mercredi 1 avril 2020

Soyons fous pour une fois ..... La suite .......



Un peu de vocabulaire sortant de l’ordinaire ! Suite 1......

Alors, prêts pour la suite ?


Chiabrena ?
Nous avons vu ce que « Brener » voulait dire, aussi nous pouvons traduire ce mot à la consonance colorée, mais pas que, par : « chiure de mouche » !!

Le nouveau texte étant ainsi lancé, nous pouvons continuer !!

Faquin – nom masculin désignant au XVIème siècle un portefaix et, vers 1561, un homme méprisable.

Foutriquet – nom masculin également, ayant la même signification que « faquin », mais apparu deux siècles plus tard, vers 1791.

Un belître – attesté au XVème  siècle sous la forme de « Bellendre » de l’allemand « bedeler », mendiant – gueux.
Ne pas confondre avec « ballâtre », apparu sous la plume de Rabelais en 1546, écrit « bellastre », pour désigner un homme assez beau et qui prit le sens péjoratif  vers 1740 de : homme d’une beauté fade, se donnant des airs jugés légèrement vulgaires. Pas non plus très flatteur, ce mot « bellâtre » !

Paltoquet – masculin – mot venant de paletot – manteau – houppelande, habits rustiques. Vers 1704, mot attribué à un homme aux manières grossières, comme les habits dont il était affublé.

Un grippeminaud – super joli, non ?
Vient du verbe « gripper » (vers 1425), de « gripan » signifiant : empoigner – saisir, mais dans le sens de voler.
Imaginez Aragon criant : « Au grippeminaud ! Au grippeminaud ! ». L’effet théâtral en aurait été amoindri !! Ça, pour sûr !!


Maraud – nom masculin – est toutefois plus connu.
Ce maraud était : « Marault », vers 1480 et devint « Maraud » vers 1549.
Un maraud travaillait le bois et fabriquait des coffres (en bois – logique !) et pour effectuer son labeur, allait de ville en ville. Sa vie errante n’était pas sans susciter la méfiance.
Alors, très vite, un « marault » devint un mendiant, un filou (vers 1480).
Un siècle plus tard, vers 1580, il apparaissait comme un homme de condition inférieure.

De là :
·         Marauder, vers 1549 : mendier
·         Une maraude, vers 1679, un vol commis par des soldats et, vers 1754, un vol de produits agricoles.
Traiter quelqu’un de maraud, équivaut à le désigner comme « voleur » !!


........................   à suivre


Pour cette petite histoire autour d’un mot,
Je me suis aidée du
« Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

HISTOIRE VRAIE - LES EMPOISONNEUSES


DES  SIÈCLES D'EMPOISONNEUSES


L’AFFAIRE BODIN - BOURSIER 




CHAPITRE 3

Les procès attiraient beaucoup de monde, surtout lorsqu’il y avait eu meurtre, et bien évidemment lorsque derrière tout cela se cachait un adultère.

La première audience de ce procès eut lieu le jeudi 27 novembre 1823.



Les deux inculpés furent introduits dans le box des accusés, ils comparaissaient :
·         La femme Boursier pour  avoir le 23 juin 1823, attenté à la vie de Guillaume Etienne Boursier, par l’effet de substances pouvant donner la mort.
·         le sieur Nicolas Kostolo pour s’être rendu complice de ce crime en aidant et assistant avec connaissance de cause la veuve Boursier dans l’exécution de son crime.




Marie Adélaïde Bodin, veuve Boursier était d’assez petite taille. Quatre pieds et cinq pouces[1].
Pas vraiment jolie. Son visage, marqué par la petite vérole,  possédait des traits épais.
Vêtue sobrement d’une robe d’étamine noire, d’un bonnet de gaze noire sur lequel avait été jeté un voile, également noir, elle gardait les yeux baissés.
Nicolas Kostolo avait une taille très élevée[2], un visage aux traits réguliers.
Vêtu de noir lui aussi, il gardait néanmoins la tête haute, le regard droit et fier qu’il promenait alentours sur la salle d’audience, comme l’aurait fait un touriste[3].

L’audience débuta à dix heures et demie par la déclinaison de l’identité des deux prévenus.
D’abord, la jeune veuve qui se leva chancelante et répondit d’une voix d’une extrême faiblesse et déclara se nommer :
Marie Adélaïde Bodin, veuve Boursier, âgée de trente-sept ans, de son état épicière et demeurant rue de la Paix.

D’une voix forte et assurée, Nicolas Kostolo, après avoir donné son nom, poursuivit :
« Trente ans. Je n’exerce aucune profession. Je demeure rue de Grammont au numéro 15. Je suis né à Constantinople ».

