélique : pour mettre l’enfant sous la protection de la Vierge, et Angélique pour lui redonner la pureté perdue pendant son errance, tout comme pour le patronyme choisi : Le Blanc.

[2] Je n’ai malheureusement pu prendre connaissance de cet écrit.

[3] Le bateau serait arrivé, selon certain documents le 20 octobre 1720.

[4] L’épidémie fit, à Marseille, entre 30 000 et 40 000 décès sur 80 000 à 90 000 habitants et dans toute la Provence entre 90 000 et 120 000 victimes sur une population de 400 000 habitants environ.

[5] Séparation entre juillet et septembre 1721.

mercredi 6 mai 2026

Un larbin

 

Larbin, nom masculin (1827), viendrait de l’argot :


·         Habin = chien (1460).

Une variante de hapin (1725).

Dérivé de

·         Happer = attraper par la gueule.

 

Et qui aurait un lien avec :

·         Hubineux = catégorie de gueux prétendant avoir été mordu par un animal enragé et disant effectuer un pèlerinage à Saint-Hubert (1561).

Bien évidemment pour attirer la pitié et obtenir quelques oboles !

 

·         Hubin (1626) : gueux.

·         Hubin (1728) : chien.

·         Lubin : domestique.


 



En moins de cinquante ans, le mot est passé du sens de mendiant à celui de domestique, prenant toutefois la valeur péjorative d’homme servile.

 

Dérivés de larbin :

·         Un larbinage.

·         Un larbinisme.

 

Le mot larbin reste toutefois très dévalorisant, attribué aux personnes qui effectuent les tâches souvent les plus avilissantes.

Un larbin, un domestique vraiment tout en bas de l’échelle de la valetaille.

 

 

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

                   « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

 

mercredi 29 avril 2026

L’inconnue de Songy – deuxième partie

 




De 1744 à 1751, la jeune Marie Angélique perçut une pension versée par le duc d’Orléans, cousin du Roi. La jeune fille fut également sous la protection de Catherine Opalinska, la mère de Marie Leszczynska, épouse de Louis XV[1]





Marie-Angélique fut accueillie, le 23 avril 1750, au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis intégra, le 20 janvier 1751, le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot.

Malheureusement, le 14 juin  1751, dans cette abbaye, Marie-Angélique tomba d’une fenêtre et fut laissée pour morte à son arrivée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde de la rue Mouffetard. Morte, pas tout à fait, un souffle de vie se manifestait encore. Elle ne reprit conscience qu’après de longs mois.

Un malheur n’arrivait jamais seul...



À peine remise, ce fut le duc d’Orléans qui décédait. Avec ce décès, la jeune femme perdait protection et pension.

 

Pas d’argent ? Dehors !

 

Marie-Angélique se retrouva dans la rue, en novembre 1752, et tomba rapidement dans la misère.

Le 22 septembre 1753, la reine de France, Marie Leszczynska, mise au courant de la déconvenue de  Marie-Angélique, la reçut dans ses appartements privés de Versailles. L’attribution d’une pension annuelle de 240 livres par la reine, lui permit de reprendre une vie descente. Par prudence, la reine prévoyante, se sentant malade, précisa sur son testament que cette somme continua à être versée après sa mort.

Le versement de cette allocation salvatrice permit à Marie-Angélique de revenir résider au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorderue Mouffetard. Dans ce couvent, elle rencontra une dame de charité, Marie-Catherine Homassel Hecquet. Ayant sympathisé, les deux femmes passaient de longs moments en discussions.


Marie-Angélique qui avait retrouvé la mémoire, parla de son enfance brinquebalante. L’idée de mettre par écrit ses expériences, sous la plume de Marie-Catherine Homassel Hecquet[2], s’imposa peu à peu. 

Le passé de Marie-Angélique allait ainsi ressurgir sous le titre de : Histoire d’une jeune fille trouvée dans les bois à l’âge de dix ans.

Que se souvenait-elle réellement des dix premières années de son existence ?

 



[1] Mariage par procuration le 15 août  1725 en la  cathédrale de Strasbourg. Mariage à Fontainebleau le 5 septembre 1725.

[2]Marie-Catherine Homassel – 12 juin 1686 à Abbeviller -8 juillet 1764 à Paris. Nous reviendrons sur cette personne un peu plus tard.