lundi 10 avril 2017

QUE FAIRE ? Chapitre 6

Jeanne traînait de plus en plus dans le village. Sa mère ne la voyait qu’au moment des repas où elle s’affalait sur une chaise, mangeait en silence et repartait aussitôt.
Son point de ralliement, la place de l’église où elle s’installait sous l’arbre, avec un livre.
Non, elle ne lisait pas, loin de là !
Il fallait bien qu’elle se donne une contenance.
Pour cela, elle avait murement réfléchis et opter pour « la lecture », en choisissant avec application un livre sur l’étagère de la chambre qu’elle occupait chez tante Adélaïde.
Elle ne voulait pas faire trop intello, et, à l’inverse, ne pas paraitre trop nunuche !
Son choix s’était arrêté sur un livre de Jules Verne, qu’elle n’avait jamais lu, mais dont elle avait vu l’adaptation au cinéma.
Elle connaissait donc l’histoire.
Assise sous l’arbre, livre ouvert à hauteur des yeux, elle surveillait les allées et venues.
Très vite, elle eut des crampes dans les bras. Aussi, refermant le livre, elle le posa sur ses genoux et s’étira.
Le sol commença à lui être inconfortable, aussi se leva-t-elle et s’adossa-t-elle au tronc de l’arbre.
La place était déserte.
Le temps lui semblait long.
Aucun beau cycliste à l’horizon.
Déçue par cette attente vaine, Jeanne décida de rentrer.


« Tiens, la voilà ! s’écria tante Adélaïde en tendant son bras dans sa direction. »

Jeanne n’en croyait pas ses yeux. Dans la cour, devant la maison, tante Adélaïde parlait à un jeune garçon qui s’était retourné à son approche et plus exactement au moment de l’exclamation de tante Adélaïde.
Et devinez quoi ?
Pendant que Jeanne faisait le pied de grue sur la place du village, à attendre un certain cycliste, celui-ci, justement, se trouvait chez tante Adélaïde.
Incroyable, non ?

« Regarde, Jeanne, Cédric est venu me faire une visite. Il est arrivé avant-hier, pour les moissons.
-          Salut ! lança Jeanne qui affectait un air indifférent, alors que son cœur tapait à grands coups dans sa poitrine et que ses joues la cuisaient.   
Puis, Jeanne pensa :
-          J’espère que je ne suis pas trop rouge !
-          Salut, répondit Cédric en se tournant vers elle.

Jeanne constata que les yeux de Cédric  étaient divinement magnifiques et puis, son sourire..... !
« Bon, il faut que j’y aille. Grand-père va m’attendre, nous avons commencé à moissonner hier et il y a encore beaucoup à faire. Faut profiter du beau temps, surtout que les blés sont mûrs.
-          Va, mon garçon, répondit tante Adélaïde. Merci d’être venu me voir. Cela m’a fait plaisir. Tu salueras ton grand-père pour moi !
-          Pas de problème !

Le beau cycliste avait enfourché son vélo et s’apprêtait à partir, quand, soudain il se retourna et s’adressant à Jeanne, lui proposa :
«  Si tu veux venir à la ferme, tu peux. Après les moissons, nous faisons toujours la fête.
-          Oui, pourquoi pas ! acquiesça l’adolescente d’un ton boudeur et indécis, ne voulant pas montrer son enthousiasme. Puis, cérémonieuse, elle ajouta : « Sympa de me le proposer ! »

Sans attendre la réponse, Cédric s’était élancé et franchissait dans un dérapage maîtrisé la grille du jardin de tante Adélaïde. S’engageant à vive allure sur la route, il faillit renverser la mère de Jeanne qui revenait du magasin d’alimentation-café-tabac-journaux-dépôt-de-pain, seul commerce du village, un panier au bout de chaque bras.
Arrivant à hauteur de sa fille et de sa tante, posant ses paniers à terre, elle demanda, essoufflée :
« C’est qui ce bolide qui vient de sortir d’ici ? Il a l’air bien pressé.
-          C’est  Cédric, un des petits-fils au Hubert, la renseigna tante Adélaïde.
-          C’est vous qui l’avez effrayé ainsi ?
-          Il moissonne ! Et apparemment, ça ne peut attendre ! lança Jeanne en s’éloignant vers le potager.

Cachée par le poulailler, loin des regards indiscrets, Jeanne se mit à effectuer une danse dont elle seule connaissait la chorégraphie, danse plus proche d’une invocation à un dieu païen, mais lequel, et qui s’acheva par un :

« Ouah ! Demain, je le revois ! »

mercredi 5 avril 2017

CONSCRIPTION !



