Que faire devant tout ce chambardement ?
Ne sachant à quel saint se vouer, la femme du meunier, demanda à sa servante de s’agenouiller et de réciter les sept psaumes de la pénitence. Elle-même se mit en prière.
Rien n’y fit !
L’intervention d’un homme d’église devenait indispensable.
Le curé de Cormainville, après avoir eu un entretien accompagné de prières avec Adolphine, fit ce petit rapport :
« Voici
ce que j’ai fait : sans soupçonner ni attaquer personne, après m’être bien
assuré par moi-même que les faits étaient réels, j’ai conduit des témoins en
nombre suffisant et très dignes de foi à nos supérieurs ecclésiastiques de
Chartres qui bien convaincus de la vérité des faits et sans en être nullement
étonnés m’ont excité à faire les exorcismes et c’est ce que j’ai fait suivant
en tout point ce qui est dans le rituel et le jour même l’obsession a disparu
entièrement à la grande joie des pauvres fermiers qui desséchaient de chagrin
et de peine. »
L’accalmie fut, malheureusement, de courte durée.
Le docteur Larcher de Sancheville qui examina la servante ne put que conclure sans autre explication :
« Cette jeune fille électrique, âgée de quatorze ans, domestique de ferme, d’une intelligence bornée, serait douée d’une force d’attraction très extraordinaire, à l’endroit des meubles ou autres objets qui l’entourent. La première fois qu’on reconnut les effets de cette singulière faculté, la petite paysanne était en train de bercer un des deux enfants de ses maîtres ; tout à coup, les deux portes d’une armoire fermées à clé s’ouvrent toutes seules, et le linge qu’elle contenait est jeté à travers la chambre, comme lancé par une main invisible. Au même instant une pelisse qu’on avait posée sur le lit voisin, enveloppe le berceau et se fixe sur elle assez fortement pour qu’on ait de la peine à l’enlever. »
Le moulin fut assailli
par les curieux. Pour une fois qu’il se passait quelque chose de peu ordinaire,
il n’était pas pensable de louper le spectacle. Il fallait bien engranger des
événements dans la mémoire pour avoir de quoi raconter aux veillées.
Certains frémissaient
de peur, mais tout le monde criait : « Au maléfice, au
sortilège ».
Voilà tout ce petit monde, sorti de son ordinaire,
heureux que leur village accueillit les journalistes de l’Abeille qui,
venus sur place, interrogeaient les badauds, fiers d’être écoutés.
Tout ce remue-ménage ne résolvait rien, et pour l’entourage de la jeune servante la situation devenait compliquée. Il fallait réfléchir sérieusement.
Adolphine n’avait-elle pas, tout simplement, besoin de repos ?
Dans cette hypothèse, il fut décidé d’envoyer Adolphine à l’hospice de Patay où, trouvant pendant cinq jours une vie calme et réglée, aucun fait étrange ne se produisit.
Mais aussitôt de retour au moulin, les prodiges reprirent.
Autour de la jeune fille, se murmuraient bien des choses et notamment : « N’y aurait-il pas là-dessous quelques supercheries ? »
La commission Arago n’avait-elle pas conclu, lors d’un cas semblable, que les mouvements brusques des objets s’expliquaient par « des manœuvres habiles et cachées des pieds et de mains » ?
Surveillance ! Surveillance !
Ce fut à la sœur de la maîtresse de maison, « une femme plein de sagacité et de bon sens » que revint cette tâche.
Quinze jours durant, la surveillante attentive scruta, jour et nuit, tous les mouvements et déplacements d’Adolphine.
Et alors ?
« Hé bien ! Il a été impossible de découvrir à mademoiselle Dolléans la moindre tromperie dans cette jeune fille. Les faits se reproduisaient chaque jour avec une intensité croissante. »
La sentence tomba alors irrémédiable :
La pauvre servante fut illico presto renvoyée chez ses parents à Péronville.
Dans le foyer paternel, le calme se fit aussitôt. Enfin !
Vous souvenez-vous d’une autre fille électrique, la jeune Angélique Cottin, en 1846 ?
Les mêmes phénomènes s’étaient produits. Les scientifiques avaient conclu qu’elle était prise d’un « état électrique » qui existe naturellement chez certains poissons et qui peut se montrer passagèrement chez l’homme à l’état pathologique.
Les deux cas paraissent bien semblables.
Désirée Armandine Adolphine Benoist, née le 27 janvier 1834 à Péronville, décéda le 19 mai 1893 à Sandillon dans le Loiret.
Le 17 avril 1853, elle avait épousé Charles Isidore Alfred Maison.
Je suppose que le courant passa très bien entre eux, car ils eurent plusieurs enfants dont :
Louise Clémentine Ernestine – Antoine Ambroise – Casimir – Ferdinand...
Ainsi s’achève « le roman de la jeune Adolphine ».
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