jeudi 3 juin 2021

HISTOIRE VRAIE – LA MAUVAISE REPUTATION DU LOUP - Chapitre 16

 


 

Les loups qui ont fait parler d’eux.......

Les loups du Val de Loire – troisième partie

 

 Aucune région ne fut épargnée.

 

En 1693, monsieur le curé de Continvoir, en Indre-et-Loire, fit, tout comme le curé Pasquier, le constat de nombreuses victimes tuées par un ou des loups, notamment au nord des landes de Saint-Martin, entre Benais et Continvoir.

 

De nombreux actes de sépultures de la paroisse de Continvoir, entre fin février 1693 et juin 1694, attestent que « la mauvaise beste a estranglé » un grand nombre d’enfants et adolescents en charge de garder les bestiaux.

 
 

·         24 février 1693

Antoinette, fille de René Doriant et Perrine Delalande, âgée de sept ans.

La fillette se trouvait avec ses bêtes sur la lande. Elle fut à moitié dévorée.

 

·         15 mai 1693

Catherine Guignard, fille d’André Guignard et de Geneviève Tro..... (mot illisible) subit le même sort. L’âge de Catherine n’a pas été mentionné.

 

·         3 juin 1693

Urbain Guibert, dix-huit ans, fils de Urbain Guibert et de Jaquine Voippeau.

 

·         10 juin 1693

André Mercier, fils de Jean Mercier et Antoinette Fontaine (mariés le 6 juillet 1671 à Continvoir). Le petit corps de cet enfant, âgé de sept ans, a été retrouvé, par Jean Ascieu, à moitié dévoré par cette bête féroce.

 

·         17 juin 1693

Marie Audebert, fille de Jean Audebert. Marie, âgée de onze ans, se trouvait à garder les bêtes dans un bois en bordure du village.

Sur l’acte, le nom de la mère n’apparaît pas.

 

·         28 juin 1693

Marie Château, fille de .... Emerie Château et Marie Venon. Elle aussi gardait ses bêtes. Elle avait vingt-deux ans, environ.

 

·         5 juillet 1693

Catherine Forest, fille de François Forest et Marie Fontaine. Catherine était servante chez Jean Mercier. Elle avait vingt-deux ans.

 

·         17 juillet 1693

Renée, fille de... et défunte Renée Descrignay.

L’acte est quasi illisible.

 

·         7 mars 1694

Marguerite Fontaine, fille de Mathurin Fontaine et défunte Françoise Fouquet. Cette petite fille avait six ans et demi.

 

·         18 mars 1694

Estienne Tehier, âgée de six ans, fille de Etienne Tehier et Nicole Sureau.

 

·         5 mai 1694

Perrine, fille de Henri Joan Bretonneau et Perrine Belaisoix. Perrine, treize ans environ, travaillait chez Noël Mercier. Ce fut près de la maison de son maître qu’elle fut attaquée et à moitié dévorée.

 

·         29 novembre 1693

Une fille de quinze ans environ, dévorée par la mauvaise bête.

Rien de plus sur cette jeune fille.

 

·         5 mars 1694

..... (prénom illisible) Gaucher, âgé de quatorze ans[1], fils de défunt Nicolas Gaucher et de Urbanne Varneau mariés le 24 juillet 1666 à Gizeux (37).

Nicolas Gaucher, né le 4 août 1640, était décédé le 17 novembre 1684, à l’âge de quarante-quatre ans.

Urbanne Varneau, née le 21 mars 1642, est décédée le 17 novembre 1684.

 

Décédés tous deux le même jour, au même lieu, à Parçay-les-Pins dans le Maine et Loire, ville natale de Nicolas Gaucher.

Maladie ? Accident ??

 

Ils n’ont  donc pas eu la douleur de vivre l’effroyable destin de son fils.

 

·         9 juin 1694

Jacques Boisnard, domestique de Jean Chaussepied, âgé de onze ans environ.

Aucune mention des parents sur l’acte de décès.

Beaucoup de gamins étaient placés très jeunes et souvent ne retournaient que rarement, voire pas du tout, dans leur famille.

Jacques Boisnard était petit berger ou commis de ferme chez Jean Chaussepied à Continvoir.

 

 

Sur les deux années qui suivirent, aucun décès dus aux loups dans les registres paroissiaux de Continvoir.