Le 17 mars 1830, au matin, sur la place de l’Hôtel de Ville de Besançon, tous les jeunes hommes du canton était réunis pour la conscription.
Jour décisif où certains destins se verraient scellés, à jamais.
La France avait besoin d’un nombre d’hommes, calculé à l’avance, et dans chaque canton, c’était au hasard que revenait le soin de désigner ceux qui serviraient la patrie.
Egalité des chances ? Pas réellement en vérité !
Il y avait autant d’animation que les jours de foire, les jeunes hommes étant, parfois, accompagnés d’un membre de leur famille ou de leur promise, accrochée à leur bras.
Les visages reflétaient les ressentis intérieurs.
Les plus joyeux, ceux qui souhaitaient l’aventure, ou ceux qui, n’ayant plus leur place au foyer paternel étant le  benjamin de la famille, désiraient se trouver une autre voie. A ces derniers, l’armée pouvait offrir une ouverture vers un avenir possible.

Les anxieux, ceux qui savaient que leur enrôlement mettrait la famille en grandes difficultés. Il fallait des bras dans les fermes, et deux en moins, pendant une période de deux à trois années, c’était assurèrent la ruine. Il faudrait embaucher une aide. Et à quel prix !

Le niveau social de cette gente masculine était visible au premier regard, même si ce jour-là, les plus pauvres avaient revêtu leur plus bel habit, celui des fêtes et des cérémonies.
Pas besoin de vous dire que cette réunion annuelle engendrait un trafic bien réglé par des individus très habiles qui,  profitant du désarroi provoquait par la déconvenue du mauvais sort, proposaient, après le tirage des numéros, des solutions, moyennant finances, bien évidemment.
Très physionomistes, ces escrocs (il faut bien appeler un chat, un chat) attendaient leur heure et tel un félin approchant sournoisement leur proie, engageaient, ici et là, la conversation sur des sujets autres que l’objet de la réunion, pour faire connaissance, mettre en confiance.
Le premier sujet, le temps :
« Fait beau, aujourd’hui, pas vrai ? »
Puis, l’assistance, très nombreuse :
« Y a grand mondé aujourd’hui ?
Ou encore, sur un tout autre sujet, tel :
« C’est quand la prochaine foire aux bestiaux ? »

Ne voyez, dans le dernier sujet de conversation, aucune connotation avec le rassemblement de la conscription dont il est question.

Dans l’assemblée, il se trouvait aussi de jeunes hommes au visage aimable et à la tournure avantageuse qui arboraient des sourires édentés. Pas de dents sur le devant des mâchoires étaient l’assurance de ne pas être déclarés « Bon pour le service ».
Alors, il y en avait qui n’hésitait pas à se casser les incisives.
Les seules garanties d’être réformés, sans appel possible, résidaient dans la taille. Hommes mesurant en dessous d’un mètre cinquante. Le poids aussi, hommes trop maigrichons..... Même avec des dents !

Tous avaient reçu une convocation.
Tous devaient répondre à l’appel de leur nom.
Tous devaient plonger leur main dans une urne pour en retirer un papier, plié en quatre, annoté d’un numéro.
Le numéro indiqué avait une valeur de « BON » ou « MAUVAIS ».
« BON », si il était au-dessus du besoin en hommes, « MAUVAIS », s’il se situait en deçà.
Une loterie en quelque sorte qui dégageait des obligatoires militaires, mais qui n’empêchait, nullement, d’être dispensé de l’appel sous les drapeaux en cas de guerre.


Tout se déroulait dans le plus grand silence. Jusqu’au moment où .......

« Jean-François Goy ! »

A l’appel de ce nom, une jeune fille, mince  et blonde, au joli petit minois, à la démarche chaloupée, se présenta avec un sourire timide.
Elle dit être Jeanne-Françoise Goy, née en 1809 et non Jean-François. Il y avait eu, sans aucun doute, un problème au moment de l’enregistrement de son nom et de son sexe.
Elle était une fille et non un garçon.

« Je suis venue pour vous prévenir que je n’avais rien à faire ici ! »

Le président de l’assemblée était perplexe. Dans toute sa carrière il n’avait jamais eu à faire face à une pareille situation.
Jeanne Françoise Goy, se mordillant la lèvre inférieure, attendait, inquiète, la réponse.
Celle-ci ne tarda pas à venir, car, après mûres réflexions, le président de l’assemblée convint que la loi était la loi, et que ce n’était pas à lui de prendre une décision. Il était là pour le tirage au sort, non pour se pencher sur la résolution d’éventuelles erreurs administratives.
Chacun son boulot !

« Peu importe, il faut tirer votre billet. Le conseil de révision prononcera, ensuite, votre réforme, s’il y a lieu. C’est à lui de juger la capacité des jeunes soldats. »

Mademoiselle Jean-François Goy plongea alors sa main dans l’urne et le billet qu’elle retira portant le numéro 25, fit d’elle un nouveau conscrit.
Quel triomphe !!!

Tous ses camarades poussèrent des « Hourras ! », se ruèrent sur elle, la coiffèrent d’un chapeau avec fleurs et rubans et la portèrent en triomphe à travers la ville.
Jamais journée de conscription n’avait été aussi joyeuse......

Pendant que la horde  parcourait bon-enfant les rues de Besançon, s’organisait sur  la place de l’Hôtel de ville une autre pantomime, celle de ces scélérats qui pouvaient délivrer de la contrainte militaire ceux qui souhaitaient en être dispensés.
Ils connaissaient quelqu’un qui avait un ami, qui lui-même était parent d’un homme haut placé....... Ils mettaient en confiance les plus réticents, en déclarant vouloir aider par bonté d’âme....... Ils ne parlaient jamais argent avant d’avoir bien accroché.....
Il y en a, depuis la nuit des temps, qui se sont toujours nourris du malheur des autres !

Mais cela est une autre histoire.

Ecoutons plutôt les cris de joie et les chants de cette classe 1829 qui, grâce à une erreur, quittèrent leur famille avec le sourire.
Je suppose que Mademoiselle Jean-François Goy a été réformée par le conseil de révision.

Une petite question toutefois, si vous permettez ....
Comment a-t-elle prouvée qu’elle n’était pas un garçon qui cherchait tout simplement à être réformé ?


J’ai écrit ce texte,
suite à la lecture d’un article paru
dans le « Journal de Rouen »




lundi 3 avril 2017

QUE FAIRE ? Chapitre 5



Alors que le soleil inondait les champs accroissant l’éclat de  la couleur dorée des blés mûrs, Jeanne qui avait pris note de l’arrivée des « petits-fils au Hubert », voulut se rendre compte par elle-même.
Affichant une apparente indifférence, elle déambulait dans le village, en touriste observateur. Elle passa devant le seul commerce alimentation-café-tabac-journaux-dépôt de pain à l’intérieur duquel quelques hommes âgés « tapaient du domino », en buvant des bières.
La partie semblait animée !
Dans le cimetière, des femmes, vêtues de noir, s’activaient autour des tombes de leurs chers défunts. Fidèles aux souvenirs des êtres aimés, cette occupation meublait, essentiellement, la solitude de leurs longues journées.
L’horloge de l’église sonna trois coups.
Sur la place du village, ombragée par le feuillage d’un chêne, Jeanne s’interrogeait sur le chemin à prendre. Elle opta, au hasard,  pour celui de droite, qui serpentait à travers champs, ces champs qui étalaient leurs épis à perte de vue. La moisson n’allait pas tarder. D’ailleurs, Jeanne perçut, au loin un bruit de moteur qui allait crescendo au fil de ses pas.

A quoi ressemblait le père Hubert ?
Et ses petits-fils ?
Des gaillards, disait tante Adélaïde !

Jusqu’à présent, dans le village, l’adolescente n’avait croisé que des personnes dont la moyenne d’âge devait être..... ?  Plus que ça, encore !
Précisons que pour Jeanne qui n’avait que douze ans, toute personne au-dessus de trente ans était « vieille », alors vous pensez bien, ici, il n’y avait que des vieillards !

Le bruit que Jeanne entendait était bien celui d’une moissonneuse-batteuse qui évoluait dans un champ, mais elle n’aurait pu dire qui se trouvait aux commandes. Sa vue n’était pas perçante à ce point !
D’ailleurs, elle n’avait pas envie, non plus, d’être découverte.
Qu’aurait-elle pu raconter, si on l’avait surprise en train d’espionner ?
 « Je viens voir la tête qu’ont les « petits-fils au Hubert » ! »
La honte !
Certes, elle pourrait aussi avancer qu’elle était fortement intéressée par les travaux agricoles.
Pas crédible !
Tiens ! Elle faisait un exposé sur la vie à la campagne !
Ridicule ! C’étaient les vacances !


