« Et v’là qu’ ça la r’prend ! »
s’exclama une ouvrière en voyant le tour devant lequel se trouver Angélique
Cottin se renverser à nouveau.
Oui, ça continuait et de plus en plus.
Les parents d’Angélique furent bien évidemment
informés.
Par la rumeur
tout d’abord, avant la contremaîtresse.
Madeleine Françoise, la mère, s’exclama en se
signant : « C’est-y qu’ l’Angélique s’rait possédée du
démon ? »
Jean Louis, le père, qui ne croyait pas à toutes ces
fadaises de bonnes femmes, levant les yeux au ciel, préconisa de consulter un
médecin.
Sage décision.
Les médecins locaux qui examinèrent les premiers la
jeune fille, conseillèrent aux parents d’aller consulter quelques savants à
Paris.
Quant au curé, il refusait toujours l’exorcisme, car
tout comme Saint-Thomas avant lui, il souhaitait voir les phénomènes afin de
juger de visu. Après, il aurait, éventuellement, recours aux prières
appropriées.
Il vit, le curé, le lendemain, les pelles, les
pincettes, les tisons, les livres s’envoler à l’approche d’Angélique, même la
paire de ciseaux, attachée à sa ceinture, se redresser et se libérer de son
cordon.
Pour lui c’était évident, sa jeune paroissienne était
atteinte d’un mal physique inconnu qui n’avait rien à voir avec une possession
diabolique.
La maison de la famille Cottin n’avait jamais connu
de pareils passages. On venait du village, mais aussi des villes environnantes
pour prendre des nouvelles, mais surtout pour voir et raconter. En quelques
jours, plus de mille personnes avait défilé dans l’humble demeure.
Angélique était devenue une attraction.
Devant tout ce bouleversement, il fut décidé
d’accepter l’avis des médecins et d’aller à Paris.
Ce fut ainsi qu’Angélique quitta son petit village.
Fière mais aussi inquiète, elle était toutefois joyeuse d’entreprendre un si
grand voyage. Pensez donc, elle que l’on disait être « d’une intelligente
bornée » se rendre dans la grande, très grande ville.
À Paris, la
famille rencontra le docteur Cholet dont le cabinet se situait à l’Hôtel de
Rennes, dans la rue des Deux Ecus.
Puis ensuite, Monsieur Arago accueillit la famille à
l’observatoire, en présence de Messieurs Mathieu, Laugier et Goujon.
Angélique fut soumise à diverses expériences et tous
ces hommes savants, après une demi-heure, constatèrent les faits
suivants :
·
Angélique, de la main gauche attirait
une feuille de papier placée sur le bord d’une table.
·
À l’approche de la jeune ouvrière, un
guéridon fut projeté violemment contre le mur, alors qu’Angélique se retrouvait
par terre à l’autre bout de la pièce.
·
Une chaise sur laquelle avait pris place
la jeune fille fut entraînée dans une danse folle.
Les hommes de science notaient ce qu’ils voyaient en
essayant de découvrir s’il n’y avait pas quelques supercheries.
Mais non ! Rien !
Après chaque phénomène, la pauvre Angélique semblait
épuisée, déchargée de toute énergie. Ses membres la faisaient atrocement
souffrir.
Le docteur Tanchon entreprit lui aussi quelques
expériences telles :
·
Une chaise tenue par des forts de la
Halle sur laquelle la patiente était assise, ne pouvant se mouvoir en raison de
la force des hommes, se brisa entre leurs mains.
·
Une table à manger, un guéridon, un
canapé d’un bon poids furent repoussés violemment lorsque les vêtements
d’Angélique les touchèrent.
Autre constatation et pas des moindres :
lorsque la jeune fille se trouvait isolée du sol par du verre, du taffetas
gommé, de la cire ou tout autre substance non-conductrice de l’électricité,
aucune manifestation ne se produisait.
Après conciliabule avec ses confrères, Monsieur
Arago demanda à l’Académie de nommer une commission afin de procéder à des
« expériences complètes et
rigoureuses ».
Angélique qui s’était réjoui de découvrir la capitale
commençait à déchanter, car devenue en peu de temps une bête de foire examinée
et testée par des savants qui, devant son cas, semblaient démunis.
La presse s’était également emparée de son histoire qui
faisait la une des journaux.
Angélique commençait à regretter sa vie calme
d’antan, l’atelier et ses compagnes.