Le greffier lut l’acte d’accusation et le président de séance commença une série de questions, afin d’exposer aux jurés, les faits.
Mme veuve Boursier fut la première sur la sellette.

« Vous avez épousé la victime le 2 février 1809 et avez eu avec lui cinq enfants. Vous avez fait la connaissance de Nicolas Kostolo par l’intermédiaire de votre tante Mme veuve Flamand qui habite un petit appartement rue de la Paix, au-dessus de l’épicerie, qui elle-même l’avait connu d’un M. Charles, domestique. Kostolo cherchait du travail et vous vous êtes proposé de l’aider.
-          Oui, répondit timidement Marie Adélaïde.

L’interrogatoire prit alors un aspect plus direct, mais n’était-ce pas pour cela que beaucoup de personnes s’étaient déplacer, en ce lieu ?

« Avez-vous eu des relations intimes avec Kostolo ? Ne vous en êtes-vous pas confiée à la fille Reine, votre servante ?

Bien gênantes toutes ces questions devant cette assemblée.  Dévoiler, là, toute son intimité, salir ce qu’elle croyait être une histoire d’amour. Mais que pouvait-elle faire d’autre que de répondre et essayer de convaincre ?
Alors, elle avoua  qu’elle rencontrait Kostolo à l’insu de son mari. Elle admit avoir prêté de l’argent à son amant, à hauteur de deux-cent-cinquante ou trois cents francs. Mais, cet argent devait l’aider à récupérer des effets qu’il avait déposés au Mont-de-piété. Son mari n’était pas au courant de ces prêts.

« Un prêt de deux ou trois cents francs, s’étonna le président, Kostolo, dans sa déposition, a parlé de sept cents, voire huit cents francs. Qu’en est-il exactement ?
-          Je ne sais plus, répondit avec lassitude la veuve Boursier.

Puis, le président de séance en vint à l’achat de mort-aux-rats et d’arsenic effectué par M. Boursier. Là encore la veuve n’en avait pas eu connaissance, ce genre d’achat était l’affaire de son époux.

On en vint au jour de la mort et au refus par la veuve de pratiquer une autopsie.  Avait-elle peur de ce que les médecins pouvaient découvrir ?

« J’avais, avait-elle répondu, demandé avis à ma famille et à mes amis. Et m’avait été répondu : « ne fais pas cette bêtise ». Ce fut plus tard, sur le conseil du docteur Bordot que j’ai accepté. C’était pour savoir la raison du décès, pour les enfants, en cas de maladie héréditaire. Pour moi, il s’agissait d’un coup de sang.
-          Et pourquoi  cette inhumation précipitée ?
-          Parce qu’il faisait chaud....
-          Des témoignages confirment que c’est sur votre insistance, et pas en raison de la chaleur. Bon, nous verrons cela plus tard. Avez-vous poursuivi votre liaison coupable avec Kostolo après le décès de votre mari ?
-          Non, uniquement un baiser parce qu’il insistait.
-          Il venait pourtant tous les jours vous rendre visite ? Kostolo, qu’avez-vous à répondre ?

Nicolas Kostolo, se leva à la question qui lui était directement adressée, puis affirma :
« Nous avons eu une relation intime, dans la chambre du mort, quinze jours après l’enterrement.
-          Cela est faux, s’insurgea Marie Adélaïde, ayant tout à coup retrouvé toute la puissance de sa voix.

Elle fut, quelques minutes plus tard, totalement anéantie lorsque à la question du président :
«  Kostolo, n’avez-vous pas proposé le mariage à la veuve Boursier ? »
La réponse fut : « Non, jamais !!! »

La séance s’interrompit, sur ce « non » catégorique et sans appel, pour reprendre en début d’après-midi.



[1] Quatre pieds et cinq pouces, soit environ 1 m 44 (les mesures des pieds et pouces variés selon les régions - à Paris : 1 pied = 32.80 cm et 1 pouce = 2.54 cm) – taille moyenne pour une femme en ce début de XIXème siècle.
[2] Sans aucune précision. Mais qu’entendait-on par « taille élevée », à cette époque où la moyenne tournait autour d’un mètre soixante ?
[3] J’ai eu un doute sur l’emploi de ce mot, mais il est apparu dans notre langage vers 1803. (vient de l’anglais « tourist » (1790), voyageur.

mercredi 25 mars 2020

Soyons un peu fous !!!


Soyons fous pour une fois ..... Un peu de vocabulaire sortant de l’ordinaire !


Pour s’insulter, nos ancêtres avaient du vocabulaire et du beau.
En fait, ils possédaient l’art et la manière d’emballer des qualificatifs fort désagréables dans de la dentelle finement ouvragée !

