mercredi 8 novembre 2023

Courdemanche, une triste affaire. Epilogue.

 

Condamné aux travaux forcés à perpétuité le 11 mai 1877 par la Cour d’assises de Seine-Inférieure, Adolphe Émil Fez fut transféré de la prison de Bonne-Nouvelle Rouen-Saint-Sever à Saint-Martin-de-Ré. De là, il embarqua pour la Nouvelle-Calédonie. Il mit pieds, après le voyage, sur l’île Nou où il devait purger sa peine.

Comme beaucoup de bagnards, Adolphe Émil Fez eut du mal à supporter le climat. Une chaleur lourde et des insectes, beaucoup d’insectes !

Il mourut le 3 janvier 1879 de diarrhée chronique, comme il est indiqué sur sa fiche matricule.

 

Fiche de bagne – n° matricule 9598

Adolphe Émil Fez

Fils de Pierre et Sophie Françoise Pichot

Né à Courtemanche le 13 novembre 1846

30 ans

Cultivateur

Condamné le 11 mai 1877 par les assises de Seine-Inférieure à Rouen, pour 2 homicides volontaires aux travaux forcés à perpétuité, sans pourvoi.

 

1.65 m – cheveux et sourcils blonds - yeux gris – nez long – bouche moyenne – menton pointu – teint coloré.

Infirme au bras gauche.

 

Veuf de Marcelline Augustine Bâton – deux enfants – catholique.

 

Sait lire et écrire.

Métier exercé au bagne : effilocheur.

 

Décédé à l’île Nou, le 3 janvier 1879. Diarrhée chronique.

 

 

Le couple Fez avait eu deux garçons.

Que sont-ils devenus après le décès de leur mère et l’incarcération de leur père ?

Sans doute ont-ils été recueillis par leurs grands-parents paternels ou maternels, mais peu probable en raison de leur date de décès.






 

Grands-parents paternels :

·         Pierre Fez, né le 29 avril 1807, décédé le 2 janvier 1878, une année avant la mort de son fils Adolphe Émil.

·         Françoise Sophie  Pichot épouse Fez, née en 1817, décédée  le 30 janvier 1889. Cette aïeule  a assurément été présente auprès de ses petits-fils.

Grands-parents maternels[1] : 

·          Félix Victor BATON, né le 1er juin 1815, décédé après 1867.

·          Désirée Clotilde BAUDRANT, née le 21 juillet 1826, décédée après 1867.

 

Alors, un oncle ou une tante, frère ou sœur de l’un de leurs parents qui a bien voulu se charger de leur éducation. La réponse apparaîtra un peu plus tard au cours de la lecture des documents.

 

Revenons sur les deux garçons.

 

Adolphe Gilbert Fez a vu le jour le 18 septembre 1868 à Courdemanche.

Il s’est marié le 4 mars 1905 à Pin-la-Garenne avec Maria Albertine Pascaline Gouin.

Le couple a eu de nombreux enfants. Huit identifiés dont des jumeaux, Émilien et Louise nés le 24 avril 1909 et qui n’ont vécu que quelques heures.

 

Voici sa fiche militaire :

Classe 1888 – Evreux – n° matricule 597

Adolphe Gilbert Fez

Domestique de ferme en 1888

Cheveux et sourcils châtains – 1.73 m – cicatrice (sans aucune autre mention) – instruction 2.

Domicilié à Courdemanche en 1888

Parents décédés – tuteur Honoré Mohier – Courdemanche. (et voici la réponse !)

1888 – dispensé : aîné d’orphelins

1889 – ajourné

Appelé le 11 novembre 1890 – 74ème régiment d’infanterie.

Envoyé dans la disponibilité le 11 mars 1891.

Mobilisé le 4 novembre 1914 – 18ème régiment d’infanterie.

Renvoyé dans ses foyers le 12 janvier 1915.

 

Divers domiciles :

27 avril 1908 : Pin-la-Garenne (Alençon) hameau de la Queuterie.

 

Adolphe Gilbert Fez décéda le 13 mai 1932.