 

 

 

Le bilan fut aussi lourd dans la commune de Benais, entourée de forêts, à une dizaine de kilomètres de Continvoir.

Dans cette paroisse de Benais, le prêtre a mentionné en marge des actes de sépultures, concernant les décès dus aux attaques des loups : « Dévoré par les bêtes féroces », ce qui simplifia largement les recherches.

 

·         17 mai 1693

Perrine fille de Pierre Ruesche et Perrine Gaultier, âgée de vingt-huit ans.

Pierre Rueschen, vigneron et tisserand, avait épousé Perrine Gaultier.

Perrine fut leur premier enfant. Elle était venue au monde le 29 mars 1665 à Benais.

D’autres enfants après elle étaient arrivés au foyer :

o   Renée en 1666

o   Jeanne en 1668

o   Pierre en 1670

o   Louise en 1672

o   Anne en 1674

o   Renée en 1679 ( ce qui veut dire que la petite Renée née en 1666 était décédée)

o   Françoise en 1685

o   Antoinette en ???

 

 

Perrine Gaultier, épouse Ruesche est décédée le 30 décembre 1704.

Son époux Pierre Ruesche s’en était allé depuis bien longtemps déjà, le 13 octobre 1698.

 

·         28 mai 1693

Marguerite Gaultier, fille de Michel Gaultier, laboureur et de Charlotte Boyer, jeune fille célibataire de vingt ans environ.

 

Les parents de Marguerite s’étaient unis le 18 février 1672 à Continvoir.

 

·         9 juin 1693

Urbain Moriceau, fils de défunt Michel Moriceau et Urbanne Gaultier, âge de treize ans

 

En effet, Michel Moriceau était décédé le 15 janvier 1691, à Benais. Rien de plus sur cette famille.

 

·         17 juin 1693

Marguerite Arrault, épouse de défunt Pierre Dreux.

Le couple s’était uni le 7 février 1655 à Benais.

Huit enfants recensés naquirent au foyer. Autant de garçons que de filles.

 

Tuée par un animal féroce, en cette mi-juin 1655, il n’avait que soixante ans.

 

·         24 juillet 1693

Urbanne Foucher, fille de René Foucher, vigneron et de défunte Marie Poitevin. La fillette avait dix ans.

 

·         24 août 1693

Jeanne Favereau, épouse de défunt Georges Bontemps.

 

Georges avait vu le jour, le 26 août 1630, rien sur son décès.

Jeanne et Georges avaient convolé le 12 juillet 1654 dans la paroisse de Benais.

Jeanne était décédée d’une mort atroce sous des crocs carnassiers. Elle avait soixante quatre ans.

 

·         31 août 1693

Marie Badoit, fille de Pierre Badoit et Marie Piegoneau (orthographe plus qu’incertaine). La petite avait douze ou treize ans.

 

·         26 novembre 1693

Marie fille de Gabriel Pasquier, vigneron, et Urbanne Goubin.

 

Marie Pasquier, seconde enfant du couple Pasquier-Goubin, avait été baptisée le 30 avril 1680. Le jour de sa mort, 26 novembre 1693, elle avait treize ans.

 

Gabriel Pasquier, baptisé le 22 juillet 1651 et inhumé le 11 janvier 1706 à l’âge de cinquante-quatre ans.

Urbanne Goubin, baptisée le 8 février 1652, décéda le 21 janvier 1718.

Ils s’étaient mariés le 12 juillet 1677 à Benais où ils avaient passé toute leur vie.

 

·         2 mars 1694

Michel Moriceau, fils de Michel et Léonarde Boislesve.

Un petit bonhomme de six ans.

 

Les parents de Michel s’étaient unis en la paroisse de Continvoir, le 3 juillet 1684.

 

·         24 mars 1694

Louis Arnault, seize ans environ, fils de défunt René Arnault et Françoise Baudeau.

 

Aucune date de décès pour René Arnault qui avait épousé Françoise Baudeau, le 27 juin 1674.

 

·         29 juin 1694

Anne Basse fille de défunt Louis Basse. Jeune femme âgée de vingt huit ans.

Aucune mention du nom de la mère.

 

 

Ce qui est à remarquer en considérant toutes ces victimes, c’est le nombre important d’adultes.

Généralement, les loups s’attaquaient à de jeunes enfants.

