lundi 16 avril 2018

HISTOIRE POUR LES ENFANTS SAGES ET .......... LES AUTRES - Il était une fois.


Il était une fois.......

Il était une fois une fillette. Elle ne devait pas encore avoir quatre ans.
Vive espiègle, remuante, épuisante même, car toujours en mouvements et curieuse de tout, elle passait son temps à chantonner et se raconter des histoires.
Et quelles histoires !
Compréhensibles pour elle seule, car exprimées avec ses mots, ses mots de bambine qui n’intéressaient pas plus que cela les adultes.

Dans la propriété familiale, fort modeste, mais qui avait l’avantage d’être close de murs et agrémentée de nombreuses petites dépendances, se dressait une maison en briques. Propriétaire qui possédait également une cour et un jardin-potager.
L’ensemble avait une superficie peu étendue, mais immense et riche en recoins pour la fillette qui en avait fait son domaine de jeux et surtout de rêverie.
Tout endroit se transformait en domaine féérique où son imagination jaillissait comme un torrent de montagne.

Comme elle parlait sans cesse, les adultes finissaient par ne plus faire attention à ses discours devenus bruit de fond..... Les adultes, lorsqu’ils quittent l’enfance, oublient vite l’enchantement de leurs premières années, trop occupés qu’ils sont aux problèmes du quotidien et aux soucis de l’avenir.
Alors, cette fillette allait parler aux animaux, car dans la propriété, il y avait, entre autres, quelques lapins.
Malheureusement, ceux-ci ne pouvaient s’évader de leur clapier, aussi, après une brève conversation en leur donnant un peu de paille à grignoter au travers du grillage, l’enfant trouvant l’entretien banal et tristounet, s’en allait ailleurs en quête d’un autre interlocuteur, plus éloquent celui-là.
Une chance, il y avait aussi Moussette, la chatte noire, plus disposée à écouter tout en surveillant alentour, mine de rien, le discours incessant. Une auditrice docile qui pouvait restait longtemps surtout si, en même temps, elle pouvait se chauffer au soleil.
Une aubaine pour la petite pipelette qui racontait, racontait, racontait.... tandis que la chatte dirigeait ses oreilles en fonction des inflexions de la voix enfantine.
Bon public, Moussette, devant cette actrice en herbe qui déclamait en faisant moult mimiques.
La chatte écoutait, visiblement, elle comprenait tout ce babillage, toute cette mise en scène qui aussi la berçait.

Cette petite fille aimait aussi dessiner, gribouiller aurait dit les adultes qui ne voyaient pas l’aspect créatif et artistique des chefs-d’œuvre illustrant à merveille les histoires et chansonnettes inventées.

Ce jour-là, la bambine fut appelée d’une voix impérative.
C’était la voix de papa.
Innocemment, docilement, elle s’approcha avec tout de même un peu d’anxiété.
La voix paternelle n’avait pas la douceur accoutumée pour un petit câlin, mais la dureté des moments de colère. Le regard paternel n’avait rien de chaleureux non plus. Il était noir et dur !
L’index de papa, dirigé vers le mur en brique, désignait des inscriptions, style hiéroglyphes, dessinées à la craie !
« Qui a écrit sur le mur ? » tonna la voix de papa.

La petite fille se dit qu’il fallait faire attention à la réponse afin de ne pas attiser plus encore, le courroux paternel.
« C’est toi ? » demanda papa.

Médusée qu’elle était la gamine. Elle sentait bien que la punition allait être exemplaire. Alors, d’une petite voix, du haut de ses quatre ans à peine, elle répondit avec aplomb !
« C’est Moussette. C’est elle, je l’ai vue ! »

Devant ce qu’il pressentait fortement être un mensonge, papa donna deux claques sur les fesses de sa fille – une pour avoir écrit sur le mur, la seconde pour l’évident mensonge – qui bien évidemment se mit à pleurer.
Après ces deux claques, papa réitéra sa question qui reçut la même réponse.
Non, c’était Moussette la coupable ! C’était la vérité !