Vous êtes prêts ?


Nom et adjectif à la fois, nous allons commencer par :
Bréneux qui au féminin donne bréneuse.
De « bran » ou »bren », au sens de d’excrément, souillé de matière fécale – (Joliment dit !), au sens propre du mot... (enfin, propre, si on veut !!).
Et au sens figuré : mauvais – laid.

Le verbe « embrener », vers 1532,  signifiait « salir d’excrément »... avec le temps il a évolué en « emmerder », qui changea aussi de sens et fut utilisé pour : embêter – ennuyer.

Au XVème siècle, lorsque quelqu’un se voyait traité de « breneux », il fallait traduire par « merdeux » !


Lansquenet !
Autre injure venant de la transformation d’un mot allemand : Landsknecht de « land » : pays – terre et « knecht » : serviteur.
Un « landsknecht » était donc un valet de ferme.

Mais dans une bouche haineuse, il prenait la signification de « bouseux » !!


Clabaudeuse.
Pour bien connaître la signification de cette injure, il faut remonter très loin......

1501, un « clabaud » était une espèce de chien qui aboyait très fort. Ce mot donna le verbe « clabauder », aboyer très fort.
1511, ce n’étaient plus les chiens qui clabaudaient, mais les humains. Non, les humains n’aboyaient pas, mais criaient très fort à tort et à travers, souvent pour ne dire que des inepties ou médire avec emphase.
Clabauder contre quelqu’un : médire – cancaner.
Le temps passa.....
1554 – on trouvait une clabaudeuse (pas qu’une d’ailleurs....)
Un clabaudage, en  1567.
Et une clabauderie en 1611.

D’ailleurs, sans être une injurie véritablement, le terme n’était pas très flatteur pour celle qui en était la cible. Je dis « elle », car je n’ai pas découvert de masculin à « clabaudeuse » !!!
Assurément, c’est un oubli !!



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Chaque grande ville, dans les temps anciens possédait ce lieu intouchable, impénétrable..... « une coure des miracles ».
S’entassaient là, des exclus de la société, vivant de mendicité. Pour attirer les bonnes grâces des âmes sensibles, bons comédiens, ils feignaient maladies et handicaps.
Revenus dans leur refuge, loin de tout regard, ils redevenaient sains et bien-portants, comme par miracle, d’où le nom de leur « quartier résidentiel ».
Il y avait les « sabouleux », faux épileptiques la bave au bord des lèvres. Une bave qui effrayait les passants qui donnaient une piécette afin de s’éloigner bien vite.
Une bave de savon, sabouleux. Il suffisait d’un tout petit morceau de savon placé sous la langue et que la salisse faisait mousser.

Le « malingreux » était un faux mendiant qui exhibait d’abominables plaies, fausses ou entretenues, pour faire pitié, toujours dans le but d’escroquer les braves gens trop sensibles.

Vers 1690, ce mot prit le sens de personne délicat, chétive.
Depuis 1867,  malingreux, devint adjectif sous la forme « malingre » : de mal (mauvaise santé) et haingre ou heigre (chétif – maigre).



........................   à suivre


Pour cette petite histoire autour d’un mot,
Je me suis aidée du
« Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert



HISTOIRE VRAIE - LES EMPOISONNEUSES


HISTOIRE VRAIE
DES SIECLES D’EMPOISONNEUSES

L’AFFAIRE BODIN - BOURSIER




CHAPITRE 2

Le docteur Bordot vint le samedi. Puis, le lendemain, dimanche, un second médecin, le sieur Tarta se présenta au chevet du malade. Les deux hommes de sciences malgré leurs soins ne purent rien faire. Le mal empirait. Le malade déclinait.

Le sieur Toupié, élève en médecin, veilla le malade toute la nuit[1] du dimanche au lundi. Il avait ordre de poser des sangsues sur les bras du pauvre Boursier agonisant, et également des sinapismes sur ses jambes.
Traitement qui ne fit qu’affaiblir encore plus le moribond qui expira le lundi, sur les quatre heures du matin, dans les bras de l’amant de sa femme, le dit Kostolo.
Une mort très rapide qui laissa perplexes les médecins qui demandèrent à la veuve la permission d’ouvrir le corps pour en connaître les causes.
Le début d’été étant torride, la putréfaction du corps dégagerait assurément, rapidement, des odeurs qui pouvaient nuire au commerce.
Ce fut donc pour cette raison que Mme veuve Boursier refusa l’autopsie.
Et de plus, l’enterrement n’était-il pas déjà programmé pour le lendemain ?