« C’est nul, tout ça ! pensa Jeanne. J’en ai rien à faire de ces mecs ! »
Puis, elle fit demi-tour, pour revenir sur la place du village.

Mais, le destin qui n’en fait toujours qu’à sa tête, mit sur le chemin de retour de la jeune fille, un cycliste pédalant en sens inverse. Et quel cycliste !
Un garçon de haute taille, en tee-shirt et jean, qui lui lança, en la croisant, un « bonjour » des plus aimables avec un sourire. Oh ! Ce sourire ! Une merveille !

Scotchée, la Jeanne !
Elle stoppa net, se retourna, et regarda, déçue, s’éloigner cette apparition.

Faire encore demi-tour aurait été une solution pour le revoir, mais, elle ne voulait pas avoir l’air de lui « courir après ».
Le cœur battant, le pas plus léger, la tête dans les nuages, elle regagna la maison de tante Adélaïde, rêvant à cette brève rencontre.
Qui était-il ?
Un des « petits-fils au Hubert » ?
Si oui, lequel ?
Comment se renseigner sans éveiller l’attention ?
Il allait lui falloir beaucoup de diplomatie, et ça par contre, ce n’était pas dans son caractère, loin de là !

Quelle stratégie adopter ?
Premièrement :
Ne pas changer trop vite d’humeur. Un revirement de caractère trop rapide pouvait attirer l’attention. Mine boudeuse de rigueur !
Deuxièmement :
Ecouter les conversations entre sa mère et tante Adélaïde. Elle pourrait ainsi obtenir quelques informations.
Troisièmement :
Se promener régulièrement sur la place du village, et pour cela, ne pas rechigner à faire les courses dans le seul et unique magasin d’alimentation-café-tabac-journaux-dépôt de pain.


jeudi 30 mars 2017

« Incroyable » pour certains et « merveilleux » pour d’autres !




Sous l’Ancien Régime, la société était divisée en trois classes :
·         Le clergé
·         La noblesse
·         Le tiers état

La « déclaration des droits de l’homme »  et la Révolution Française supprimèrent  toutes les distinctions basées sur la naissance.
Plus de titres de noblesse balayant les termes de « Monsieur » et « Madame ». Uniquement des citoyens et des citoyennes.
Plus de vouvoiement, uniquement le tutoiement était toléré !

Les anciens nobles étaient qualifiés de « ci-devant »  et les révolutionnaires des «patriotes ».

La mode suivit ce changement.
Le luxe disparut.
Les « patriotes » portèrent alors une veste courte appelée « carmagnole » et un pantalon remplaça la culotte qui ne tombait que jusqu’aux genoux et laissait voir les bas de soie,
Voilà pourquoi les « patriotes » éraient appelés les « sans-culottes », non parce qu’ils allaient « cul-nu », mais parce qu’ils ne portaient pas la culotte des anciens aristocrates.
La coiffure à la mode devint le bonnet phrygien, symbole de la liberté, sur lequel était placée une cocarde tricolore.

Quant aux femmes, elles ne portèrent que des lainages et des robes droites, rayées bleu-blanc-rouge. Patriotes jusqu’au bout !

Sous le Directoire, le luxe réapparut. Et quel luxe !!
Les jeunes gens, ceux des familles les plus aisées, se parfumaient de musc, ce qui leur valut le nom de « Muscadins ». Ils s’habillaient avec une telle recherche qu’on les appela également les « incroyables »
Il fallait les voir, vêtus d’habits au col fantastique, portant monocle et se promenant avec un gros gourdin tordu.
Les femmes arboraient des tenues aux tissus transparents et aux coupes indécentes. Leurs chapeaux possédaient une taille tellement surdimensionnée qu’il devait y avoir péril pour leur vie en cas de grand vent ! Elles furent nommées, les « merveilleuses ».

Non contents de paraître myopes, contrefaits et malingres, les Incroyables et les Merveilleuses se signalaient également par leur manière de prononcer les mots. En effet, la lettre « r », la première du mot « Révolution »  fut bannie, aussi ne la prononçaient-ils pas.
Ce qui donnait, par exemple, lorsqu’ils étaient très étonnés : « Ma pa’ole d’honneu’ ! C’est inc’oyable ! ».

C’est ‘éellement inc’oyable, vous ne t’ouvez pas !