Rien n’y fit. Ni la grosse fessée qui suivit, ni les punitions.
L’enfant ne changea rien à sa réponse.
C’était Moussette, un point c’était tout.

Quelle imagination tout de même ! Quelle petite menteuse entêtée !
C’était ce que papa avait pensé et voilà pourquoi, il avait sévi.
Il n’avait pas dû voir, papa, que Moussette s’était enfuie, pour se cacher. Cette fuite n’était-elle pas la révélation de sa culpabilité ?
Non ! Jamais, à aucun moment, il ne s’était dit, papa, que c’était évidemment Moussette qui avait écrit et dessiné sur les briques du mur et que son adorable petite fille n’avait pas menti.
Les parents sont vraiment très obtus.

Des dizaines d’années plus tard, cette histoire revenait sans cesse lors des réunions familiales.
Mais, Petite fille, devenue adulte, n’avait jamais varié sa réponse, accusant toujours Moussette du méfait qui n’était, tout compte fait, pas si grave que cela.
Une telle obstination, si longtemps après, n’était-elle pas le signe de l’innocence, contre cette injuste accusation ?

jeudi 12 avril 2018

Faites-vous souvent ripaille ?


Attention !

Il est parfois dangereux de faire ripaille.

Ripaille est un nom féminin attesté en 1579 et dérivé de l’ancien verbe « riper » utilisé pour « gratter » dans le langage de certaines spécialisations techniques.

On disait aussi dans le langage de la vie courante, en parlant des soldats, que ceux-ci « faisaient la ripaille» lorsqu’ils allaient s’approvisionner chez les paysans ou chez les bourgeois, avec cette notion de « racler les plats ». 
Attaché à ce « ripaille », cette petite notion de « rapace » ou « rapiat », tout de même (mot provenant également de « riper »).
Car, sans doute, cet approvisionnement ne consistait pas seulement à se contenter de restes raclés dans les plats, mais de tout prendre jusqu’à gratter les plats, sans en laisser une miette.
D’ailleurs, ces soudards ne prenaient pas que de la nourriture solide, ils vidaient bien aussi quelques tonneaux, aussi étaient-ils « en ripaille », c'est-à-dire complètement ivres.

Toujours dans cette fin du XVIe siècle, « faire ripaille » signifiait « faire grande chère ». En 1611, toutefois, une ripaille était une débauche à table.
En clair, « faire ripaille » était un grand repas plus que copieux, mais dans des mesures restant dans le raisonnable, alors qu’une « ripaille » était une gigantesque « grande bouffe », d’une goinfrerie inimaginable. Enfin, je pense pouvoir l’imaginer tout de même....

Le verbe « ripailler », en 1821, avait le sens de « faire bombance ». On disait aussi « bambocher » ou « bombancer », ou encore « riboter », « bringuer », « bomber ».......

Le ripailleur ou la ripailleuse était donc cet homme ou cette femme aimant faire ripaille.
Donc, un ripailleur est un homme qui ripaille et qui finit la journée « en ripaille ».
Vous suivez ?

Pour ma part, devant tous ces festins ripailleurs, je commence à avoir mal au cœur...... j’ai l’estomac tout retourné........ Je pense que je vais faire une indigestion......
Pouvez-vous me donner un verre de bicarbonate de soude ?
N’est-ce pas un remède efficace en cas de ripaille ?

  Pour cette petite histoire autour d’un mot,
Je me suis aidée du
« Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert.




mercredi 11 avril 2018

HISTOIRE DE VILLAGE - Un petit tour à Villettes


Plein comme une barrique !


« C’est point un mauvais gars ! » soupirait Marie Anne Pelletier, en soutenant sa tête des deux mains.
Saint-Vierge, qu’elle avait mal !
Ça tambourinait là-dedans comme quand le bedeau sonnait les cloches de l’église.
« Non, c’est point un mauvais gars...... sauf quand il est plein comme une barrique !

Pas un mauvais gars ? Ça, ce n’était pas tout à fait l’opinion de tous les habitants du village.
Mais, Marie Anne Pelletier ne voyait-elle pas son homme avec les yeux de l’amour ? Et ces yeux là sont souvent aveugles.

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Marie Anne Pelletier avait attendu bien longtemps avant de convoler en justes noces
Quarante-deux ans qu’elle avait !
Ce n’était pas faute d’avoir eu des occasions, mais sa mère étant décédée, elle n’avait pas souhaité laisser son père, seul.

Ce n’était pas sans une petite pointe au cœur qu’elle avait vu toute la jeunesse de Villettes passer devant le maire et le curé.
Au fil des années, la solitude lui pesait parfois, et surtout, ce qui lui manquait, c’était un petit bien à elle, qu’elle pourrait serrer dans ses bras.
Mais, n’allez pas croire que ce fut par dépit qu’elle épousa Jean Baptiste Delimegue.
Non ! Loin de là !
Elle lui trouvait belle tournure, et surtout, il savait parler, faire de belles phrases.
Bien sûr, il levait bien le coude et un peu trop même, mais que voulez-vous, il avait eu bien du malheur et il fallait bien se réconforter de temps à autre.
Le principal, pour Marie Anne Pelletier, c’était que cet homme-là, Jean Baptiste Delimegue, qu’elle s’apprêtait à épouser, fut travailleur.

Ce fut donc, en ce 26 septembre 1833, que Jean Baptiste Delimegue et Marie Anne Pelletier s’unirent en mariage, se promettant soutien et fidélité.
Le nouveau marié avait quarante-sept ans et la jeune épousée affichait quarante-deux printemps.

Quel bonheur ce fut, pour Marie Anne, que de se lever un matin nauséeuse. Jamais femme ne fut plus heureuse qu’elle lorsque, prise de vomissements, elle restait pliée en deux, le souffle coupé, l’estomac retourné, la bouche emplie d’un goût de fiel !
Elle en aurait souhaité encore plus !
Malgré cela, elle était rayonnante. Et, quand son ventre s’arrondit, c’était avait fierté qu’elle se promenait dans la rue principale de Villettes.
Même si l’accouchement ne fut pas aisé, elle accepta les contractions avec sérénité. Pas une plainte. Pas un cri. Seulement celui du nouveau-né lorsqu’il vint au monde en cejour d’été, 8 juillet 1834.
Une fille !
Une belle petite que le père, Jean Baptiste Delimegue, alla présenter à la mairie de Villettes, avant de se rendre chez le cafetier pour fêter dignement l’évènement.
Et ce jour-là, il revint au domicile conjugal « plein comme une barrique » !
Marie Anne Pelletier mit cet excès d’alcool sur le compte de la joie, mais aussi sur celui des souvenirs douloureux. En effet son mari avait perdu en l’année 1826 sa première épouse Marie Françoise Futrel et sa fille Françoise Appoline, âgée de huit ans.
Ce devait être trop pour cet homme que la vie avait brisé.

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La petite, baptisée Marie Françoise[1], poussait bien.
Le couple, lui allait cahin-caha, en fonctions des beuveries de Jean Baptiste. Mais, ce n’était pas tout .......

Jean Baptiste Delimegue avait une qualité. Il était travailleur.
Il possédait un peu de terre et quelques bêtes.
Il effectuait aussi des tâches, ici et là.
Jamais il ne manquait d’ouvrage.

Fin août, les moissons achevées, le droit de glanage fut accordé à plusieurs habitants nécessiteux de la commune, dont faisait partie Rose Vallée qui vivait seule avec sa petite.
Elle n’avait pas ménagé sa peine, la Rose, et de ce fait avait fait une bonne récolte.
Elle alla donc trouver Jean Baptiste  afin qu’il veuille bien effectuer le vannage.