 

 

Émilien Marcellin Fez est né à Courdemanche le 6 juillet 1870

 

Sa fiche militaire donne les renseignements suivants :

Classe 1890 – n° matricule 376

Émilien Marcellin Fez

Domestique de ferme en 1890

Cheveux et yeux châtains – 1.62 m – instruction 3 (sait lire – écrire et compter)

Domicilié à Courdemanche

Tuteur à Courdemanche ( le nom du tuteur n’est pas mentionné )

Appelé le 12 novembre 1891

Dans la réserve à compter du 27 septembre 1894.

 

Divers domiciles :

15 janvier 1897 : Illiers-l’Evêque (27)

 

Décédé le 28 mars 1899 à Nonancourt.

 

Autre renseignement concernant Émilien Marcellin :

·         Marié le 30 avril 1895 à Marcilly-la-Campagne (27) avec Marie Angéline Dupuis.

 

 

Revenons sur le tuteur : Honoré Mohier demeurant à Courdemanche.

Louis Honoré Mohier, né le 8 avril 1851, époux d’Émilienne Alphonsine Fez, née le 8 octobre 1852, sœur d’Adolphe Émil Fez et donc oncle et tante des deux orphelins.

Louis Honoré Mohier et Emilienne Alphonsine Fez s’étaient mariés le 27 février 1873.

 

Cette histoire s’achève.....

À la semaine prochaine pour un autre dossier.



[1] Aucune date précise pour le décès des grands-parents maternels.

Un maître queux

 

Quelle est donc la spécialité de ce « maître » ?

 

Queux :

  • ·         Cous, en 1080.
  • ·         Queu, vers 1175.
  • ·         Queux, début XVIème siècle.

 

Ce terme provient du latin coquus ou encore cocus : cuisiner.

Le verbe coquere se traduisant par cuire.

 

Le mot fut attribué à la charge d’un cuisinier de Cour jusqu’à la Révolution, celle de 1789.

L’expression « maître queux » désignant un chef de cuisine fut utilisée à partir de 1538, elle n’est plus utilisée, aujourd’hui, qu’avec un brin d’ironie.

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

                      « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

mercredi 1 novembre 2023

Courdemanche, une triste affaire. Chapitre 4 – Tribunal de Rouen.

 


La Cour d’assises de la Seine-Inférieure se trouva saisie de l’affaire Fez, par suite de la cassation d’un arrêt précédemment rendu par la Cour d’assises de l’Eure, pour vice de forme.

Le verdict de la Cour d’assises de l’Eure avait été prononcé contre l’accusé par une condamnation à mort.

 

Second procès.

Cour d’assises de la Seine-Inférieure.

Audience du 11 mai.

Sous la présidence de Monsieur le Conseiller Fournot.

Monsieur Hardouin, avocat général, occupant le siège du ministère public.

Maître Demange du Barreau de Paris, défendant, comme lors du procès précédent, les intérêts de son client, Adolphe Émil Fez.

 

L’accusé, un homme de petite taille, à la physionomie ingrate, mais dénotant une certaine intelligence, les joues creuses, à l’attitude et la pose paraissant être celle d’un homme étrange et non pas animé d’instincts féroces[1], déclina tout d’abord son identité.

Le Président de séances précisa ensuite les faits et circonstances du drame du 18 juin 1876 ayant entraîné :

La mort de deux personnes :

La dame Fez, née Bâton, épouse de l’accusé, décédée le 23 juin 1876 après avoir reçu une balle de revolver dans la moelle épinière.

Monsieur Eugène Lemaire, voisin de l’accusé, atteint en pleine poitrine d’une balle provenant de la même arme, décédé immédiatement.

Madame Lemaire, née Joséphine Eulalie Modeste Ruffin, touchée à l’épaule se remettant doucement de cette blessure, également par balle.

 

Adolphe Émil Fez reconnut les faits et se dit responsable de ses actes, sous l’emprise d’une violente jalousie.

 

La question de circonstances atténuantes possibles fut alors posée.

 

L’avocat général ne le pensait pas et demanda la peine capitale, disant :

« Adolphe Émil Fez était au moment des faits totalement conscient de ses actes, n’avait-il pas acheté cette arme quelque temps avant ? N’avait-il pas, même, plus ou moins, prémédité son acte, du moins envers son épouse ?

