jeudi 11 décembre 2025

Angélique Cottin devant les médecins.

 

« Et v’là qu’ ça la r’prend ! » s’exclama une ouvrière en voyant le tour devant lequel se trouver Angélique Cottin se renverser à nouveau.

Oui, ça continuait et de plus en plus.

 

Les parents d’Angélique furent bien évidemment informés.

 Par la rumeur tout d’abord, avant la contremaîtresse.

 

Madeleine Françoise, la mère, s’exclama en se signant : « C’est-y qu’ l’Angélique s’rait possédée du démon ? »

Jean Louis, le père, qui ne croyait pas à toutes ces fadaises de bonnes femmes, levant les yeux au ciel, préconisa de consulter un médecin.

Sage décision.

Les médecins locaux qui examinèrent les premiers la jeune fille, conseillèrent aux parents d’aller consulter quelques savants à Paris.



 

Quant au curé, il refusait toujours l’exorcisme, car tout comme Saint-Thomas avant lui, il souhaitait voir les phénomènes afin de juger de visu. Après, il aurait, éventuellement, recours aux prières appropriées.

Il vit, le curé, le lendemain, les pelles, les pincettes, les tisons, les livres s’envoler à l’approche d’Angélique, même la paire de ciseaux, attachée à sa ceinture, se redresser et se libérer de son cordon.

Pour lui c’était évident, sa jeune paroissienne était atteinte d’un mal physique inconnu qui n’avait rien à voir avec une possession diabolique.

 


La maison de la famille Cottin n’avait jamais connu de pareils passages. On venait du village, mais aussi des villes environnantes pour prendre des nouvelles, mais surtout pour voir et raconter. En quelques jours, plus de mille personnes avait défilé dans l’humble demeure.

Angélique était devenue une attraction.

 

Devant tout ce bouleversement, il fut décidé d’accepter l’avis des médecins et d’aller à Paris.

Ce fut ainsi qu’Angélique quitta son petit village. Fière mais aussi inquiète, elle était toutefois joyeuse d’entreprendre un si grand voyage. Pensez donc, elle que l’on disait être « d’une intelligente bornée » se rendre dans la grande, très grande ville.

 

 À Paris, la famille rencontra le docteur Cholet dont le cabinet se situait à l’Hôtel de Rennes, dans la rue des Deux Ecus.

Puis ensuite, Monsieur Arago accueillit la famille à l’observatoire, en présence de Messieurs Mathieu, Laugier et Goujon.

Angélique fut soumise à diverses expériences et tous ces hommes savants, après une demi-heure, constatèrent les faits suivants :

·         Angélique, de la main gauche attirait une feuille de papier placée sur le bord d’une table.

·         À l’approche de la jeune ouvrière, un guéridon fut projeté violemment contre le mur, alors qu’Angélique se retrouvait par terre à l’autre bout de la pièce.

·         Une chaise sur laquelle avait pris place la jeune fille fut entraînée dans une danse folle.

 


Les hommes de science notaient ce qu’ils voyaient en essayant de découvrir s’il n’y avait pas quelques supercheries.

Mais non ! Rien !

Après chaque phénomène, la pauvre Angélique semblait épuisée, déchargée de toute énergie. Ses membres la faisaient atrocement souffrir.

 

Le docteur Tanchon entreprit lui aussi quelques expériences telles :

·         Une chaise tenue par des forts de la Halle sur laquelle la patiente était assise, ne pouvant se mouvoir en raison de la force des hommes, se brisa entre leurs mains.

·         Une table à manger, un guéridon, un canapé d’un bon poids furent repoussés violemment lorsque les vêtements d’Angélique les touchèrent.

Autre constatation et pas des moindres : lorsque la jeune fille se trouvait isolée du sol par du verre, du taffetas gommé, de la cire ou tout autre substance non-conductrice de l’électricité, aucune manifestation ne se produisait.

 

Après conciliabule avec ses confrères, Monsieur Arago demanda à l’Académie de nommer une commission afin de procéder à des « expériences complètes et rigoureuses ».

 

Angélique qui s’était réjoui de découvrir la capitale commençait à déchanter, car devenue en peu de temps une bête de foire examinée et testée par des savants qui, devant son cas, semblaient démunis.

La presse s’était également emparée de son histoire qui faisait la une des journaux.

Angélique commençait à regretter sa vie calme d’antan, l’atelier et ses compagnes.

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