Ce fut donc le lendemain, mardi, à 10 heures que le corps du défunt fut descendu dans une fosse creusée, à cet effet, dans le cimetière du Père Lachaise.

Tout cela fit bien jaser. Normal !!
Ce décès soudain semblait suspect.
Le sieur Kostolo eut l’esprit effleuré par quelques doutes..... Le poison !! Mais très vite, il chassa cette idée qu’il trouva malsaine, se gardant bien d’en parler à quiconque.

Les médecins Bordot et Tarta insistèrent pour que soit effectuée une autopsie. Tout simplement parce qu’il fallait savoir de quoi était décédé le sieur épicier afin de préserver ses enfants. Cette maladie pouvait être héréditaire. Mieux valait savoir !

Voilà pourquoi, Mme Bodin veuve Boursier demanda audience au Procureur du Roi.
Le 30 juillet 1823, le cadavre fut exhumé devant témoins.
Il y avait là, afin d’identifier « l’exhumé » :
Les docteurs en médecin Bordot et Tarta qui avaient soigné, sans résultat, le pauvre défunt.
La demoiselle Reine, fille de boutique, celle qui se trouvait dans les confidences des escapades extraconjugales de sa maîtresse.
Joséphine Blin, domestique, celle-là même qui avait préparé la soupe.
Béranger, le garçon de boutique.
Toutes ces personnes connaissant fort bien le sieur Boursier.
Chacun confirma, devant le cercueil ouvert, que le corps exhumé était bien celui de Guillaume Etienne Boursier.

L’examen du corps ne confirma nullement les soupçons du corps médical, à savoir une rupture de vaisseaux dans la poitrine, mais la découverte fut bien pire, bien plus horrible : Cet homme était décédé d’une mort voulue, programmée, effectuée par une main assassine, ayant versé du poison.

Le 1er août 1823, le dossier de cette malheureuse affaire arriva sur le bureau du juge d’instruction qui se rendit sans tarder à l’épicerie de la rue de la Paix.
                                                                               
La veuve Boursier était  alitée, souffrante. La mort de son époux l’avait anéantie. Elle fit l’objet d’une haute surveillance de la part de la police. Elle était devenue la première suspecte.
La perquisition effectuée au domicile Boursier et à la boutique, tout comme au domicile de Nicolas Kostolo ne donna aucun résultat.

Il fallait au plus vite connaître la réalité des faits.
Que s’était-il produit ce 28 juin au matin, juste avant 9 heures, dans la salle à manger, entre le moment où Joséphine Blin avait déposé la casserole contenant la soupe au riz et une assiette et l’absorption des premières cuillerées de la soupe par le maître des lieux ?

Aucun étranger n’étant entré dans la salle à manger, l’acte meurtrier ne pouvait venir que d’un familier.
Et cet acte effectué après que la domestique ait soustrait un peu de soupe pour elle et le petit. Ces deux dernières personnes n’ayant pas été malades.

Marie Adélaïde Boursier, selon ses dires, avait également goûté cette soupe.

Alors ?

Marie Adélaïde Boursier et Nicolas Kostolo furent arrêtés......

Le procès dévoilera peut-être la vérité.




[1] Auprès de lui également, Mme Boursier et le sieur Kostolo.

mercredi 18 mars 2020

BILLEVESÉES ???


Dites-vous parfois des billevesées ?


Billevesée : nom féminin, apparu au cours du XVème siècle.
Pas tout jeune, je vous l’accorde !

La fin du mot, « vesée », correspond à l’adjectif « védé – vézé » qui signifie « ventru » ou plutôt « gonflé ».
Une veze (1532) n’était autre qu’une cornemuse, de « vesse », le souffle.
Logique, ne gonfle-t-on pas cet instrument à « poche », avec le souffle ?

Et le début du mot, « bille » ?
Peut-être une altération de « bieille », désignant un boyau.

Enfin, tout cela reste encore très nébuleux, mais nous l’avons dit une kyrielle de fois, les mots vont et viennent, se trouvant déformés à maintes reprises au fil des interprétations qui font que leur sens dérive parfois loin, très loin de leur signification première.
Parfois même veulent-ils dire tout le contraire....

Alors, si nous utilisions encore ce mot, très joli d’ailleurs, dans quel contexte le ferions-nous ?

Des « billevesées » (ce mot étant utilisé surtout au pluriel) sont des paroles vides de sens, des idées creuses, comme nous en entendons, hélas, bien trop souvent aujourd’hui (tout comme hier et avant-hier et encore très certainement demain !!).
Des billevesées !!!
Ce mot mériterait de reprendre du service.

Pour cette petite histoire autour d’un mot,
Je me suis aidée du
« Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert