mercredi 12 juillet 2023

Un escogriffe

 


Apparu vers 1611, cet escogriffe est d’origine obscure.

Composé de griffe, il peut toutefois être rapproché du verbe griffer : ravir, voler au XVIIème siècle.

D’autant plus que.....

Un escogriffe désignait un voleur.

 

Au XVIIème siècle, Molière employa l’expression « un grand escogriffe ».

Au XIXème siècle, ce terme fut attribué à un homme de grande taille et d’allure dégingandé.

 

 



Un escogriffe d’allure dégingandée......


 

Dégingandé : cet adjectif venait assurément de :

·         Giguer : folâtrer

Ou encore, peut-être de :

·         Déhingander : disloquer (verbe employé par Rabelais en 1552).

Mais tout cela n’est qu’hypothèses !

 

L’adjectif dégingandé s’attribue d’abord à un objet ou un véhicule, avant de qualifier une personne à la fin du XVIIème siècle, pour en décrire l’aspect physique : grand et maigre.

 

Mais cet adjectif peut aussi prendre le sens de : manque de tenue, laissé aller.

 

Quelques mots découlant de dégingandé :

·         Un dégingandage (1887)

·         Un dégingandement (1867)

Ces deux mots totalement oubliés furent toutefois, de leur temps, peu employés.

 

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

 « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

mercredi 5 juillet 2023

La destinée de Charles Nicolas Valentin Chauvet - Sixième partie

  

Les premiers à parler de mort suspecte, suite au décès du père Chauvet, furent les proches voisins.

Puis, la rumeur publique, toujours elle, fit le reste en alertant la maréchaussée.

Trop de coïncidences entre cette maladie aux symptômes proches de l’empoisonnement et la visite rapide de Marie Éloïse, la fille du défunt. Surtout que, chacun savait qu’elle souhaitait la mort de son père et qu’elle ne s’était jamais privé de le proclamer haut et fort.

Suite à une autopsie, la vérité éclata, il y avait bien eu empoisonnement.

Alors, Marie Éloïse Chauvet, femme Brard, fut interrogée par la police qui préféra la mettre au frais, avant de l’envoyer devant la justice.

 

Et le procès ne tarda pas.

 

Comme toujours lorsqu’il s’agissait d’un procès pour homicide, la foule se pressait dans la grande salle d’audience des palais de justice.

Ce fut le cas, en ce 20 novembre 1876, dans la salle de la Cour d’assises de Rouen.

Présents pour les débats :

·         Le conseiller Moreau,  Président.

·         M. Buchère, avocat général.

·         Maître Le Baron, au banc de la défense.

 

Sur le banc des accusés, la femme Brard, les yeux baissés, habillés de noir.

 

 

Le procès débuta par un bref résumé de l’identité et la vie de l’accusée.

Marie Éloïse Chauvet était la fille unique, donc seule héritière, de Monsieur Chauvet.

Elle était la veuve de Pierre Bruno Julien, décédé en 1869, et l’épouse d’Alexandre Frédéric Brard depuis 1870.

Elle avait deux filles de son premier mariage.

 

Puis ce fut le rappel des faits.

Soit après la visite de la prétendue coupable, l’horrible fin, en huit jours, de son père.

 

Il fut également expliqué que la dite prétendue coupable, souhaitait depuis longtemps la mort de son père afin d’hériter. Des témoins, et ils étaient nombreux, dirent qu’elle avait même proposé de payer deux cents francs à celui qui la « débarrasserait de lui ».

 

Le président précisa[1] :

« Vous avez quitté le Bocasse, à Pâques 1876, pour aller à Déville-Lès-Rouen, après avoir vendu votre maison. Les renseignements sur vous sont mauvais. Vous aviez une vie dissolue, vous manquiez toujours d’argent. Votre père a été empoisonné à l’arsenic et à l’acide chlorhydrique...

     C’est pas moi ! s’insurgea la prévenue.

     Ne l’a-t-il pas dit lui-même avant de succomber en vous maudissant ?

