mercredi 11 octobre 2023

Un crapaud

 

Après la grenouille, voici un autre batracien, le crapaud.

Diverses orthographes dans le temps :

  • ·         Craput (1185)
  • ·         Crapaut (début XIIIème siècle)

 

Ce crapaud est issu du germanique

  • ·         Krappa = crochet

Par allusion aux pattes de cet amphibien.

 



Un crapaud, c’est aussi :

  • ·         Un homme laid physiquement ou moralement (ou les deux !) – 1541.
  • ·         Un mortier dans l’artillerie – 1400.
  • ·         Un fauteuil – 1790.
  • ·         Un défaut dans une pierre précieuse – 1845.
  • ·         Une petite bourse de soie, utilisée par les hommes pour enfermer leurs cheveux sur la nuque – XIXème siècle.

 

Le crapaud de mer est un poisson difforme – 1611.

 

Et puis, il y a cette ribambelle de mots formés à partir de crapaud, comme :




 

·         Une crapaudine

o  


Pierre précieuse que l’on croyait provenir de la tête du crapaud (1235).

·         Une crapaudière

o   Lieu où vit une multitude de crapauds (1394)

o   Lieu humide et sale (1841)

·         Un crapoussin (1752)

o   Petit crapaud.

o   Homme trapu.

o   Homme de peu de valeur.

·         Un crapouillot

o   Petit mortier des tranchées utilisé pendant la Grande guerre.

·         Crapouiller ou crapouilloter (1916)

o   Bombarder par crapouillot.

·         Crapahuter (verbe intransitif – 1939)

o   Argot militaire : progresser par sauts et reptation en terrain difficile.

 

Et je vous rappelle que ce crapaud hideux apparaît dans de nombreux contes de fée, dans lesquels il est, le pauvre, sous l’emprise d’un horrible et désagréable sortilège.

Il suffisait pour le libérer de cette prison maléfique, un seul baiser, celui d’une princesse pour qu’il reprenne sa forme initiale de prince charmant.

Oui, d’accord !

Toutefois, avant, il fallait à la belle vaincre une certaine répugnance, et on le comprend aisément !

Mais la récompense se révélait aussitôt.

Happy end !!

 

Et puis, en langage tendresse, ce qualificatif attribué à mes petits-enfants vêtus de grenouillère, jambes repliées... Mes petits Crapouillots d’amour.

 

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

                   « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

mercredi 4 octobre 2023

Courdemanche, une triste affaire - Prologue

 



En ce 7 février 1877, comparaissait à la cour d’assises de l’Eure, Alphonse Émile Fez, âgé de trente ans. Cultivateur à Courdemanche, il était accusé d’homicide volontaire sur la personne de son épouse, Marceline Augustine née Bâton[1], et sur un de ses voisins, Eugène Lemaire et accusé également de tentative d’homicide sur la personne de Joséphine Eulalie Modeste née Ruffin, épouse Lemaire.

 




Adolphe Émile Fez avait reconnu les faits, il ne restait plus à la justice d’établir les circonstances précises de ce drame et les responsabilités de l’inculpé.

Dans le box des accusés, Adolphe Émile Fez aurait aimé revenir en arrière.

Mais le pouvait-il ?

Sans cesse devant ses yeux la vision de son épouse qu’il aimait tant s’effondrant sur le sol telle une poupée de chiffon après avoir reçu la première balle tirée. Puis, le visage horrifié de son voisin essayant de le ramener à la raison. Pourquoi s’était-il interposé ? Il n’avait rien à voir dans cette affaire. Alors, le coup est parti, une balle qui ne lui était pas destinée.

Tout avait été si vite !

Son voisin Lemaire abattu à bout touchant s’affaissa, sans vie.

Adolphe Émile Fez entendit comme dans un brouillard les hurlements de la femme Lemaire, mais ces cris presque irréels pour lui ne le firent pas reprendre conscience, le fusil toujours en joue, il avait en point de mire celui dont il voulait ôter la vie, Jules Clairet. Celui qui était l’objet de sa colère, de sa jalousie démente.

Alors qu’il l’avait dans son viseur, son doigt appuya sur la gâchette. Ce fut à ce moment que dans un réflexe de protection, la femme Lemaire se plaça sur la trajectoire de la balle. La pauvre voisine fut touchée à l’épaule et sous le choc s’écroula inanimée, alors qu’une tache rouge s’élargissait sur sa blouse.

 

Il n’avait pu atteindre Jules Clairet.

Reprenant peu à peu ses esprits et devant les trois corps inertes sur le sol devant sa demeure, Adolphe Émile Fez, tout à coup conscient de ses actes meurtriers, avait pris la fuite et s’était caché dans la forêt toute proche.