« Çà m’ coût’ra combien ? demanda-t-elle.
-          Bin ! répondit Jean Baptiste en ce grattant le sommet du crâne.   J’ sais qu’ vous êtes une malheureuse, hein ! J’ va vous faire ça gratuitement ! J’ai bin pitié d’ vot’ sort, pardi ! J’ vous d’mand’rai comme rétribution qu’ la paille, pour nourrir mes bestiaux.

Rose pensa que ce n’était pas une mauvaise affaire, aussi consentit-elle, à ce marché.

Le soir de la journée de vannage, Rose vint constater le produit de son glanage qu’elle trouva fort maigre.
Pendant son inspection, Jean Baptiste, lui, rassemblait hâtivement la paille pour la mettre dans une pouque afin de l’emporter, comme lui en donnait le droit le marché conclu avec Rose Vallée.
Cette pouque semblait, toutefois, bien lourde.
Etait-ce une idée ou Rose avait-elle était leurrée ?
Il fallait qu’elle en ait le cœur net. Aussi, se hasarda-t-elle :
« I’ parait bin lourd, l’ sac, pour contenir que d’ la paille !
-          C’est-y qu’ vous traitez d’ voleux !
-          Loin d’ là, pardi ! j’ constate, c’est tout ! Mais, tout d’ même, j’ voudrais bin voir !

Le ton avait monté et des voisins, toujours à l’affût se quelque malentendu, intrigués, s’approchèrent.
Ce fut ainsi que la supercherie de Jean Baptiste Delimegue fut mise au jour. Il avait bien mêlé à la paille une quantité de grain. Un demi-boisseau[2]. Pas rien, tout de même !

Rose alla de ce pas porter plainte devant monsieur le maire qui chiffra le monta de l’amende, pour ce forfait, à vingt francs.

Marie Anne Pelletier fut meurtrie par ce délit, non seulement pour l’amende, quoique,
« Vingt francs, c’est une somme, pardi ! », mais surtout par les réflexions qu’elle entendit sur son passage :
« Un voleux, l’ Jean Baptiste ! Faut s’en méfier, moi, j’ vous dis !
-          On sait pour c’ vol, mais, si y’ en a eu un, y en a eu d’autres avant, ça c’est sûr !
-          C’est-y pas malheureux d’ voler les pauv’ gens !
-          Voilà, c’ que c’est que d’ s’ marier avec que’qu’un qu’est pas d’ chez nous !

Concernant la dernière remarque, il était exact que Jean Baptiste Delimegue venait de Brionne et que personne ne connaissait réellement ce qu’il était avant de venir à Villettes.
Méfiance ! Méfiance !

Monsieur le maire encaissa la somme de l’amende d’un montant de vingt francs, le 9 septembre 1844. Il ne la garda pas pour lui, loin de là, mais la redistribua comme suit :
A Rose Vallée, la somme de dix francs.
Au sieur Merrier, boulanger à Criquetot, en paiement du pain donné aux enfants d’Henriette Champion, trois francs.
A Marie Madeleine Grain, trois francs cinquante centimes.
A la mère Caron pour les enfants de son fils, trois francs cinquante centimes.


Bien évidemment, vous le comprendrez aisément, Jean Baptiste Delimegue, dont on se méfiait à présent de l’honnêteté, trouva de moins en moins de l’embauche et s’adonna de plus en plus à son penchant pour l’alcool.
Pourtant, Marie Anne Pelletier, l’épouse aimante, s’obstinait :
« C’est point un mauvais gars ! »

Oui, certes, mais alors pourquoi se retrouvait-elle, se tenant la tête à deux mains, en ce jour du 18 août 1845, dans la mairie de Villettes ?