 

Que faire pour venir à bout de ces loups ?

Il est certain que les habitants des villages (laboureurs, vignerons, tisserands......), n’ayant pas le droit sous peine de fortes amendes, de posséder des fusils, étaient très démunis face à ce fléau avec uniquement en mains des fourches et des bâtons.

 

Les curés des paroisses les plus touchées demandèrent aux autorités supérieures qu’il soit permis aux paysans de s’armer, afin de se défendre efficacement, mais celles-ci, craignant les révoltes paysannes, firent la sourde oreille.

 

 

A suivre ......................



[1] Malgré des recherches dans les diverses communes où ont séjourné les parents Gaucher, aucun acte de baptême d’un garçon entre 1678 et 1682.

mercredi 2 juin 2021

Bonne ou mauvaise ?

 

 

Fleurer !!

 

Ce verbe vient de l’ancien français « fleur », désignant l’odeur.

De l’ancien français « fleur » qui lui-même découle du latin, « flatus », le souffle ou encore le vent.

 

Ce mot a surtout un emploi littéraire, et notamment dans cette expression :

·         Fleurer bon = répandre une odeur agréable – sentir bon comme une fleur.

Petite précision toutefois, toutes les fleurs ne sentent pas bon !!!



 

« Fleur »,  odeur agréable, mais à contrario, il existe aussi le mot  latin « Foetor » qui se traduit par : mauvaise odeur et pire encore, puanteur !!

 

 

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

« Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

mercredi 26 mai 2021

HISTOIRE VRAIE – LA MAUVAISE REPUTATION DU LOUP - chapitre 15

 


 Chapitre 15

Les loups qui ont fait parler d’eux.......

 Les loups du Val de Loire – seconde partie

 

 Une horrible période, allant de septembre 1690 jusqu’à septembre 1692, que nous allons redécouvrir, village par village, en sachant par avance que les actes de sépulture ne mentionnent pas tous la cause des décès.

  

Année 1690

 

Village de Saran

·         Christophe Dumuid, fils de Robert Dumuid[1] et de Mesmine Moulin, âgé de onze ans, qui gardait les bestiaux, a été tué et dévoré par un loup-cervier, le 5 septembre 1690.

Son acte de sépulture mentionne : «  dévoré et mis en pièces.... les restes du corps ont été inhumé..... »

 

Les parents du jeune garçon s’étaient unis en l’église de Saran, le 1er juin 1676. La mère, Mesmine Moulin, été décédée à la date du drame.

Robert Dumuid avait convolé en secondes noces avec Claudine Gouet, le 10 janvier 1684.

 

 

Année 1691

 Village de Saran

·         Marie Roger, jeune fille de douze ans, inhumée le 6 juillet 1691, avait subi, la veille, les attaques d’un loup-cervier. Les restes de son corps avaient été ensevelis dans le petit cimetière de Saran.

Elle était la fille de Marcou Roger et de Liénarde Rousseau, cette dernière était décédée le 5 août  1683.

Le couple avait eu deux enfants :

o   Marie, née le 4 octobre 1678 à Ingre et décédée en juillet 1691.

o   Laurent, né vers 1681 et inhumé le 6 novembre 1683 à Saran.

 

Marcou Roger, baptisé le 17 juin 1646, veuf de Liénarde Rousseau, s’était remarié le 23 janvier 1689 à Saran, avec Jeanne Hure.

 

 

·         Quelques jours plus tard, le 20 juillet, la jeune Jeanne de seize printemps, fille de Mathurin Marche et de Guillemette Auger, était tuée dans les bois par une « bête carnassière ».

  

·         Pierre Grison, onze ans environ, fils de Louis Grison et Magdeleine Hure a été surpris par un loup alors qu’il traversait un champ. C’était le 21 juillet 1691.

 

Louis Grison et Magdeleine Hure s’étaient mariés le 3 juillet 1679 à Saran. Je ne pourrais dire s’ils furent heureux, mais ce que je peux affirmer, c’est qu’ils eurent beaucoup d’enfants, à savoir :

o   Marguerite                : 1680 -  1733

o   Pierre                           : 1681 - 1691

o   Madeleine                   : 1683 - ?

o   Joachim                       : 1685 - ?

o   Sébastien                    : 1687 - 1758

o   Louis                             : 1689 - 1689

o   Jeanne                         : 1690 - ?

o   Madeleine                   : 1692 - ?

o   Barthélémy                  : 1694 - ?

o   Marie                            : 1696 - ?

o   Madeleine                    : 1698 - ?

o   Louise                           : 1700 - ?