Assis sur le banc des accusés, Adolphe Émile Fez se refaisait encore et encore le film de ce moment tragique, comme un cauchemar qui ne veut pas s’estomper.

 

Comment en était-il arrivé à tuer ?

Un moment de folie ?

Une jalousie extrême ?

Les deux sans doute.

 

Et puis ce n’était pas sa faute après tout.

La faute en revenait à cette femme infidèle qu’il avait épousée.

La faute en revenait à cet amant, ce  Clairet, qui venait jusque devant sa porte, pour le narguer.

Oui, sans cela, il aurait continué à vivre heureux.....

Et qu’on n’aille pas lui dire que c’était faux, que sa catin d’épouse lui était fidèle.

Elle lui avait avoué. Oui, avoué en le regardant droit dans les yeux.

 

La cour entra dans la salle d’audience.

Le procès allait commencer.

 



[1] Plusieurs orthographes sur les divers documents : Baston – Bâton – Batton......

Une grenouille.



Je pense que tout le monde sait ce qu’est une grenouille ?

Mais saviez-vous que le mot venait de l’ancien français grenoile (1225), anciennement renoille, ce dernier provenant du latin populaire ranacula (petite grenouille), diminutif de rana = reinette ?

D’ailleurs, n’existe-t-il pas une espèce de petite grenouille appelée reinette ?

 

Vous en savez, à présent, autant que moi.

 

Une grenouille désigne donc une espèce de batracien, mais ce mot a été également attribué à une tirelire, en forme de grenouille, cela va de soi, et par extension une somme d’argent mise en réserve (1793), en quelque sorte des économies.


Et voilà que tout s’éclaire !

Les locutions :

·         Manger la grenouille (1793).

·         Faire sauter la grenouille (1842)

prennent alors tout leur sens. Il ne s’agit nullement de plats cuisinés, mais tout simplement d’actes de dépenses inconsidérés.

 



Vers 1970, une grenouille désignait un engin de pilonnage et de compactage des terres se déplaçant par saut, telle une grenouille.

 

De grenouille découlent :

·         Une genouillère :

o   Lieu marécageux où pullulent les grenouilles (1299)

o   Lieu humide (1694)

o   Vêtement en une seule pièce, pour bébé, enfant ou adulte, enveloppant le corps entièrement (XXème siècle).

·         Une grenouillette

o   Petite grenouille (1538)

o   Nom donné à une renoncule d’eau (1549)

·         Grenouiller

o   Barboter (1527)

o   Boire abondamment (1555)

o   Boire beaucoup d’eau (1865)

o   Pratiquer le grenouillage (début XXème siècle).

·         Un grenouillage

o   Intrigues, manœuvres malhonnêtes (milieu XXème siècle)

·         Un grenouilleur ou une grenouilleuse

o   Personne pratiquant le grenouillage.

·         Une grenouillard ou une grenouillarde

o   Nom et adjectif – amateur de bains froids (XIXème siècle)

o   Footballeur maladroit, en argot sportif (1931)

 

Il y a aussi l’homme-grenouille, plongeur travaillant sous l’eau avec un scaphandrier ou une combinaison de plongée (1949).

 

Ma grand-mère (encore et toujours) qui possédait un vocabulaire et des expressions, mélanges de français, de normand et de rouennais, me disait lorsque je buvais plusieurs verres – d’eau, je le précise – à la suite :

« Arrête de boire comme ça, tu vas attraper des grenouilles. »

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

                   « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

 

mercredi 27 septembre 2023

Un crime des plus horribles - Chapitre 9 – Le châtiment



Les jurés sortirent et aussitôt un brouhaha enfla dans la salle d’audience, chacun échangeant en attendant la décision finale. Certains hommes allèrent se dégourdir les jambes dans le hall d’entrée ou fumer dans la rue devant le Palais de justice. Mais très vite tous reprirent leur place et le silence se fit de nouveau car il ne fallut aux jurés qu’une heure un quart pour délibérer.


Le verdict fut clair et précis.

Alphonse Caillard fut reconnu coupable.

Aucune circonstance atténuante ne fut retenue.

 

La Cour condamna Caillard à la peine capitale.

 

Le public présent accueillit cette sentence avec des cris de joie.

 

Les manifestations d’allégresse furent interrompues rapidement par la résonnance du marteau actionné par le Président demandant impérativement et immédiatement le silence.

Dans un calme, soudain redevenu pesant, le Président s’adressant au condamné  lui demanda :

«  Avez-vous des observations à préciser ?