Ou bien, est-ce me’veilleux, de pa’ler ainsi !

mercredi 29 mars 2017

L'AFFAIRE DE BERNY RIVIERE - Conclusion et verdict du procès



Conclusion et verdict de ce procès.

Le procureur commença ainsi :
Où est la vérité ?
Nul ne peut le dire !
Trop de contradictions au fil des interrogatoires !

Et puis, il poursuivit :

Le père et la mère sont bien dignes l’un de l’autre, et bien faits pour vivre ensemble.
La mère est aussi perverse, aussi méprisable que le père.
Elle a subi la fatale et maudite influence de son époux.
Si on la regarde bien, front stupide, œil brillant par instant d’un éclair fixe, type avili, symptôme de l’abus des boissons alcooliques. Sa raison n’est pas entière.

Peuchère ! Il n’y va pas de main morte ! Mais ce n’était point fini.......

Mais l’influence de l’homme qui avait pris la décision de tuer « l’aïeule » et les petits de sa fille que pouvait-elle faire ? Cette femme aurait pu dénoncer son époux, fuir le foyer conjugal, mais c’était dénoncer Duchemin et la loi, dans sa moralité, approuve puisqu’elle n’incrimine pas l’épouse qui protège son mari par son silence.
Elle ne sera donc pas considérée coupable.
Pas de pitié pour le père !

La fille et les fils, vrais enfants de tels parents !
La fille, s’il n’avait s’agit que d’un fait unique, aurait pu se dire entraînée par ses parents.
Victor, il aurait pu quitter le toit paternel et fuir cette maison maudite. Il en est de même pour Alexandre.

Après délibération des jurés, voici les peines qui furent votées :
·         Alexandre Duchemin fut acquitté et remis aussitôt en liberté.
·         Victor Duchemin, eut les circonstances atténuantes, et n’écopa que de cinq ans de travaux forcés. Il avait, précédemment, été condamné à quinze ans pour le meurtre de sa grand-mère, cette peine se confondit avec les quinze premières années. La peine finale ne fut donc que de quinze années.
·         Eugénie Duchemin obtint l’indulgence des jurés. Pour elle, dix années des travaux forcés.
·         La femme Duchemin, obtint aussi les circonstances atténuantes. Sa peine s’éleva à vingt ans de travaux forcés.
·         Quant à Duchemin père, peine maximum, la peine de mort. Exécution sur une des places publiques de Laon.

Les époux Dubourque ne furent pas inquiétés. Leur complicité  dite « morale » ne pouvant être punie par la loi. Le sieur Dubourque dut simplement payer une amende de cent francs. Une sacrée somme pour l’époque !


En prison, Alexandre Louis Duchemin eut le temps de se repentir.
Lui qui n’avait jamais fréquenté l’église se mit à prier.

Le 25 mars 1870, il fut réveillé dès l’aube.
On lui apprit que « le moment était arrivé ».  Un choc ! Il s’évanouit.
Il fallait se préparer. Il but une goutte et fuma une pipe, puis alla prier à la chapelle. Il demanda à voir sa femme. Celle-ci devant son mari sembla ne pas comprendre que c’était une visite d’adieu. Elle le regarda partir vers la mort sans aucune émotion.
Sur la place du Champ-de-Mars à Laon, la guillotine avait été dressée pendant la nuit. La neige recouvrait le sol et comme il faisait froid, peu de monde pour assister à l’exécution
L’aumônier de la prison accompagnait et aida le supplicié  à monter les degrés de l’échafaud.
Tout alla très vite ensuite.....
Le bourreau, Nicolas Roch, avait fait son œuvre.


Acte de décès – mars 1870 – Laon.
L’an  mil huit cent soixante dix le vingt cinq mars à deux heures après midi en l’hôtel de ville et par devant nous...... ont comparu Antoine françois vincent Grizot, âgé de cinquante cinq ans, greffier en chef du tribunal civil, et joseph Benoit Deschamps, âgé de cinquante ans, Brigadier de police, domiciliés en cette ville, Lesquels ont Déclaré que Alexandre Louis Duchemin âgé de quarante neuf ans, Manouvrier, né et domicilié à Berny Riviere, epoux de Marie anne Rose Dubourque, fils de defunt Louis Etienne Duchemin et de Marie Rosalie Charpentier est decedé à Laon, aujourd’hui à sept heures du matin, ainsi que nous nous en sommes assurés.......

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Que sont-ils devenus ?

Eugénie Duchemin fut envoyée en Nouvelles Calédonies où elle purgea sa peine.
Elle y épousa, le 17 juin 1898, à Bourail, Louis Gautier qui lui était né à Bosc-Bordel en Seine Inférieure. Il était le fils de Louis Gautier et de Marie Bonté.
Elle décéda le 11 juin 1901.
Acte de décès – juin 1901 -  Kito – Ile de Pin, Nouvelle Calédomie.
Transcription de l’acte de décès transmis par le Ministère des Colonies.
L’an mil neuf cent un le onze juin pardevant nous Grignet alphonse Edmond Albert dominique officier de l’Etat civil de l’Ile des pins (Nouvelle Calédonie) ont comparu Casanova Antoine Dominique âgé de trente neuf ans et Arboireau Constant Emilien âgé de trente cinq ans, tous deux surveillants militaires domiciliés à Kito (Ile des pins) lesquels nous ont declaré que le onze juin mil neuf cent un à une heure trente du soir Duchemin Marie Rose Eugenie, femme Gautier manouvriere, née le vingt six mai mil huit cent quarante trois à Berny Riviere departement de l’Aisne, fille de Louis Alexandre et Marie Rose Dubourque est decedée à Uro (Nouvelle Calédonie).......


Marie Anne Rose Dubourque, veuve Duchemin, quitta ce monde, le 23 avril 1900.
Acte de décès – avril 1900 – Soissons.
L’an mil neuf cent le deuxieme jour du mois de juin à onze heures du matin....
Transcription de l’acte de décès dont la teneur suit, transmise par Monsieur le maire de la ville de Soissons. Extrait des registres des Actes de l’Etat civil de la ville de Soissons (Aisne)
L’an mil neuf cent le mardi vingt quatre avril à onze heures du matin.... ont comparu Messieurs Joseph Francisque Leopold Pomera âge de soixante cinq ans, econome des hospices et Charles Antidor Baraquin âgé de quarante huit ans, employé des hospices tous deux domiciliés à Soissons, lesquels nous ont declaré que Marie Anne Rose Dubourque veuve de Louis alexandre Duchemin age de soixante dix huit ans manouvriere, domiciliée à Berny Riviere arrondissement de Soissons née à Montgobert même arrondissement le vingt six decembre mil huit cent vingt et un fille de defunt Jean Baptiste Dubourque et de defunte Marie Therese Dévély son epouse est decedée à l’Hôtel Dieu, la veille à onze heures du matin ainsi que nous nous en sommes assuré en la faisant examiner par un médecin ladite declaration faite par Messieurs Pomera et Baraquin ci-dessus nommé.......


Marie Eugénie Lagny, femme Dubourque, elle, décéda le 28 juin 1889.
Acte de décès – juin 1889 – Soissons.
L’an mil huit cent quatre vingt neuf, le vendredi vingt huit juin à deux heures et demi de relevée.... ont comparu messieurs Joseph francique leopold Pomera agé de cinquante cinq ans, econome des hospices et casimir aristide Bouvart âgé de soixante deux ans concierge de l’Hôtel Dieu, tous deux domiciliés à Soissons lesquels nous ont déclaré que Marie Eugénie Lagny, âgée de cinquante deux ans, epouse de Jean Baptiste Dubourque manouvrier demeurant ensemble à Berny Riviere. Ladite dame née à Nouvron Vingré le quinze septembre mil huit cent trente six, fille de defunt Prince Isidore Lagny et defunte Marie Catherine Preux son épouse est decedée à l’Hôtel Dieu aujourd’hui à deux heures du matin, ainsi que nous nous en sommes assurés en la faisant examiner par un medecin........


Rien sur les autres qui ont dû quitter la région, comme l’avait fait  Eugène Dubourque qui était parti s’installer dans l’Oise où dans la ville d’Autrèches, il épousa, le 5 août 1874, une demoiselle Blanche Potier.
Pas d’acte à vous soumettre, cette année est absente des archives en ligne.

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Qui était Jean-Baptiste Lambert Leblanc ?

J’ai trouvé fort peu de chose sur lui.
Il est né à Autrèches dans l’Oise, le 18 septembre 1810.
Pas de chance, les archives d’Autrèches débutent en 1820 !

Il avait épousé, le 17 janvier 1832, Marie Adélaïde Anasthasie Leveque, à Berny-Rivière.
Acte de mariage – janvier 1832 – Berny Rivière.
L’an mil huit cent trente deux le dix septieme jour du mois de janvier heure de midi..... ont comparu le sieur Jean Baptiste Lambert Leblanc age de vingt et un ans Maçon domicilié en la commune d’Autrèches Canton d’Attigny Arrondissement de Compiègne département de l’Oise né au dit Autrèches le dix huit septembre Mil huit cent dix....... fils mineur de defunt Jean Baptiste Lambert Le blanc decede Maçon en la commune du dit Autrèches, le vingt cinq du mois d’avril à quatre heures du soir de l’an Mil huit cent vingt neuf..... et de Marie Reine sauvage domicilie au Dit Autrèches ici presente et consentente d’une part et Demoiselle Marie Adelaide Anastasie Levêque agee de vingt quatre vingt née à Berny Riviere le vingt quatre du mois de septembre de l’an Mil huit cent sept.... fille majeure domiciliée au Dit Berny Riviere de defunt gregoire silvestre Levêque decedé en cette commune le treize du mois d’aout de l’an Mil huit cent sept..... et de Marie Anne Victoire Gourmont couturiere Domiciliee à Berny Riviere ici presente et consentente d’autre part..... En presence des sieurs Thomas Leblanc agé de cinquante deux ans tisserand domicilie à Berny Riviere oncle paternel de l’époux et de Louis Etienne Villain agé de vingt et un ans couvreur en chaume Domicilié en la commune d’Autrèches ami de l’époux. Et du côté de l’epouse. Jean Victor faucher manouvrier age de trente deux ans Domicilié à Vic sur aisne Beau frere de l’épouse et de augustin florentin Levêque age de soixante ans Vigneron domicilié à Berny Riviere oncle paternel de l’epouse.......

La mariée avait vu le jour le 24 septembre 1807, à Berny-Rivière. Pas d’acte en ligne à Berny-Rivière pour l’année 1807.......

Je n’ai trouvé que deux enfants issus du couple :
Marie Victoire Adélaïde qui naquit le 15 août 1834.
Acte de naissance – août 1834 – Berny-Rivière.
L’an mil huit cent trente quatre le dix septieme jour du mois d’août a une heure après midi Pardevant nous....  a comparu le sieur Jean Baptiste Lambert Leblanc Maçon âgé de vingt trois ans et demi domicilié à Berny Riviere lequel nous a presente un Enfant du sexe feminin ne le quinze du present mois d’août à huit heures du soir, de lui declarant et de Marie Adelaide Anastasie Levêque son Epouse âgée de vingt quatre ans  au domicile de son mari à Berny Riviere auquel enfant il a été donné les prenoms de Marie Victoire Adélaïde. Le present acte a été redigé en presence des Sieurs Louis Joseph Le page manouvrier agé de quarante quatre ans et d’Etienne Henon instituteur age de quarante neuf ans tous deux domicilies au dit Berny Riviere.....


Et un autre petit, huit années plus tard, baptisé Patient Désiré, ce qui montre bien qu’il avait fallu aux parents bien de la patience pour avoir cet enfant tant désiré !
27 septembre 1842, le voilà enfin !
Acte de naissance – septembre 1842 – Berny-Rivière.
L’an mil huit cent quarante deux le vingt sept du mois de septembre à huit heures du soir pardevant nous..... a comparu Jean Baptiste Lambert Leblanc maçon âgé de trente deux ans domicilié en cette commune lequel nous a presente un enfant de sexe masculin né en cette commune le vingt six du present mois à onze heures du soir de lui declarant et de Adelaïde Anastasie Leveque vigneronne agee de trente cinq ans son epouse en sa demeure auquel enfant il a été donné les prenoms de Patient Desire. Le present acte a été redigé en presence des sieurs Louis Simeon Pinet cultivateur et de Etienne Henon instituteur tous deux ages de cinquante huit ans domicilies en cette commune......

Patient Désiré vécut à peine neuf ans, il décéda le 26 mai 1951.
Acte de décès – mai 1851 – Berny-Rivière.
L’an mil huit cent cinquante et un le lundi vingt six mai à midi En la mairie et pardevant nous..... ont comparu Jean Baptiste Lambert Leblanc âgé de quarante et un ans maçon et Speral Lequeux âgé de vingt huit ans instituteur tous deux domicilies à Berny Riviere, lesquels nous ont déclaré que Patient Desire Leblanc âgé de huit ans et huit mois, né à Berny Riviere le vingt six septembre mil huit cent quarante deux demeurant chez ses père et mere, fils de Jean Baptiste Lambert Leblanc ci-dessus denommé et de Adelaïde anatasie Levêque âgé de quarante trois ans, vigneronne, Domiciliée avec son mari, est decede au domicile de ses père et mere aujourd’hui vingt six mai à six heures du matin.......


Jean Baptiste Lambert Leblanc décéda à Prémonté dans l’Aisne, le 19 février 1876.
Acte de décès – février 1876 – Prémontré.
L’an mil huit cent soixante seize, le dix neuvieme jour du mois de fevrier à cinq heures du soir, en la mairie et par devant nous....  ont comparu Alfred Claude David âgé de quarante quatre ans, receveur économe domicilié à l’asile d‘aliénés de Prémontré et narcisse Pintar âgé de vingt sept ans instituteur domicilié à Premontré, lesquels nous ont déclaré que Lambert Jean Baptiste Leblanc, âgé de soixante cinq ans, marié à adelaïde Anastasie Marie Lévêque, maçon, domicilié avant son admission dans l’établissement à Berny Rivière, né à Autrèches, fils de et de (sans renseignements) est décédé dans ledit asile, ainsi que nous nous en sommes assuré en nous transportant auprès du defunt, cejourd’hui à quatre heures du matin......

En voilà un rebondissement !
Depuis combien de temps, Jean Baptiste Lambert était-il interné ?
Cela aurait été intéressant de le savoir.
Je suppose que la « publicité » du procès de 1870 avait dû lui retirer une partie de sa clientèle.
Manque d’ouvrage..... pauvreté....... et c’est la dégringolade......
A-t-il alors sombré dans l’alcool, l’entrainant peu à peu vers la déraison ?

Pour information :
L’asile de Prémontré, dans l’Aisne, fut de 1855 à 1860, un orphelinat pour enfants pauvres.
Il fut alors acquis par le Département qui en fit un « asile d’aliénés ».
Aujourd’hui, il est un « établissement de santé mentale » qui peut accueillir près de neuf cents malades.


Marie Adélaïde Anastasie Leveque, veuve Leblanc eut la douleur, après le décès de son époux, de perdre sa fille, Marie Victoire Adélaïde, le 20 juillet 1885.
Acte de décès –  juillet 1885 – Berny-Rivière.
L’an mil huit cent quatre vingt cinq, le vingt juillet à quatre heures du soir en la mairie et par devant nous...... ont comparu Alexandre Dorival âgé de soixante et onze ans, maçon, et jean Baptiste Bourgain âgé de soixante treize ans, propriétaire, tous deux domiciliés à Berny Rivière, lesquels nous ont declaré que Marie Victoire Adelaïde Leblanc,  âgée de cinquante ans, cultivatrice, Domiciliée à Berny Rivière où elle est née le quinze août mil huit cent trente quatre, mariee à Louis Joseph Auguste Fidelain, âgé de cinquante ans, cultivateur domicilié à Berny Riviere, fille de defunt Jean Baptiste Lambert Leblanc et de Marie Adélaïde Anatasie Levêque, âgée de soixante quinze ans, sans profession, domiciliée en cette commune est décédée en sa demeure aujourd’hui à midi......


Marie Adélaïde Anastasie Leveque quitta ce monde, le 25 mars 1892.
Acte de décès –  mars 1892 – Berny-Rivière.
L’an mil huit cent quatre vingt douze le vingt cinq mars, à six heures du soir.....  ont comparu Nicaise Calixte, âgé de trente deux ans, manouvrier et Jolly Louis Christophe âgé de cinquante quatre ans cultivateur, tous deux domiciliés à Berny Rivière, lesquels nous ont déclaré que Lévêque Marie Adélaïde Anatasie agee de quatre vingt quatre ans, sans profession domiciliée à Berny Rivière où elle est née le vingt quatre septembre mil huit cent sept, veuve de defunt Leblanc Jean Baptiste lambert fille des defunts Lévêque grégoire Sylvestre et Gourmont Marie Anne Victoire est decedée en sa demeure, aujourd’hui à une heure du soir, ainsi que nous nous en sommes assurés......


Une horrible histoire, due à la misère, à l’abus d’alcool et aux manques de repères sociaux et moraux !


Pour écrire cette histoire, je me suis appuyée sur :

·         Les archives départementales en ligne du département de l’Aisne.
·         Des annales judicaires que j’ai découvertes via Galica.
·         Les grandes affaires criminelles de l’Aisne de Bruno Dehaye.