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Voilà !
La veille, 17 août 1845, Jean Baptiste Delimegue était rentré vers les neuf heures du soir, ivre à ne plus tenir sur ses jambes, trainant avec lui un relent d’alcool épouvantable et persistant, et, bien que n’ayant reçut aucun reproche, il avait hurlé d’une voix pâteuse :
« Et pis, toi, hein, dis rin ! »
Il avait alors ponctué cette petite phrase hargneuse en assenant un coup de poing magistral sur le crâne de son épouse avant de bousculer la petite Marie Françoise qui chuta lourdement sur le sol de terre battue, en hurlant.
Entendant tous ces cris, l’homme furieux devint de plus en plus menaçant.

Ce remue-ménage alerta les proches voisins qui accoururent au plus vite pour porter secours.
Il y avait là, Jean Baptiste Bourdon qui essayait de calmer le forcené et Adolphe Bourder qui en profita pour emmener la mère et la fille hors du domicile conjugal, afin de les mettre hors du courroux de Delimegue.

Voilà pourquoi, le lendemain, Marie Anne Pelletier déposait plainte contre son époux pour coups et blessures ;
« Pas un mauvais bougre, sauf quand il est plein comme une barrique !! répétait-elle, peut-être tout simplement pour s’en persuader elle-même, mais cela arrivait de plus en plus fréquemment, et cette fois-ci, il s’en était pris à la petite Marie Françoise, et ça, en mère attentive, Marie Anne Pelletier ne pouvait l’accepter.

Le soir, la pauvre femme alla coucher, avec son enfant, chez le sieur Guerard, cultivateur à Villette, chez qui elle trouva asile.

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Le couple Delimegue-Pelletier résista-t-il ?
Résista-t-il, encore, après cette nouvelle plainte pour vol, déposée le 28 octobre 1855 ?

Encore une plainte pour vol ?
Je sens que vous voulez en savoir plus.
Je ne vais donc pas vous faire languir plus longtemps.


Le marquis Charles Théodore Casimir de Toustaint de Limesy, demeurant à Canappeville, possédait des terres sur le territoire de Villettes, au triage de la porte du Neubourg. Quatre-vingt treize ares. Une belle terre entretenue et surveillée par le sieur Bernay, fermier dudit marquis.
Sur ce terrain, des poiriers qui étaient propriété de ce marquis, bien évidemment.
Et savez-vous quoi ?

A l’heure où tout individu était sensé dormir profondément, à quatre heures et demie du matin, le 27 octobre 1855, deux hommes veillaient.
Le premier, Jean Baptiste Delimegue, qui ramassait des poires sous les poiriers dans le champ du marquis Charles Théodore Casimir de Toustaint de Limesy, justement.
Le second, le sieur Bernay qui vadrouillait par les chemins de Villettes, surveillant les biens qui lui avaient été confiés. Et il avait eu raison, le sieur Bernay, car sans sa petite virée nocturne, il n’aurait pas surpris Jean Baptiste Delimegue, dérobant des poires.


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En fait, rien de bien extraordinaire ! Toutes ces petits délits étaient courants.
Pas excusables pour autant. N’allez pas me faire dire ce qui ne m’effleure même pas l’esprit !
Mais, en ce XIXème siècle, ils pouvaient entrainer des peines de prisons, surtout si il y avait récidive.
Et, présentement, c’était le cas !

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Sur l’acte de décès de Marie Anne Geneviève Pelletier, en date du 13 juillet 1869, nous pouvons lire :

« .... décédée dimanche onze juillet mil huit cent soixante neuf à neuf heures du soir en son domicile situé à Criquetot hameau de Villlettes, soixante-dix-sept ans sept mois quatorze jours, née en cette commune le vingt sept novembre mil sept cent quatre vingt onze, fille de Lambert Michel Alphonse Pelletier et Marie Anne Dubos, veuve de Jean Baptiste Delimegue..... »

Jean Baptiste serait donc décédé entre le 28 octobre 1855 et le 13 juillet 1869, mais ce ne fut pas à Villettes.

