mercredi 24 mai 2023
L’aubergiste de Sotteville-lès-Rouen - Epilogue : Une nouvelle vie loin de la France
Marie Anaïs Thomassin avait vu le
jour à Bierné dans la Meuse, le 14 juin 1848.
Elle avait été condamnée à quatre
mois de prison pour vol, mais surtout condamnée à la relégation.
Suite au jugement en date du 25
janvier 1887, elle avait embarqué, le 16 mars 1888, sur le bâtiment Nantes Le Havre, direction la
Nouvelle-Calédonie où elle débarqua, sur l’île des Pins, le 9 juin 1888.
Un caractère rebelle, Marie
Anaïs, car dès son arrivée elle fut condamnée à huit jours sans salaire pour
querelle.
Sa fiche de bagne décrit cette
femme ainsi :
Marie Anaïs - Matricule 106.
Mesurant 1 m 457 –
cheveux noirs – yeux marrons – nez court – bouche moyenne – visage ovale –
teint coloré.
Cicatrices : œil
gauche – tempe – dos – cuisses.
Tâche sur la cuisse
droite.
Fille de Jean
Thomassin et Marie Louise Pauline Dematus, elle était l’épouse d’un certain
Ernest Piller[1] qui
avait obtenu le divorce en 1893.
Avant cette condamnation, Marie
Anaïs avait donc épousé, le 11 septembre 1875, Ernest Francis Pillaire, né le
15 juillet 1849 à Reims, fils de Jean Baptiste Pillaire et de Marie Victorine
Naudé.
En raison des événements et de la
relégation de son épouse, Ernest Francis avait obtenu le divorce. Jugé au tribunal civil de Reims le 21 juillet
1892 et transcrit sur les registres de mariage le 2 novembre 1893.
Parler de la France. Parler de
son vécu. Voilà qui pouvait rapprocher !
Et le rapprochement s’opéra
puisque, le 4 octobre 1897, Félix Joseph Alavoine et Marie Anaïs Thomassin se
marièrent.
Félix Joseph Alavoine décéda le
premier, le 3 juin 1905. Marie Anaïs Thomassin le suivit de très près
puisqu’elle s’éteignit le 23 juin de la même année.
Et sur le continent, quelles
nouvelles ?
Que sont devenus les enfants d’Athanase
Bénard et d’Émilie Adélaïde Sénéchal ?
Athanase
Bernard Bénard
Né le 24 août 1857 à Sotteville-lès-Rouen,
il épousa, le 28 avril 1880, la demoiselle Marie Mathilde Tétard. La cérémonie
eut lieu à Rouen.
Six années plus tard, le 30
octobre 1866, Athanas Bernard décéda à l’âge de vingt-neuf ans.
Ernestine
Palmyre Bénard
Née à Sotteville-lès-Rouen, le 18
novembre 1892, elle avait trouvé refuge chez son frère aîné, en raison des tragiques
événements familiaux.
Elle épousa le 26 janvier 1884,
Jean Marie François Tronel.
Le 3 décembre 1892, elle
s’éteignit à l’âge de vingt-huit ans.
Louis
Alexandre Bénard
Né le 2 juin 1866 à
Sotteville-lès-Rouen, Louis Alexandre avait été vivre, après le décès de sa
mère, chez son frère aîné, Athanase Bernard.
Plus de trace de lui ensuite....
Avait-il quitté la région ?
Que sont devenus les enfants de
Félix Joseph Alavoine et Elise Désirée Picard ?
Ernest
Félix Alavoine
Né le 22 avril 1873 à
Saint-Pierre-Lès-Elbeuf, Ernest Félix épousa le 2 juin 1900, à
Caudebec-lès-Elbeuf, Françoise Céline Acher.
Pas de date de décès le
concernant.
Elise
Albertine Alavoine
Née à Caudebec-lès-Elbeuf le 12
juin 1875, elle se maria dans cette même commune, le 25 septembre 1897, avec Charles
Eugène Boff.
Pas de date de décès la
concernant.
Une même mention sur les actes d’état-civil
de mariages des enfants Alavoine :
«.... le père,
Félix Joseph Alavoine (absent) - interdit suivant jugement rendu par la cour
d’assises de Rouen en date du vingt-deux novembre mil-huit-cent-quatre-vingt-un.... ».
Dans l’acte de mariage d’Ernest
Félix Alavoine, le renseignement suivant :
La date de décès d’Alexandre
Félix Alavoine, père de Félix Joseph, le 22 janvier 1899 à Elbeuf.
Toutes ces familles (Bénard,
Alavoine, Sénéchal, Picard....) ont certainement beaucoup souffert du meurtre
commis par Félix Joseph Alavoine.
Des vies brisées.....
mercredi 17 mai 2023
L’aubergiste de Sotteville-lès-Rouen - Treizième partie : Le verdict
Les jurés quittèrent leur box afin
de délibérer sur le sort de l’accusé.
Le condamner ?
L’acquitter ?
La salle d’audience se vida
lentement des personnes venues en grand nombre entendre les débats dans un
brouhaha de commentaires. Parmi les personnes présentes quelques voisins
habitant le quartier du cimetière à Sotteville-lès-Rouen, les membres de la
famille de la victime et de celle de l’accusé. Tous heureux de pouvoir se
dégourdir les jambes dans l’attente du jugement, en espérant toutefois qu’ils
ne devraient pas arpenter trop longtemps la salle des pas perdus du palais de
justice.
Mais pour que justice soit faite,
il fallait donner aux jurés le temps nécessaire à leurs débats.
Lorsque ceux-ci revinrent dans la
salle d’audience, le public avait déjà repris place.
À ce moment, le premier juré
annonça la sentence que chacun pressentait :
Sur les questions posées, il fut
répondu :
Oui, sans
circonstances atténuantes.
Sauf toutefois en ce
qui concernait l’attentat à la pudeur.
Alavoine était
condamné à la peine de mort.
En entendant l’arrêt de la cour,
le condamné resta de marbre.
Il était onze heures du soir,
lorsque la salle d’audience du palais de justice se vida à nouveau, mais cette
fois, pas le moindre commentaire, seulement le bruit des pas et le froissement
des étoffes.
Un mois plus tard, le 24 décembre
1881, le journal La Liberté notait en
page 3 :
Condamnation à mort –
rejet de pourvoi.
La Cour de cassation
a rejeté hier le pourvoi de Félix Joseph Alavoine, condamné à la peine de mort
par arrêt de la cour d’assises de la Seine-inférieure du 22 novembre, pour
crime d’assassinat.
Le 27 décembre 1881, les lecteurs
du journal Le Rappel pouvaient lire
ces quelques lignes :
Nouvelles
judiciaires.
Dans son audience d’hier, la Cour de cassation,
présidée par M. le président Barbier, a rejeté le pourvoi de Félix Joseph
Alavoine, condamné à la peine de mort par la Cour d’assises de la
Seine-Inférieure, le 22 novembre dernier, pour assassinat.
Le même article se retrouvait
dans divers autres journaux, comme Le
Temps, le 24 décembre 1881 – La
Petite Presse, le 25 décembre 1881 ......
Le 23 février 1882, alors que
Félix Joseph attendait au fond de sa cellule de la prison de Bonne-nouvelle, la
date fatidique de son exécution, il apprit qu’il était gracié et que sa peine
était commue en emprisonnement à vie. Il serait déporté au bagne.
Félix Joseph Alavoine venait
d’avoir la vie sauve, mais la vie au bagne jusqu’à sa mort n’avait rien de
réjouissant.
La fiche de bagne
d’Alavoine donne les renseignements suivants :
Condamné le 22
novembre 1881 par la cour d’assises de Seine-Inférieure pour homicide
volontaire et incendie volontaire
Par décret du 23 février
1882, le président de la République a commué la peine de mort en celle de
travaux forcés à perpétuité.
Écroué au dépôt le 6
avril 1882.
Embarqué le 10 mai
1882 sur le Fontenay à destination de la Nouvelle-Calédonie.
Puis également ce qui suit :
Félix Joseph Alavoine mesurait
1.71 mètre, avait le visage ovale, le teint coloré, les cheveux et les yeux
châtains, le nez moyen et la bouche également, un menton à fossette.
Il portait une cicatrice à la
joue gauche, une autre au-dessus de l’oreille droite et une troisième sur le
bras droit.
Ces deux bras portaient des
tatouages, mais aucune précision les concernant.
Félix Joseph fut effilocheur. Sa
tâche consistait à effilocher des déchets de laines ou de chiffons destinés à faire
de la pâte à papier.
Par la suite, il devint
concessionnaire, un privilège donnait aux bagnards ayant déjà purgé une peine
d’au moins dix à quinze années et ayant eu une bonne conduite.
Concessionnaire ? La
possibilité à un bagnard de pouvoir exploiter à son compte une parcelle de
terre ou d’exercer un métier hors de l’enceinte du bagne.
Alavoine, lui, disposa d’une
terre à Fonwhary, le 22 novembre 1891.
Un peu de liberté retrouvée.
Une guitoune
Un mot provenant de guitour, nom masculin ayant pris naissance en 1838, suite à un emprunt à l’arabe maghrébin gitun désignant une tente.
Et, en effet, dans l’argot miliaire des troupes d’Algérie, ce mot devenu une guitoune nommait une tente de campement.
Par la suite, quelque cinquante années plus tard, ce terme, qui n’avait pas quitté le domaine de l’armée, fut donné à un abri de tranchée.
Au milieu du XXème siècle, la guitoune reprenant son orthographe et son usage initiaux, se retrouva dans les campings, abri de toile de vacances.
Aujourd’hui, ce nom féminin n’est plus en usage, et si parfois personnellement, je l’utilise encore, c’est pour l’attribuer à une cabane un peu délabrée servant de cachette aux jeux des enfants.
Je me suis aidée du
« Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert
mercredi 10 mai 2023
L’aubergiste de Sotteville-lès-Rouen - Douzième partie : Le procès
Cour d’assises de la Seine-Inférieure[1]
22 novembre 1881
Présidence de M.
Louvet
Félix Joseph Alavoine
comparaissait sous les inculpations :
1.
D’avoir à
Sotteville-lès-Rouen, commis un homicide volontaire sur la personne d’Émilie
Sénéchal sa femme légitime, et ce, avec préméditation, lequel homicide a
précédé le crime d’incendie.
2.
D’avoir au même-lieu
et à la même date, volontairement mis le
feu à une maison habitée.
3.
D’avoir au même-lieu,
le 18 août 1881, commis l’attentat à la pudeur consommé ou tenté avec violences
sur la personne d’Émilie Virginie Lucas.
Après la déclinaison du nom et
qualités de l’accusé, le juge commença son interrogatoire, essayant d’établir
ainsi les diverses responsabilités de celui-ci dans les faits qui l’amenaient
devant la justice.
À la première question concernant
sa violence envers son épouse, Félix Joseph Alavoine nia avoir, même sous
l’emprise de l’alcool, frappé ou bousculé son épouse. Il démentit également
avoir proféré à son encontre des injures et menaces de mort.
« Pourtant, commença le
juge, nous avons eu le témoignage d’une certaine madame Dufour qui avait reçu
les confidences de votre épouse, disant que vous la maltraitiez.
— Madame Dufour donnait de mauvais
conseils à mon épouse. C’est elle qui s’occupait de l’argent de ma femme.
— Vous avez eu certains agissements
vis-à-vis d’Ernestine la fille de votre femme, lors d’une fête.
— Elle voulait r’tourner à la fête,
le soir, alors qu’elle y avait été dans la journée. J’ l’ai emmenée. C’est elle
qui m’a embrassé pour me remercier. On a bu une bière au café d’ la gare. On
est rentré vers les cinq heures.
— Elle a raconté que sous le
prétexte de lui essuyer la sueur, vous lui avez fait des attouchements
singuliers.
— Non, c’est faux, j’ l’ai essuyée
d’vant sa mère en plus.
— Enfin, elle est partie du
domicile.
— C’est moi qui l’ai renvoyée.
— Mais non, c’est votre femme qui
lui a dit de partir.
Après un court silence, le juge
poursuivit :
« On vous accuse d’avoir
commis un attentat à la pudeur contre la fille Lucas, le 18 août.
— Non ! V’là la vérité. C’
jour-là, j’ai été chercher une lapine chez l’aiguilleur du pont d’ la rue d’
Grammont, puis d’ là chez Pierre pour avoir des cornichons...
— Cela n’intéresse pas du tout
cette affaire, l’interrompit le juge.
— J’y viens, m’sieur l’ juge. C’est
là, dans l’enceinte du ch’min d’ fer que l’ Pierre et moi, on a vu la fille
Lucas avec un individu. À un moment, elle a laissé tomber un papier d’ sa
poche. Elle m’a d’mandé de lui rendre. C’est c’que j’ai fait, puis j’ l’ai
raccompagnée jusqu’au trou par où elle était passée pour entrer sur l’ terrain
du ch’min d’ fer.
— Ce n’est pas ce qu’ont rapporté
les témoins. Bon, passons !
Autre court silence avant que le
juge pose la question suivante :
« Vous avez tué votre
femme ?
-
Non ! s’écria
Alavoine.
S’ensuivirent grand nombre de
questions concernant le couple qu’il formait avec la défunte. Félix Joseph
Alavoine expliqua qu’il avait épousé Adélaïde pour avoir un coup de main pour
s’occuper de ses enfants. Il précisa qu’elle était violente, mais qu’elle ne
buvait pas et n’avait pas d’amants.
Avant la mort de son épouse, il
avait été auditionné en raison de la plainte de la fille Lucas.
« En sortant de chez
l’commissaire, j’ suis allé chez Bataille. L’était p’t-êt’ onze heures. J’ai vu
Bataille et Guimont au pont des Anglais. On a ben parlé un quart d’heure, pis,
j’ai mangé avec Guimont. J’ suis rentré chez moi vers deux heures ou deux
heures et quart. »
Le juge mit en évidence les
contradictions d’Alavoine qui, précédemment, avait affirmé avoir vu sa femme
manger à midi alors que, maintenant, il affirmait n’être rentré chez lui qu’un
peu après deux heures.
Sur la demande du juge, l’accusé
refit, point par point, son emploi du temps de cet après-midi-là, celui du
crime.
« Lorsque j’suis rentré chez moi, ma femme cousait dans sa chambre. Sur la table, y avait un livre d’ méd’cine qu’elle a vite refermé. À cinq heures, j’suis r’monté pour embrasser ma femme. Elle m’a donné une calotte, alors, j’suis r’descendu donner un coup d’ main à Delmotte à la cave. Pis, j’ suis remonté vers cinq heures et demie. J’ voulais savoir c’ qu’il y avait pour dîner. Rien qu’elle m’a répondu, j’ veux pas manger. J’ suis r’descendu. Joseph est v’nu, on a bu un café. On a causé du commerce qu’allait pas fort et j’ me suis mis à pleurer. Pis, j’ suis allé chercher d’ quoi dîner et j’ suis r’monté. Là, ma femme m’a dit qu’elle voulait qu’ Delmotte quitte la maison, alors j’ suis d’descendu voir Delmotte en lui d’mandant d’ partir. Il fut étonné et a dit qu’ c’était encore un coup de lune d’ la bourgeoise. Il a dit qu’il allait partir et me d’manda un certificat de bonne vie et bonnes mœurs. »
Le juge interrompit le récit pour
demander une précision :
« Vous avez parlé à votre
femme plusieurs fois dans l’après-midi, pourtant, les médecins affirment que le
moment de la mort se situait entre deux et trois heures.
— C’est point vrai. J’y ai parlé et
elle m’a répondu ! s’exclama Alavoine.
À chaque nouvelle question,
l’accusé revenait sur ce qu’il avait déclaré précédemment.
Et voilà, encore, une nouvelle
version :
Le soir, Adélaïde n’avait pas
répondu, mais il ne s’était pas inquiété, pensant tout bonnement :
« J’ croyais qu’elle était
sortie. Ça lui arrivait à la femme d’ sortir le soir ! »
Et puis, à présent, il affirmait
n’avoir jamais dit que sa femme avait essayé de mettre le feu, mais
seulement :
« ON a essayé de mettre le
feu ! »
Monsieur Levesque, docteur en
médecine fit son rapport devant la cour, expliquant les marques qu’il avait
remarquées sur le corps de la victime, concluant que la mort, par
strangulation, était survenue après le déjeuner.
Il avait également remarqué des
éraflures curvilignes sur le visage de l’accusé. Celui-ci s’en était expliqué,
déclarant que poursuivant un lapin dans la cour et l’ayant rattrapé, ce dernier
s’était rebellé.
Monsieur Collin, commissaire de
police, témoigna à propos de la plainte de la fille Lucas et l’audition de
Félix Joseph Alavoine peu après. Il rendit compte également de ses observations
lorsqu’il s’était rendu au domicile de la rue du cimetière, appelé après la
découverte du corps sans vie de la femme Alavoine.
Delmotte vint à la barre, il ne
put que confirmer ses dires lors de ses nombreuses auditions.