     C’est pas vrai, c’est les Desveaux qui l’ont empoisonné. Des ennemis à moi.

     Vous avez des dettes ? La maison, votre père en avait l’usufruit. Cet usufruit, vous l’avez remplacé par une rente viagère. Votre père voulait garder cette maison. Vous devrez recueillir trois mille francs, toutes dettes réglées à la mort de votre père. Vous aviez donc tous bénéfices à le voir disparaître. C’était d’ailleurs votre vœu, des témoins le confirmeront. Nous savons aussi que vous cherchiez quelqu’un pour effectuer ce crime à votre place.

     Ils mentent !!

 

Malgré les divers témoignages, Marie Éloïse Chauvet, femme Brard, n’avoua jamais avoir empoisonné son père. Malgré ses dénégations, elle fut reconnue coupable.

 

Le journal La petite presse, écrivait, le 29 novembre 1876 :

Dans la Seine-Inférieure, c’est Marie Éloïse Chauvet, femme Brard, accusée d’avoir, au Boccage Valmartin en août 1876, attenté à la vie de Charles Nicolas Chauvet son père légitime, à l’aide d’arsenic et d’acide chlorhydrique mélangés à de la crème et de l’eau-de-vie.

Cette fille dénaturée était pressée de recueillir l’héritage de son père et elle méditait depuis longtemps ce meurtre dont elle voulait faire peser les charges sur des étrangers.

Condamnée à la peine de mort, elle a entendu le verdict sans manifester aucune émotion.

 

Le Journal de Rouen, le 7 décembre 1876, notait en deuxième page :

La Cour d’assises de la Seine-Inférieure a condamné à mort Marie Éloïse Chauvet, femme Brard, âgée de 45 ans, cultivatrice à Déville-lès-Rouen, pour avoir empoisonné son père Nicolas Chauvet âgé de 76 ans afin d’en recueillir plus vite l’héritage.

 

 

Mais l’histoire ne s’arrêta pas là, car Marie Éloïse Chauvet fut graciée le 22 décembre 1876.

Pourquoi ?      

 



[1] Informations trouvées dans le journal de Rouen qui relata tout le procès.

Esquinter

 


Provenant du provençal esquinta (1800), pour : déchirer, fatiguer.

 

Esquinter, c’est « couper en cinq » :

EX  -  QUINTUS

o   Quintus : cinquième

o   Quinte : cinq

 

Dans l’argot des voleurs, ce verbe, qui passa ensuite dans le langage familier, signifie : démolir – abîmer (quelqu’un ou quelque chose).

 

Au sens figuré, il est employé pour : fatigué à l’extrême ou encore critiquer violemment.

 

De ce verbe découle, le participe présent et adjectif qualificatif :

·         Esquintant ou esquintante


 

On trouve aussi :

·         Un esquintement 

o   Une effraction – dans le parler de Vidocq (1836)

o   Une grande fatigue pour Verlaine (1891)

o   Une détérioration



 

 

C’est esquintant de découvrir, après un esquintement dans un lieu, tout un énorme esquintement !

Voilà une phrase qui peut, pour la déchiffrer, donner des nœuds au cerveau.

Verlaine dirait que sa compréhension produit un moment de grand esquintement.

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

 « Dictionnaire historique de la langue française » 

Le Robert

mercredi 28 juin 2023

Un portemanteau !

 


Plongée en pleine lecture relatant la campagne de Russie[1], j’ai rencontré « un cheval lourdement chargé de portemanteaux ».

Aussitôt, me vint à l’esprit cet objet en bois, en plastique ou en fer permettant de suspendre un vêtement, dont le manteau, à la tringle d’une armoire, et imaginais ce pauvre équidé hérissé d’une multitude de portemanteaux puisqu’il en était, selon le texte, lourdement chargé.

Ma vision redevint plus réaliste lorsque j’appris qu’un portemanteau, nom masculin attesté dans le vocabulaire français depuis 1547, désignait à l’origine, un bagage telle une malle ou une valise.