 

Petite analyse de cette fratrie :

Trois petites filles se prénomment Madeleine.

Cela veut dire que les deux premières sont décédées en bas-âge. En effet, il était alors coutumier de donner le prénom d’un enfant décédé au suivant du même sens.

 

Magdeleine Hure, baptisée le 14 janvier 1659 à Saran, fut inhumée le 23 novembre 1709.

Louis Grison, veuf de Magdeleine Hure, se remaria le 23 novembre 1711 à Saran avec Marie Besson. Il fut inhumé le 15 janvier 1720.

 

 

·         Pierre Vaslin, lui, fut dévoré « proche le bois de la noue Moireau [2]» - « Les restes de son corps trouvés dans le dit-bois ont été inhumés ».....

Pierre Vaslin avait neuf ans et demi, il était le fils de défunt Guillaume Vaslin (décédé le 15 août 1686 à Saran) et Magdeleine Gorrand.

  

Village de Semoy

 ·         Jean Texier, âgé de dix ans, fils de Claude Texier et de feue Marie Rose. Ce jeune garçon a été attaqué et tué le 30 mai 1691 et  inhumé le lendemain.

Sur l’acte paroissial, il est noté : « a été dévoré par certain animal duquel on ne connait pas le nom ».

 

·         Marie Angenault, jeune fille de quatorze ans, fille de Jean Angenault et de Marie Brisart.

Ce fut le 24 juillet 1691 qu’elle rencontra son horrible destin sous les crocs d’un loup.

Sur l’acte, est inscrit à jamais : « Tuée par un certain animal d’une manière pitoyable.... »

 

 

Ville d’Orléans – Paroisse Saint-Marc

 Ce fut le jour de la Pentecôte 1691, que le petit Nicolas, fils de Jean[3] Landré et de Marie Chenaut, trouva la mort sous des crocs acérés.

Baptisé le 7 avril 1686, en la Paroisse Saint-Marc à Orléans, Nicolas fut inhumé, en ce même lieu, cinq ans plus tard, le 4 juin 1691.

 

Ses parents, Jean Landré et de Marie Chenaut, s’étaient épousés le 9 janvier 1673.

 

 

 

Année 1692

 

Village de Chécy

 

·         Pierre Peltier, enfant de dix à onze ans, fils de Pierre Peltier, décédé, et de Louise Dupuis, « blessé par la beste », décédé des suites de ses blessures et inhumé le 18 septembre 1692.

 

 Village de Semoy

 

·         Pour une fois, « la beste » ne s’était pas attaqué à un enfant, mais à un adulte.

C’était le 3 janvier 1692.

La victime se nommait Marie Delahaye, âgée de cinquante-quatre ans, femme de Sanson Fouteau.

Rien d’autre n’apparaît sur l’acte paroissial, sauf cette mention :

« ... d’une manière pitoyable, tuée par un animal dans le bois... »

 

 Nous sommes loin du compte annoncé, et surtout, en fonction du temps passé, la récolte est bien maigre.

Sur tous les actes d’inhumations consultés, de 1689 à 1692, sauf pour ceux qui précèdent, aucune mention de la cause du décès.

Plusieurs autres raisons du peu d’informations récolté :

·         Années incomplètes ou inexistantes dans les archives.

·         Textes à l’encre effacés, donc illisibles.

Et puis qui dit « victimes », parlent d’un nombre non négligeables de blessés dont les plaies physiques ont cicatrisés.... Mais pour lesquelles les séquelles psychologiques ont été tenaces. La peur du loup a été transmise et alimentée par un grand nombre d’entre elles.

 

 

Comment voulez-vous travailler dans de telles conditions !!

 

La semaine prochaine, nous reviendrons sur le texte laissé par Monsieur le curé Pasquier.

 

 



[1] Selon les actes, l’orthographe de ce nom diverge en : Dumuis - Dumuids

[2] Après bien des recherches, il s’agirait d’un bois - longeant la Noue, petit cours d'eau, au hameau de la Motte-Moreau.

[3] Jean Landré est décédé le 20 mai 1710.