Défilèrent ensuite les sieurs
Bataille et Guimont qui affirmèrent, l’un et l’autre, avoir vu Alavoine le 26
août dernier et que celui-ci leur avait expliqué la plainte de la fille Lucas
et la déposition de son épouse, précisant : « il était bien remonté
contre son épouse ! ».
Puis vint le tour de Kinderberger
et Colin qui confirmèrent leurs déclarations. À savoir qu’ils avaient vu
Adélaïde le 26 août à midi, mais le soir, vers les cinq heures elle n’était pas
dans le commerce. Seul, le patron qui pleurait à chaudes larmes répétant :
« ma femme s’est enfermée dans la chambre, je ne sais pas ce qu’elle
fait. »
Louis Bénard, dernier fils de la
défunte, vint déposer :
« Une mésentente existait
entre ma mère et Alavoine. Ils avaient de nombreux désaccords. Une fois, j’ai
vu Alavoine craché à la figure de ma mère. »
Athanase Bénard, fils aîné de la
victime, lui, ne mâcha pas ses mots :
« L’accusé était brutal envers
ma mère. Quant à ma sœur, Alavoine a voulu l’embrasser et la séduire le jour de
la fête d’Henri II. »
Et il y eut encore :
Clotilde Bazire qui affirma avoir
vu de la lumière chez les Alavoine dans la nuit du 26 au 27 et que c’était dans
la cuisine.
Jules Coffard qui témoigna que la
petite Augustine s’était plainte d’être battue.
Alfred Rozay rapporta qu’Alavoine
traitait sa femme de chameau et de garce. Et que les époux se disputaient
beaucoup. Il n’avait pas été étonné d’apprendre la nouvelle du meurtre.
La veuve Deschamps, appelée à
déposer, précisa concernant l’attentat à la pudeur :
« Le 18 août, j’ai vu
Alavoine faire des propositions à la fille Lucas. Il l’a mise par terre et lui
a passé la main sous les jupes. Comme elle résistait, il l’a frappée. Il était
ivre. »
La fille Lucas vint parler à la
barre et raconta ce que l’accusé lui avait fait subir :
« Le 18 août, j’ai été
abordée par Alavoine qui voulait me prendre de force. Je me suis débattu et
j’ai dit qu’ j’allais l’ dire à sa femme. Alors, il m’a donné des coups, m’a
renversée par terre et a passé sa main sous ma jupe. »
Ce fut alors au tour de la femme
Dufeu :
« Adélaïde s’était réfugiée
chez moi, il y a déjà qu’que temps. Elle était avec sa fille. Alavoine l’avait
chassée d’ la maison. Adélaïde avait peur. Elle disait toujours qu’elle mourait
pas d’ sa belle mort. C’était pourtant une femme ben courageuse. »
Il y eut encore quelques témoins, mais aucun ne déposa en faveur de Félix Joseph Alavoine.
Tout le temps que durèrent les
diverses dépositions, l’accusé resta impassible.
Chaque fois qu’une question lui
était posée, afin d’avoir quelques précisions, il ne répondait que par des
détours, revenant sur l’avant des faits, sur ce qui aurait dû être. Il était
très habile dans ces réponses, sachant opérer de prudentes retraites quand il
se voyait entraîné dans une impasse.
C’était un malin, un
manipulateur.
À quatre heures de l’après-midi,
Monsieur Ricard, avocat général, prit la parole. Après son intervention
verbale, il réclama un verdict affirmatif du jury.
Maître Julien Goujon, défenseur
d’Alavoine, sollicita l’acquittement pur et simple de son client.
Godiche
Tout d’abord, en 1743, ce mot était un nom propre. Mais qui était Godiche ? Ça, je ne saurais le préciser. Puis, il devint un adjectif en 1752.
Toutefois, Godon se
trouve être la forme hypocoristique de Claude.
Ce nom ou
adjectif pouvait être, à l’origine, attribué aux filles comme aux garçons,
avant de n’atteindre que les filles. Oh !!! Encore une injustice extrême.
Après quelques
recherches, godiche viendrait du mot
dialectique GOD : niais –
stupide mais aussi maladroit.
Il est
possible d’utiliser le synonyme : godichon – godichonne – et cela depuis 1752.
Aujourd’hui,
je dirai qu’une godiche est une fille peu délurée. Mais, est-ce que ce mot est
encore en usage ?