Me voilà rassurée, pouvant remettre ainsi dans son contexte ce mot qui a changé de sens au fil des siècles. Le cheval portait donc les bagages du capitaine d’Herbigny, en route pour Moscou.....

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

 « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert



[1] « Il neigeait » de Patrick Rambaud – Editions Grasset et Fasquelle (2000).

La destinée de Charles Nicolas Valentin Chauvet Cinquième partie

 


Charles Nicolas Chauvet comptait les jours. Sa fille lui avait annoncé sa visite pour le début août.

Ne pouvant la recevoir dans sa maison qui ne comportait qu’une seule chambre, il avait demandé au couple Desveaux s’il leur était possible de l’accueillir la nuit, chez eux. Marie Éloïse serait ainsi mieux logée.

 

Marie Éloïse arriva le 3 août 1876, en tout début d’après-midi.

La jeune femme, comme à son accoutumée, ne marqua aucun signe affectif envers son père qui en fut chagriné.

Mais que pouvait-il attendre de sa fille ? Rien, évidemment !!

Aussi, ne voulant pas dévoiler sa déception, il essaya de se montrer bienveillant et joyeux.

N’avait-elle pas, malgré tout, accédé à sa demande de lui rendre visite ?

C’était toujours un premier pas.

 

La soirée se passa sans grande discussion. Après le repas, Marie Éloïse s’en alla chez les voisins pour y passer la nuit.

Le lendemain, elle revint chez son père. Celui-ci était absent ayant été faire une course. En l’attendant, la jeune femme prépara le repas.

Au retour du père, ils se mirent à table.

En dessert, il y avait de la crème et pour finir, un petit verre d’eau-de-vie après le café.

 

Au grand étonnement de son père, Marie Éloïse ne mangea pas de crème : «  La crème, ça me réussit pas. Après, j’ suis tout’ barbouillée. »

 

Elle refusa également le café et le pousse-café[1], prétextant : « Avec la chaleur, c’est pas bon. La tête va m’ tourner ! »

 

À chaque fois, le père Chauvet, conciliant répondait : « Comm’ tu veux, ma fille ! »

Pensant au fond de lui : « D’ailleurs, t’as toujours fait c’ que tu voulais ! »

 

La journée se passa. Le repas du soir fut composé des  restes de celui du midi et après, Marie Éloïse reprit le chemin de Déville-Lès-Rouen.

 

Peu après le départ de sa fille, le père Chauvet se sentit mal.

La contrariété ?

La crème qui passait mal avec la chaleur de ce début août ?

Le petit verre d’alcool qui lui tournait la tête ?

Il ne se sentait pas bien du tout le pauvre homme. L’estomac barbouillé, la tête lourde, les jambes flageolantes... et puis aussi ce mal à l’estomac et au ventre, comme une brûlure.

Avait-il pris un coup de chaud ?

Pourtant, il ne s’était pas exposé au soleil et avait toujours gardé son chapeau.

Alors, ne tenant plus debout, il avait décidé de se mettre au lit de bonne heure.

« Une bonne nuit de repos, avait-il pensé, et d’main il n’y paraîtra plus. »

 

En pleine nuit, Charles Nicolas Chauvet fut pris de vomissements.

 

Quand sa voisine, Gervaisine Desveaux, inquiète de ne pas le voir debout en milieu de matinée, se rendit chez lui, ce fut pour le trouver dans un état lamentable, baignant dans ses souillures.

Elle prévint le médecin qui diagnostiqua une indigestion.

Mais l’état du pauvre Chauvet alla s’empirant pendant huit jours, avant qu’il ne décède, le 11 août 1876 à 10 heures du matin.

 

Si la mort du père Chauvet parut, sur le moment, des plus naturelles, peu à peu, la rumeur enfla, enfla.....

Et chacun fit le rapprochement entre la visite de la fille et la mort du père.

 



[1] Nom donné au petit verre d’eau-de-vie pris, ordinairement, après le café. L’eau-de-vie pouvait aussi être ajoutée au café.

mercredi 21 juin 2023

La destinée de Charles Nicolas Valentin Chauvet - Quatrième partie


 Au printemps 1876, la famille Brard alla s’installer à Déville-Lès-Rouen.

 

Charles Nicolas Chauvet, vieillissant, vit sa fille s’éloigner avec un pincement au cœur. Heureusement, il avait des voisins charmants qui s’inquiétaient de lui et lui rendaient de menus services et notamment la famille Desveaux[1]. C’était souvent avec eux que le père Chauvet s’épanchait sur les différends qui l’opposaient à sa fille qui dernièrement lui avait fait signer des papiers apposés du cachet d’un office notarial.

Il avait signé, sans poser de questions.

 

« Qu’a-t-elle encore inventé ? se lamentait-il. Elle a toujours besoin d’argent, mais le porte-monnaie a un fond et l’argent s’ trouve pas sous les sabots d’un cheval. »

 

Gustave Onésime et Gervaisine Argentine l’écoutaient et au fil des discussions, face au mal-être de leur voisin toujours au bord des larmes, ils avaient fini par nourrir quelques animosités contre cette fille indigne.

 

Pendant ce temps, à Déville-Lès-Rouen, Marie Adélaïde déchantait de plus en plus. Cette nouvelle vie, dans cette nouvelle ville, n’apportait rien de nouveau dans le quotidien. Les dettes s’accumulaient encore et encore..... Toujours et toujours....

L’idée de la mort paternelle se faisait de plus en plus présente. Une seule issue, la provoquer et le plus vite possible.

Seule possibilité à portée de main, le poison.

Le poison, mais pour cela, il fallait s’en procurer.

La manière de se procurer du poison était devenue la conversation journalière du couple Brad.

 

Alexandre Frédéric Brard écoutait son épouse, las de ses jérémiades.

 

« Tu m’ fatigues ! lui répliquait-il à court d’arguments.

     Bien sûr, toi, tu lèverais pas le petit doigt pour m’aider ! J’ vois pas pour quoi  j’ t’ai épousé !!

     Et si t’as du poison, qu’en feras-tu ? Tu te vois tuer ton père ?

     On peut payer quelqu’un.

     Le payer, mais avec quoi ?

     Avec l’argent d’ l’héritage, pardi !

 

Alexandre Frédéric Brard haussait les épaules. Il était épuisé face l’obsession de son épouse et craignait le pire. Le pire ? Mais après tout, il n’y avait qu’à la laisser parler, jamais elle irait jusqu’au parricide.

Alors pour la calmer, il entra dans son jeu.

Un jeu dangereux, le jeu de la mort.

Il alla acheter de l’arsenic, soit disant pour tuer les rats qui  proliféraient dans la maison. L’apothicaire qui en vendait régulièrement pour détruire les rongeurs recommandait simplement la prudence quant à l’utilisation du produit.

Il alla aussi sur un chantier voler de l’acide chlorhydrique dont les couvreurs se servaient pour désoxyder le plomb.

 

« Voilà, pensa-t-il en donna les deux poisons à Marie Adelaïde, elle va m’ laisser tranquille à présent ! »

 

Mais le pauvre Alexandre Frédéric Brard ne savait pas que sa femme, de son côté, cherchait à engager un tueur et qu’elle s’était rendue pour cela à Fontaine-le-Bourg voir l’un de ses cousins éloigné, Augustin Brard.

 

Début août 1876, sur les insistances de son père, Marie Adelaïde décida de lui rendre visite.

Charles Nicolas Chauvet était très heureux, pensant à des réconciliations.

Il en était tout autre dans l’esprit de Marie Adélaïde.  

 



[1] Gustave Onésime Desveaux né le 20 octobre 1839 et Gervaisine Argentine Pointel née le 15 janvier 1846. Ils s’étaient mariés le 20 janvier 1866 à Le Bocasse.