 

Maître Demange plaida en faveur d’un acte irraisonné, son client étant aveuglé par la jalousie, cette jalousie qui lui avait fait perdre tout sens commun, tout sens moral. Un coup de sang ! Quant à la préméditation, cela n’était pas raisonnable de la concevoir, Adolphe Émil Fez n’avait rien contre ses voisins.

 

Le Président conclut alors[2] :

« Le crime est certain, avoué. L’accusé est responsable puisqu’il avait la plénitude de son intelligence et de sa liberté. Toutefois, y a-t-il une atténuation possible en sa faveur ? Cette jalousie contraire au bon sens et à toute raison, n’est-elle pas la marque d’un esprit au moins mal équilibré ?

 

 

Sur ces paroles, le jury sortit pour délibérer et déclara après cette délibération que l’accusé Adolphe Émil Fez était coupable, avec toutefois le bénéfice des circonstances atténuantes.

 

Adolphe Émil Fez fut condamné aux travaux forcés à perpétuité.

 

 

Un document très important nous apprend énormément sur Adolphe Émil Fez, il s’agit de sa fiche d’écrou  de Rouen – n° 8360 – en date de mai 1877.

 

Fez Adolphe Emile[3]

Fils de Pierre et Sophie Pichoux

Né et demeurant à Courtemanche (Eure)

Cultivateur

Entré le 20 avril 1877

30 ans – 1 m 66 – teint pâle.

2 cicatrices au menton – estropié du bras gauche.

 

Vêtu du costume pénal.

 

Mention :

Aujourd’hui, 20 avril 1877, s’est présenté au greffe de la maison de Justice de Rouen, le sieur Gueroult gendarme, porteur d’un ordre délivré par monsieur le Procureur Général, sous la date du 18 avril 1877 en vertu duquel il m’a été fait la remise de la personne du nommé FEZ Adolphe Émile, ainsi que le constate l’acte qui m’a été présenté et dont la transcription se trouve ci-contre[4].

 

Transcription des jugements :

Par arrêt de la Cour d’assises de la Seine-Inférieure en date du 11 mai 1877, le nommé FEZ Adolphe Émile âgé de 30 ans, né à Courtemanche (Eure), demeurant à Courtemanche (Eure), cultivateur déclaré coupable d’avoir à Courtemanche le 18 juin 1876 commis deux homicides et deux tentatives d’homicides volontaires, le tout avec préméditation et concomitance, a été condamné à la peine des travaux forcés à perpétuité en vertus des articles 295 -296 – 302 – 304 et 463 du code pénal.

Le dit a commencé à subir sa peine le 16 mai 1877, jour où l’arrêt est devenu définitif.

 

Date de sortie de la prison, le 26 mai 1877.

Transféré à Saint-Martin-de-Ré par nous, agent comptable de la voiture cellulaire n°21.

Signé : Bauer

 



[1] La description d’Adolphe Émil Fez provient de l’article  du « Journal des débats politiques et littéraires » en date du 14 mai 1877.

[2] Journal « la presse » du 18 mai 1887

[3] Le prénom est écrit avec un E final dans le registre.

[4] Ci-contre sur le document étant les informations se trouvant ci-dessus dans le récit.

Que signifie « être couard » ?

 

Couard, est un adjectif qui donne au féminin couarde.

 

Mais quelle est son origine ?

Couard est un dérivé du mot coe : queue.

Employé initialement pour désigner un animal qui « a la queue entre les jambes », donc un animal peureux ou qui se soumet tels les loups ou les chiens dans les meutes face à un animal dominant, il qualifia par la suite une personne lâche.

Aujourd’hui, son emploi est surtout littéraire.

 

De ce lot découlent :

  • ·         Une couardise (1080).
  • ·         Couarder – verbe intransitif.
  • ·         Couardement – adverbe – très rarement utilisé.

S’orthographiant :

·         cuardement au début du XIIIème siècle

·         Coairdement vers 1209

  • ·         Accouardir – verbe transitif.
  • ·         Quoailler – verbe intransitif

o   Coailler signifiant

§  pour un chien : quêter la queue haute

§  pour un cheval : remuer continuellement la queue

  

Ce chien quoaillle devant la table servie, mais à la chasse, son attitude est couarde

 

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

                   « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert