mercredi 16 octobre 2024

Les dernières sorcières


En Angleterre, si la veuve Wenham vit sa condamnation annulée.

Son procès en sorcellerie ne fut toutefois pas le dernier dans ce pays, car, en juillet 1716, comparurent Mary Hickes et sa fille Elizabeth.

 

L’affaire se passa à Huntingdon.

Mary était l’épouse d’Edward Hicks. Le couple avait une fille âgée de neuf ans, prénommée Elizabeth.

 

Elles avaient, selon les dires, déclenché une tempête de pluie en retirant leurs bas !

Comment pouvait-on croire chose pareille ?

 

Mary et sa fille furent jugées et reconnues coupables.

Marie fut condamnée à être pendue et son exécution eut lieu le 28 juillet 1716.

Elizabeth fut-elle aussi pendue ou simplement bannie ? Aucun texte ne rapporte le sort qui fut réservé à la fillette.

 

Peu à peu, les esprits s’éveillèrent et le doute s’installa.   

 

En Ecosse, Jane Horne a toutefois été mise à mort pour sorcellerie en 1727.

Une loi votée en 1735, mit, en Angleterre, un terme aux condamnations pour sorcellerie.

 

À la fin des années 1700, en Autriche, l’impératrice Marie-Thérèse interdit la torture et la mise à mort sur le bûcher dans le cas de procès en sorcellerie.

La dernière condamnée à mort, fut Maria Päuer, en 1750.

 

Une croyance tenace qui prit fin, après la mise à mort de 100 000 femmes, environ, de la fin du XVe siècle au XVIIe siècle.

Et les sorciers me direz-vous ?

Pas de souci, nous allons y venir.

mercredi 9 octobre 2024

Elle fut déclarée la dernière condamnée à mort pour sorcellerie.

 


Jane était veuve d’un certain Wenham. Elle vivait à Walkem dans le Hertfordshire en Angleterre.

Elle possédait un caractère un tantinet querelleur. En clair, elle ne se laissait pas intimider.

 

Un jour, un fermier des environs proféra à son encontre des accusations de sorcelleries. Aussitôt, elle attaqua ce dernier en diffamation. La pauvre femme ne reçut en dédommagement qu’un shilling et un sermon du recteur de Walkem, Rev Gardiner :

« Ma fille, lui dit-il entre autres, il serait bon d’apaiser votre caractère. Un  peu de modération ne vous ferait pas de mal ! »

De quoi se mêlait-il cet homme ?

« Puisque c’est ainsi, j’obtiendrai justice d’une autre manière ! » proféra-t-elle furieuse.

Que n’avait-elle pas dit là, devant témoins ?

 

À quelque temps de là, la servante du presbytère, Ann Thorne, tomba malade. Elle était pourtant réputée pour sa robustesse.

Et voilà qu’on chuchota que ce mal ne serait pas naturel... Il n’en fallut pas plus pour que la veuve Wenham fût montrée du doigt.

Sir Henry Chauncy, Juge de Paix local, lança un mandat d’arrêt contre la présumée coupable.

Interrogatoires, au cours desquels fut cherchée une quelconque marque dite du diable, introuvable d’ailleurs.

Autre épreuve : la prévenue dut réciter le « Notre Père », prière qu’aucune sorcière ne pouvait prononcer. Jane connaissait bien le Pater, mais, elle trébucha sur un  mot... Mauvais signe ! Très mauvais signe !

Signe diabolique.

Surtout que lors de la fouille du logement de la veuve Wenham, il fut découvert, sous son oreiller, une fiole contenant une potion.

Celle-ci ne pouvant qu’être magique, l’étau de la justice se resserra.

 

Jane Wenham fut traduite devant la cour d’assises d’Hertford, le 4 mars 1712.

De nombreux villageois témoignèrent en sa défaveur. Mais trop, c’était trop !

Le Juge était perplexe d’autant plus que certains déclarèrent avoir vu la veuve Wenham voler dans les airs.

À cette déclaration, le Juge répliqua non sans humour : « Aucune loi ne l’interdit ! »

 

Jane Wenham fut condamnée, sans doute pour satisfaire à la superstition des habitants du village, mais pour sa sécurité, il lui fut attribué une résidence éloignée de Walkem où elle vécut ses dernières années avec pour seules visites celles de l’évêque Francis Hutchinson[1].

 

Jane veuve Wenham décéda en 1730, elle repose à Hertingfordbury dans une tombe anonyme.

 



[1] Francis Hutchinson (2 janvier 1660 – 1739).

Mais, début mai, il met un mets sur la maie.

 

En voilà une phrase qui lorsqu’on l’écoute ressemble à des bêlements.

Comment voulez-vous vous y retrouver ?

 

Premier « mé » : Mais

Adverbe et conjonction utilisés depuis la fin du Xe siècle, venant du latin magnus : grand et signifiant : plus.

Deuxième « mé » : Mai

Nom masculin (1080) issu du latin maius.

Nom du cinquième mois de l’année, mois consacré à Maia, fille de Faunus.

 Troisième « mé » : il met

Verbe mettre, du latin mittere, à la troisième personne du présent de l’indicatif.

Mittere : faire passer en un lieu.

« Mettre » un mot, en usage depuis la première moitié du Xe siècle, d’une grande richesse sur lequel il serait bon de revenir prochainement.

 

Quatrième « mé » : un mets

Nom masculin, apparu vers 1140, issu du latin missus, participe passé de mittere (tiens, tiens, même origine que le verbe mettre) :  envoyer – mettre - lancer.

Le sens varie légèrement, désignant un peu plus tard, la chose envoyée d’où le service à table, les choses mises sur la table, pour aboutir aux aliments préparés pour le repas.

 

Autre mot découlant de missus : le mess : cantine, restaurant réservé aux sous-officiers et aux officiers.


 

Cinquième « mé » : une maie

Une maie, nom féminin dans notre langage depuis 1389 et ayant pris différentes orthographes : maye – mait – maiz.

Ce nom est issu du latin magis – magidis et désigna tout d’abord un pétrin, puis une huche à pain.

 

 

·         Mais, début mai, il met un mets sur la maie.

J’aurais pu écrire :

·         De plus, au mois de mai, il pose des plats cuisinés sur la huche à pain.

Avouez toutefois que la seconde phrase est tout à fait banale !!!

 

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

                   « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

mercredi 2 octobre 2024

Les sorcières de Bergheim Chapitre 7 : Triste année, que cette année 1630.

 

Le 7 mars 1630, quatre femmes furent jugées et condamnées au bûcher.

·         Ursule Koch

·         Barbara Fritsch

·         Anna Seuter

·         Christine Schwenck

 

Le 17 avril 1630, cinq jugements condamnèrent cinq femmes à être brûlées.

·         Maria Möwel

·         Catherine Müller

·         Anna Thurner

·         Agathe Meyer

·         Barbara Iltis

 

Il en fut de même, le 30 avril 1630 pour quatre autres « dites sorcières ».

·         Anna Möwel

·         Barbara Weiss

·         Madeleine Haffner

·         Catherine Bassler

 

Puis le 27 juin 1630, cinq autres jugements :

·         Anna Pferzel

·         Catherine Garilatt Bürckhel

·         Margaretha Gebert Wendin

·         Margaretha Wagner Müller

·         Anna Aichmann Sömer

La première, Anna Pferzel échappa aux flammes, ayant succombé au cours de l’interrogatoire.

 

Le 16 juillet 1630, fut aussi meurtrier que le 27 juin.

Cinq femmes après être passées par les mains du bourreau, confessèrent avoir commerce avec le diable. Condamnation sans appel, elles périrent sur la place publique. Il s’agissait de :

·         Marie Sömer

·         Veronika Lutz

·         Catherine Weisbeck

·         Anna Känner Ochswadel

·         Madeleine Sybolt Metzger

 

Aucun renseignement concernant l’identité de ces vingt-deux femmes.

Vingt-deux !

Ce que l’on peut remarquer, toutefois, c’est que certains noms reviennent tels : Möwell, Müller, Sömer, Meyer....

Avaient-elles un lien de parenté ?

Fille/mère, petite-fille/grand-mère, sœurs....

Elles devaient toutes connaître l’art de soigner par les plantes, ces recettes de bonne fame dont on se passait les secrets de génération en génération.

 

Nous allons quitter Bergheim et son Tribunal des Maléfices et diriger nos pas vers une autre contrée moins cruelle.

Mais cette « contrée » existait-elle, en cette époque où l’Inquisition sévissait ?

 

Ovation ?

 

 

Ovation du latin ovatio - ovis

Triomphe au général victorieux qui se rendait à pied ou à cheval au Capital où en son honneur une brebis était sacrifiée.

L’origine de ce terme viendrait justement de ce sacrifice. Brebis, ovis en latin.


Heureusement, de nos jours plus de sacrifice de brebis ou autre animal, l'ovation, pacifique, ne se manifeste que par des cris de joie et des applaudissements.

Peu à peu, ovation prit le sens d'acclamations chaleureuses en public et ce fut ainsi que Diderot l'employa en 1767.

De ovation découle le verbe, ovationner : acclamer - applaudir.

J’attends de votre part une ovation tonitruante pour la rédaction de cet article. Merci !

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

                   « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

mercredi 25 septembre 2024

Fallacieux (euse) ?

 


 

Fallacieux, du latin fallaciosus : trompeur – perfide – rusé.

 

En 1223 environ, circulait le nom féminin : une fallace, en parlant d’une tromperie.

Ce mot a disparu du langage à l’époque classique (XVIIème siècle).

Fallacieux, découlant d’une fallace, fut employé vers 1450, mais peu usité avant 1647, époque à laquelle il était synonyme de fourbe.

 

Fallace > fallacieux < fallacieusement.

 

Enfin quoiqu’il en soit, éloignez vous d’une personne fallacieuse.

 

Pour cette petite histoire autour d’un mot,

Je me suis aidée du

                   « Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

 

mercredi 18 septembre 2024

Les sorcières de Bergheim - Chapitre 6 : Condamnations de 1618 à 1627

 

 Catharine Schmid Volmar et Anna Lang, après jugement, furent exécutées le 8 mai 1618. Elles eurent le privilège – si l’on peut dire – d’être étranglées avant d’être brûlées en place publique.

 

Le 20 août 1618, Anna Glowel périt sur le bûcher, tout comme Barbara Dederlin sept jours plus tard, le 27 août 1618.

 

Il y eut un moment d’accalmie sans doute pour permettre quelques investigations dans le village et alentour. La clandestinité était de rigueur lorsqu’on ne pratiquait pas la « bonne foi ».

 

Barbara Thalhammer, le 10 mai 1621, après interrogatoire et tortures, fut brûlée pour hérésie. 

Puis de nouveau, le calme, jusqu’en 1627.

Le 17 mai 1627, Catherine Heydler, périt dans les flammes du bûcher devant une foule venue voir le spectacle.

Puis, ce furent Agnès Möwel, Barbara Flöss et  Catharina Pfändt  qui subirent le même sort, le 22 juin 1627.

 

Quant à Anna Flach, elle endura les interrogatoires du Tribunal des Maléfices et les tortures du bourreau. Jugée et condamnée au bûcher en 1627, elle réussit à s’enfuir.

Par quel truchement ?

Peut-être avait-elle soudoyé le gardien de prison qui vit ainsi la possibilité de se faire un peu d’argent.

 

 

Que des femmes ?

Pas toujours, il y eut quelques hommes, mais nous y reviendrons.

Ces femmes n’étaient pas toutes des veuves, des mères célibataires, des indésirables dans une société bien-pensante. Elles n’étaient pas toutes « rebouteuses », connaissant les plantes et la manière de soigner.

Mais, elles pouvaient être gênantes.

Pourquoi ?

Pour être évincée d’un héritage.

Pour permettre à un mari de convoler avec une autre femme, plus jeune, plus fortunée, lui permettant une ascension sociale.

Pour disparaître de la vie d’un amant, car menaçant celui-ci de tout révéler à l’épouse légitime ou tout simplement ayant cessé de plaire.

 

Alors, quoi de plus facile que d’accuser l’importune de sorcellerie.

Une femme jusqu’au XXème siècle n’était-elle pas une éternelle mineure sous le joug d’un père, d’un tuteur, d’un frère, d’un mari... ou encore recluse dans un couvent ?

 

L’Histoire montre aussi qu’il y a encore deux ou trois siècles, un mari pouvait faire emprisonner ou interner son épouse, sans aucun motif. Il pouvait aussi, selon son bon vouloir, la faire sortir également.

Mais revenons à nos sorcières....

La semaine prochaine, nous constaterons qu’à  Bergheim, l’année 1830, battit tous les records !