mercredi 26 mai 2021

Quelle outrecuidance !!

 


Etre outrecuidant (ante) ?

D’où vient ce mot et que signifie-t-il ?

 

Il vient du verbe « outrecuider » apparu vers 1165.

Il est composé de :

·         Outre

·         Cuider  = penser – cogiter

 

Outrecuidant :

·         Arrogant – téméraire, au XIIIème siècle.

·         Arrogant – téméraire avec une pointe de prétention, vers 1760.

 

Le verbe outrecuider, vers 1717, pouvait être traduit par : Montrer à quelqu’un du mépris.

 

Outrecuidance, nom féminin, en usage à partir de 1223, note une idée de confiance excessive en soi-même, mais s’y ajoute aussi la notion de désinvolture et d’impertinence vis-à-vis des autres.

 

Agir avec outrecuidance, peut être remplacé par l’adverbe outrecuidamment, en usage vers 1611, mais sorti du vocabulaire.

Dommage, « outrecuidamment » possède une certaine allure !!

 

Imaginez.....

·         Vous ne pensez pas que cette personne a pris la parole outrecuidamment ?

·         Ne pouvez-vous pas arrêter de vous comporter outrecuidamment ?

 

Quel panache !!!!

Mais j’imagine les yeux ronds de votre interlocuteur, se demandant ce que cela peut bien vouloir dire !!

 

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

« Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

mercredi 19 mai 2021

Arrêtons de nous fatiguer les méninges !!!

 


Tergiverser.....

 

Ce mot serait apparu sous la plume de Rabelais vers 1532 et il viendrait du latin « tergiversari », tourner le dos.

Nous retrouvons ce mot dans l’expression : Terga vertere

·         Tergum : dos

·         Versare : se tourner souvent

 

Tergiverser : user de détours qui signifiait, vers 1866, « hésiter longtemps ».

 

·         Un tergiverseur, attesté en 1495, est celui qui tergiverse. Logique !! Ce mot est sorti d’usage.

·         Tergiversant (ante) – participe-présent du verbe tergiverser – qualifiant quelqu’un d’hésitant, n’est employé que très rarement.

·         Une tergiversation, vers 1300, puis vers 1541, pouvait être utilisée en synonyme des mots : lenteur calculée  ou détour. Ce nom était surtout mis au pluriel. Il est certain que lorsqu’un individu hésitant hésite, ce n’est pas une tergiversation qui tourne dans sa tête, car pesant le pour et le contre, ce sont, évidemment, plusieurs tergiversations qui s’y bousculent.

 

Afin de conclure sans tergiversations, je vous avouerai que j’aime particulièrement la consonance de ce mot.

 

Tergiverser, en fait, c’est assurément perdre du temps.

 

En effet, un tergiverseur tergiversant qui tergiverse, ne se retrouve-t-il pas, très souvent pour ne pas dire toujours, emmêlé dans ses tergiversations ?

Alors, un conseil, soyez direct, pas de tergiversations.

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

« Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

 

HISTOIRE VRAIE – LA MAUVAISE REPUTATION DU LOUP - Chapitre 14

 

Les loups qui ont fait parler d’eux.......

 Les loups du Val de Loire – première partie

 

Plus nous remontons dans le temps, plus il est difficile de trouver des informations concernant les attaques des loups, il en est parlé uniquement si le nombre de victimes dépasse un seuil insupportable.

Alors seulement quelques chroniqueurs révèlent les faits, des baladins en font des chansons qu’ils colportent tout le long de leurs voyages de village en village et, bien évidemment, quelques prêtres de paroisses, lourdement touchées, souhaitant  laisser une trace.

Plus l’événement est d’importance, plus il y a de répercussions. Nous le verrons plus avant avec « l’affaire de la bête du Gévaudan ».

  

Concernant certains prêtres, je ne peux que féliciter et remercier celui de la paroisse de Saint-Jean-de-Braye, le curé Pasquier.

 En effet, sur les registres paroissiaux, il a évoqué, non seulement, les ravages des loups dans son village, mais également dans les villages avoisinants. Une vraie gazette. 