— Non, monsieur le Juge », répondit celui-ci.

 

Pendant que le public quittait la salle d’audience commentant les diverses phases de ce procès, Caillard, lui, signa une demande de pourvoi avant de regagner sa geôle.

 

Condamné à mort le 9 juillet 1898, Caillard vit son pourvoi en cassation refusé.


 

La date de son exécution à Evreux fut arrêtée au 19 août 1898.


La veille, la guillotine fut montée avenue de Cambolle à Evreux[1] par le bourreau en exercice, Louis Deibler, et son aide.

Ordinairement ce genre d’événement, heureusement peu fréquent[2], se déroulait sur le Pré du Bel-ébat, mais en raison de la foire annuelle, la mort programmée de l’assassin de Nassandres dut être déplacée en un autre lieu dans Evreux.

Comme toujours, malgré l’heure matinale, beaucoup de badauds pour voir tomber la tête de l’auteur de cet horrible massacre.

 

Encadré par des hommes de Justice, de gendarmes et d’un prêtre, Alphonse Caillard monta sur l’échafaud quelques minutes après 5 heures du matin. A 5 heures 18 minutes, le couperet tomba.

Alphonse Caillard n’était plus de ce monde.

Acte de décès d’Alphonse Caillard :

L’an mil huit cent quatre vingt dix huit, le 19 août à 2 heures du soir sont comparus, Charles Hivin, 38 ans et Yves Marie Legall, 56 ans, employés d’administration, domiciliés 32 rue Joséphine à Evreux.....

Aujourd’hui, à 5 heures 18 minutes du matin, Alphonse Caillard, ouvrier d’usine, domicilié à Lisieux (Calvados), célibataire, né le 16 mars 1871 à la Madeleine-de-Nonancourt (Eure), fils de Alphonse Désiré Caillard et Eléonore Euphrasie Bonneville est décédé à Evreux, avenue de Cambolle......

 

Juste avant de quitter la prison, Alphonse Caillard avait fait un dernier aveu :

«  C’est moi.... Ourville-la-bien-Tournée... C’est moi qui ai tué les époux Nicolas, le 15 février 1895... C’est moi qui ai mis le feu.... »

 

Etait-ce pour soulager sa conscience avant de mourir ?

Etait-ce par bravade ?

Je ne pourrais le dire.

        



[1] Aujourd’hui, cette avenue porte le nom de : Avenue Maréchal Foch.

[2] A cette date, à Evreux, et cela depuis cinquante ans, l’exécution de Caillard était la dix-septième.

Pourquoi dit-on : « Tant pis » ?

 




Pis
, adverbe et adjectif, avant de devenir un nom masculin à partir du XIIème siècle.

Pis, issu du latin pejus – neutre du comparatif – qui a donné pire.

 

Avant la fin du XIIème siècle, pis est employé dans le langage littéraire comme comparatif de mal que nous retrouvons dans :

 

·         Qui pis est – 1450-1465 -                            : ce qui est plus grave.

·         Aller de mal en pis – 1245 -                        : allez de plus en plus mal, jusqu’au pire.

·         Mettre les choses au pis – 1714)                 : Imaginer le pire.

·         Au pis aller – fin du XVème siècle -            : En supposant que les choses aillent le plus mal  

                                                                       possible.

Cette dernière expression a donné le nom : un pis-aller, nommant un objet ou une personne à laquelle on a recours faute de mieux.

 

Pis   >     Pire

Les deux termes ont la même origine, celle du latin pejor.

 

Pire, superlatif de mauvais (malus), attesté dans notre langage à partir de 1155.

Nous trouvons ce terme dans les locutions suivantes :

·         Pour le meilleur et pour le pire (dans ce cas, il faut prendre le meilleur et laisser le pire).

·         Politique du pire.

 

De pire découlent :

  • ·          Empirer – XIIIème siècle           : plus pire que le pire – aggraver.
  • ·         Un empirement                           : une dégradation, une aggravation (mot plus usité de nos                                                                   jours).

 

Ma grand-mère disait « Tant pire », pour exprimer l’idée de :

  • ·         Tant que ce n’est pas pire.
  • ·         Dommage.

 Ce n’était pas une faute de langage, car dans le parler normand, cette expression existe bien, comme l’atteste mon dictionnaire regroupant toutes les expressions de la région normande.

 

Et puis, pour terminer, ne pas confondre pis et pis.

Un pis, du latin pectus celui-ci, désigne la poitrine ou encore le cœur et dans le domaine agricole, la mamelle d’une bête laitière (1180), comme celui de la vache.

  

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

                   « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert