Alphonsine était maintenant au moulin des Dolléans.
Après quelques semaines, c’était même devenu la routine.
Debout dès l’aube et couchée fort tard, elle passait son temps entre les
différentes tâches qu’on lui avait attribuées.
Elle s’occupait aussi des jeunes enfants du meunier, Marie Zoé, François
Damien et Narcisse Alexandre.
Les moissons avaient été faites, le foin était rentré, les premiers froids
avaient surpris par leur intensité, Noël approchait.
Un matin après la mi-décembre, le meunier Dolléans constata un vol de foin
dans la grange. Il alla aussitôt en informer le maire du village. Les soupçons
se portant tout de suite sur un domestique de
ferme, les autorités procédèrent à une perquisition au domicile du jeune homme.
Perquisition n’ayant rien révélé de flagrant.
Comment avait-on soupçonné ce journalier ?
Tout simplement sur le témoignage d’Adolphine qui avait aperçu l’homme
entrer dans la grange, la veille du forfait, à la nuit tombée.
Sans preuve, pas d’arrestation. L’affaire s’arrêtait là.
Par prudence, le meunier Dolléans licencia son domestique. Aurait-il pu
conserver sa confiance à son employé après cette suspicion ?
Deux jours après les faits, un incendie se déclara dans une des dépendances
du moulin.
Heureusement, le feu fut vite maîtrisé et les dégâts minimes.
Pour le second méfait, il y avait assurément un mobile. Un domestique
renvoyé, poussé par la vengeance et allumant un brasier : ce ne pouvait
être que le voleur de foin.
Cette fois, l’arrestation mena à un jugement et à la condamnation du coupable
à une peine d’un mois d’emprisonnement.
Le calme semblait enfin revenu au sein du foyer Dolléans.
Sauf que ce ne fut pas le cas, car des phénomènes d’une étrangeté diabolique
se produisirent.
La jeune Adolphine attirait les objets à elle.
·
Un collier de cheval venant se placer sur ses
épaules,
·
Des corbeilles de pain lui tombant sur la tête,
·
Un sac vide la coiffant ou se collant à son corps
sans qu’on ne puisse l’ôter,
·
Les meubles dansant, changeant de place,
·
Un peloton de fil venant se loger dans son dos,
·
Toutes sortes d’objets tels, bouts de chandelle,
morceaux de viande, pris de frénésie.
Une vraie farandole d’objets dans les pièces où se trouvait la jeune fille.
À bien réfléchir, les mêmes phénomènes qui s’étaient produits lorsqu’Adolphine
vivait encore chez son père quelques années auparavant.
La première fois, n’était-ce pas en raison d’une révolte contre sa
belle-mère et la naissance de ses nouveaux frères et sœurs ?
En ce début janvier 1949, fallait-il prendre en compte les événements du
mois précédent au moulin qui avaient choqué, perturbé la jeune fille ?
Savants, prêtres et journalistes allaient se pencher sur le cas « Adolphine
Benoist »......