 

Sur l’acte de sépulture  du 29 janvier  1692, jour où était mis en terre Jean Lebrun, fils d’Etienne et Madeleine Botin, il est noté à la fin du document [1]:

« ....... un loup qui en ce temps mangeait les homes et les femes et principalement les enfans et dans la forest et dans tout le vignoble d’Orleans costé de la ville et à l’heure que j’écris, ces choses en avoit mangé ou blessé à mort plus de cinquante depuis deux ans. »

 Jean Lebrun, âgé de 6 ans, était décédé suite à la morsure d’un loup.

En marge de l’acte de sépulture de ce garçonnet, cette mention :  « Bêtes qui mangent le monde ».


 Un mea culpa quelques mois plus tard, en septembre 1692 qui commence ainsi :

« Je regrette souvent de n’avoir pas marqué tous les événements singuliers qui sont arrivés pendant que j’étais curé......

..... un des plus mémorables est celui des loups carnassiers qui depuis trois ans sortent de la forest nuit et iou et tuent, blessent et dévorent les personnes de tout sexe et de tout âge.....

.... nous en comptons déjà plus de deux cens qui ont été blessés, tués et dévorés....... »

 Le curé Pasquier énumère ensuite les paroisses touchées :

Gydi – Saran – Fleury – Sercottes – Ormes – St-Jean-de-la-Ruelle – Ingre – Chanteau – Marigny – Andeglou – St-Lyé – Boigny – Viney – Trainou – Sully-la-Chapelle -  St-Jean-de-Bray....

 

 Concernant sa propre paroisse, le curé Pasquier note également qu’il n’y a eu à déplorer que deux blessés à mort  et un blessé à la tête.

 Mercredi 17 septembre 1692, une journée exceptionnellement tragique :

Maria Chenau, vigneron demeurant à Gradoux,  âgé de 55 ou 56 ans. Il travaillait dans ses vignes du clos de Vaumonbert face aux maisons du bas de Gradoux. C’était vers les six heures du matin.

Il était penché lorsqu’un loup le surprit, lui mordant la tête à quatre endroits.

Malgré ses blessures, l’homme se releva et fit face à la bête, la menaçant de sa serpe.

La bête prit la fuite.

 

Mais ce loup n’avait pas eu son comptant, ce fut vers huit heures, le même jour, qu’il attaqua  un autre vigneron. Un nommé Jacques Curai qui passait sur le pont de Boigny. La bête lui sauta dessus, le mordit à la tête et lui arracha une oreille.

 Le loup passa ensuite la rivière Bionne. En traversant le village de Checy, il s’en prit à un enfant de dix ans, qu’il tua.

 A la lisière du bois de Rouilly, l’animal fondit sur un groupe de huit femmes qui travaillaient aux champs, les blessant toutes.

 Son parcours meurtrier ne s’arrêta pas là, hélas. 

 A Breteau, il blessa un petit garçon.

A la Vennecy, quatre personnes subirent des morsures, certaines décédèrent des suites de leurs blessures. Cela se passa dans la métairie de M. Braffon.

A Trainou et Sully-la-Chapelle, plusieurs personnes périrent sous les crocs acérés de cette bête féroces.

 La course de cet animal maléfique s’arrêta le lendemain, 18 septembre 1692, sous les balles du bailli du village de Monliard.

  

Le récit du curé de Saint-Jean-de-Braye ne s’arrête pas à l’énumération du carnage des loups, mais nous y reviendrons plus avant.

 

Tout d’abord, j’aimerais faire un point sur les victimes des différentes phases des attaques meurtrières.

Qui étaient-elles ?

 
Je vous donne donc rendez-vous la semaine prochaine pour vous donner les noms que j’aurai pu découvrir.



[1] Les textes en italiques sont notés tel qu’ils apparaissent dans le document originel.

jeudi 13 mai 2021

HISTOIRE VRAIE – LA MAUVAISE REPUTATION DU LOUP - Chapitre 13

 

Les loups qui ont fait parler d’eux.......

 Les loups du Val de Loire

 

Cette région possédait une multitude de châteaux royaux et seigneuriaux entourés de forêts réservées à la chasse, aussi regorgeaient-elles de tous les animaux (cerfs – biches- sangliers et divers volatiles – et bien évidemment des renards et ....... des LOUPS.

Les loups qui lorsque la faim les tenaillait par manque de gibiers, s’approchaient des villages, en quête de nourriture.

Les guerres ont, malheureusement de tout temps, vu s’affronter les armées laissant sur le terrain grand nombre de cadavres laissaient à l’abandon. Ces dépouilles avaient été dévorées par ces loups affamés et certains avaient pris goût à la chair humaine.....

Voilà une explication plausible des attaques carnassières sur des proies hulmaines dans certains lieux.

Une autre explication, cette maladie, la rage, qui rend la bête imprévisible, mordant ou tuant, en propageant le mal dont elle était porteuse.

 

Je vous propose donc, si vous le voulez bien, à partir de la semaine prochaine, une promenade dans cette région du Val de Loire, à la poursuite des loups.......

mercredi 12 mai 2021

Un mot qui va très vite !!!

 


Une cavale

 

Un mot apparu vers 1552, venant sans doute du provençal « cavalo », désignant une jument.

 

Ce mot, dans le langage populaire, nommait une grande femme, mal bâtie.

Merci pour elle. Quel compliment !!

 

« Cavale », mot se rapportant à une jument, donna, vers 1575,  le verbe « cavaler » : poursuivre.

Puis, vers 1611 : aller à cheval, tout simplement.

 

De chevauchée et chevauchée, en 1821, « cavaler » devint le synonyme de courir – filer, avant de se spécialiser et désigner : « courir après les femmes ».

 

1888, celui qui cavalait, qui courait après les femmes, menait également une vie de débauche. C’était donc un drôle de personnage débauché. La totale.

 

Une cavale – 1829 – nomme, en argot, une fuite devant les forces de l’ordre.

Avant de prendre la signification d’évasion, vers 1833.

Nous voilà en plein polar !!

 

Qui n’a jamais connu, dans son existence, un cavaleur, celui qui se voyait également baptisé « coureur de jupons ». Ce mot n’apparut qu’en 1901.

 

Ma grand-mère en parlant d’un cavaleur disait qu’il courait la gueuse.

Il va falloir que je me penche sur cette expression !!!

 

Il y avait aussi des « cavaleuses ».... dites « coureuses-de-garçons »....  je n’aurais pas cru que ce mot possédait un féminin, mais pourquoi pas, en effet !!

 

Arrêtons de cavaler.... Petite pause !!!

Ce mot m’a essoufflée !!

 

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

« Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

 

mercredi 5 mai 2021

Un pleutre.....

 


Le mot pleutre, nom ou adjectif, apparaît vers 1750.

 

Il viendrait du flamand « pleute », désignant une chose sans valeur, un chiffon.

Et par extension, un vaurien (qui ne vaut rien... de peu de valeur), un coquin.

 

De fil en aiguille, le mot fut attribué à un lâche, un homme sans caractère, un poltron.

 

1851, un pleutre était un homme avare......

 

Un mot qui n’est plus guère utilisé de nos jours. Pourtant, il eut son heure de gloire.

 

Dans la merveilleuse pièce, Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand met ce mot dans la tirade de Cyrano.

Acte 1 – scène 4 : Duel entre Cyrano et le Vicomte de Valvert[1].

 

Je jette avec grâce mon feutre,

Je fais lentement l'abandon

Du grand manteau qui me calfeutre,

Et je tire mon espadon ;

Elégant comme Céladon,

Agile comme Scaramouche

Je vous préviens, cher Myrmidon,

Qu’à la fin d'un envoi, je touche !

 

Vous auriez bien dû rester neutre ;

Où vais-je vous larder, dindon ?

Dans le flanc, sous votre maheutre ?

Au cœur, sous votre bleu cordon ?

Les coquilles tintent, ding-don !

Ma pointe voltige : une mouche !

Décidément… C'est au bedon,

qu'à la fin de l'envoi, je touche.

 

Il me manque une rime en eutre…

Vous rompez, plus blanc qu’amidon ?

C'est pour me fournir le mot pleutre !

Tac ! Je pare la pointe dont

Vous espériez me faire don,

J’ouvre la ligne, je la bouche…

Tiens bien ta broche, Laridon !

À la fin de l’envoi, je touche.

 

Envoi.

Prince, demande à Dieu pardon !

Je quarte du pied, j’escarmouche,

Je coupe, je feinte… Hé là, donc !

À la fin de l'envoi, je touche.

 

 

Deux dérivés à ce mot « pleutre » :

·         Une pleutrerie, mot utilisé par Jules Vallès en 1879.

·         Pleutrement, adverbe rencontré en 1907, synonyme de « lâchement ».

 

 

Un autre mot en préparation pour la semaine prochaine......

Oui, mais lequel ??

Il vous faudra attendre !!

 

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

« Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert



[1] Je n’ai pas pu m’empêcher de vous mettre cette ballade en entier. Fantastique, non ?

HISTOIRE VRAIE – LA MAUVAISE REPUTATION DU LOUP - Chapitre 12

 


Les loups qui ont fait parler d’eux.......

 

La bête de Sarlat

 

 

Sarlat, dans le Périgord noir, se situe dans une région d’immenses forêts de chênes où abondent une faune et une flore importantes.

Des loups, il y en avait, évidemment, mais pas plus ni moins que partout ailleurs dans les nombreuses forêts.

Pourtant, un loup y sema la terreur au printemps 1766.

 

Les victimes habitaient Sarlat, Saint-Julien, Groléjac...

L’animal s’avançait vers ses proies-humaines sans aucune agressivité, puis après un temps d’arrêt, leur sautait à la gorge.

Les légendes ancestrales ressortirent, elles n’étaient d’ailleurs pas enfouies bien profond, et il se murmurait qu’il s’agissait du malin ou d’un loup-garou.....

 

Le sieur Pierre Dubex de Descamps, bourgeois de Saint-Julien-de-Lampon, organisa une battue. Il rassembla autour de lui des paysans et des habitants des alentours de Mareuil munis de faux, de fourches et de hallebardes, ainsi que des seigneurs armés de fusils. Cent fusils furent dénombrés avant le départ de cette chasse.

Ce fut le 12 juin 1766, dès l’aube.

 

Des rabatteurs avançant en ligne en tapant sur le sol déclenchaient des envolées d’oiseaux affolés ou encore voyaient s’enfuir des lapins et autres rongeurs cherchant un abri salvateur.

Derrière les rabatteurs, des hommes, armes blanches au poing.

Suivaient les seigneurs à cheval, prêts à tirer.

 

Un certain l’Espitalier[1], habitant le bourg de Saint-Julien, affronta le premier la bête.

Portant une hallebarde, il fut face au loup, essayant de le repousser pour l’amener dans la trajectoire des tirs des fusils. Mais le loup, le poil hérissé, les yeux brillants de fureur, se dressa sur ses pattes de derrière et sauta sur l’homme face à lui. L’Espitalier eut le réflexe de se mettre de côté, brandissant bien haut la lame de sa hallebarde, mais la pointe de l’arme ripa sur le pelage fourni de l’animal, sans y pénétrer.

Ce fut à ce moment que le sieur Dubex mit en joue le loup. Une déflagration, une seule. L’animal s’abattit, mort.

 

Ramené au village, ce loup fut examiné. Un loup de douze à quinze mois, d’une hauteur peu commune de deux pieds et demi, d’une longueur peu ordinaire de quatre pieds et six pouces. Les jambes de derrière légèrement plus longues que celles de devant, il possédait des oreilles grandes et larges, une tête carrée un peu comme celle du renard, un museau pointu.  Dans sa gueule large, il fut dénombré quarante-deux dents tranchantes. Quant à son pelage gris et fauve, il n’était pas sans rappeler celui du renard.

 

Chacun voulut voir l’animal mort, pour se rassurer. Mais les esprits vagabondaient, cherchant qui, parmi les habitants des villages environnants, avait disparu, afin de mettre un nom sur cette dépouille, celui du loup-garou...... Car, c’était certain, il s’agissait bien d’un loup-garou !

 

Cette bête, dite de Sarlat fit, avant d’être abattue, une quinzaine de victimes[2].

Quatre personnes décédèrent des morsures de l’animal, après juin 1766. Ces personnes montrèrent, toutes, les symptômes de la rage.

La « bête de Sarlat » était un loup de forte taille, mais surtout un loup enragé.

 

 

A la semaine prochaine pour un nouveau loup .....

 



[1] Aucune information concernant cet homme d’une grande bravoure.

[2] Aucune mention sur les actes de sépultures des communes concernées pouvant attester qu’il s’agissait de morts violentes dues à un animal féroce.