Encore une petite plainte découverte
dans les registres de Villettes.
« Faits divers et fréquents »




[1] Vous remarquerez, lecteurs, que la petite avait reçu les mêmes prénoms que la première épouse de Jean Baptiste. Marie Anne en fut-elle fâchée ? En ce qui me concerne, j’aurais été furieuse !!!!
[2] Environ 14 kgs

mardi 10 avril 2018

ECRITURE D'UNE LETTRE.....


Je me souviens, lorsque j’étais enfant, en classes de primaires, - oui, je sais, il y a bien longtemps, ce qui donne  d’autant plus  de valeur à ce souvenir – nous avions, mes camarades et moi, juste à la rentrée en septembre, pour notre premier exercice de rédaction, toujours droit au même sujet.
Vous allez dire que, le sachant, nous pouvions nous préparer à l’avance.
Oui, certes !
Mais n’oubliez pas que nous étions « EN VACANCES », tout de même !

Enfin ! Revenons au sujet de la première rédaction de septembre qui  consistait à « remercier, dans un courrier, les personnes qui nous avaient reçues, seules ou en famille, pendant quelques jours de vacances ».

Petite précision qui a son importance.
Dans les années 1950, début 1960, peu d’entre nous partait en vacances. Ce n’était pas encore dans les habitudes, sauf pour les classes les plus aisées. Enfants, nous allions chez nos grands-parents qui nous gardaient.
Et toujours dans ces mêmes années, pas de texto et pas d’abréviation. Phrases bien construites, vocabulaire choisi et bien choisi, sans faute d’orthographe. Le tout écrit avec des lettres bien formées, à la plume sergent-major, avec pleins et déliés.
La classe !!!

Alors...... Vous ne voyez pas où je veux en venir ?

Eh bien, je vous propose d’écrire une lettre, à qui vous voulez.
Lettre d’invitation, de remerciements, de souhait de prompt rétablissement qui peut, au cas où l’état du malade destinataire du courrier ne s’arrange pas, devenir lettre de condoléances à la famille...... Ou encore lettre de protestations suite à un énorme désagrément.
Vous avez le choix du destinataire et de la situation.

J’attends vos écrits que j’espère nombreux.
Alors, à vos plumes !
Bon courage.

PS
Pas de texto, style : « C T bien – Koi dire d’autre –  merci ».
Ni de télégramme, style : « bien arrivé – stop – merci pour séjour – stop – A bientôt – et re-stop » 


mercredi 4 avril 2018

HISTOIRE DE VILLAGE - Le curé d'Ecquetot


Le curé d’Ecquetot

Il y a toujours eu des mécontentements dans les paroisses.
Certains trouvaient que leur curé était le meilleur homme qui soit au monde, d’autres par contre, avaient perpétuellement quelque chose à redire.
Il en était de même pour le maire, le juge de paix, le garde-champêtre.... Enfin pour toute personne exerçant une certaine autorité, qu’elle soit spirituelle, administrative ou judiciaire.
Mais, de là à ce que les désaccords soient exposés à la une du journal !

Depuis quelques jours, c’était monsieur le curé qui était la cible de tous les mécontentements.
Et dans la commune d’Ecquetot, ça jasait ! Et chacun y allait de sa petite phrase. Deux clans, bien sûr !

« C’est y pas possible de r’fuser l’église à un mort ! Tout d’ même !
-          Pour sûr ! Sauf, si c’est des mécréants !
-          L’ bon dieu, i’ f’ra pas la différence, va !
-          L’ bon dieu ? Faudrait qu’il existe ! Tu l’as vu, toi ?
-          Justement non ! Alors pourquoi tout ça ?
-          Pourtant, avec ce qu’ t’écume à longueur de temps, tu d’vrais y croire au bon dieu. Saoul comme t’es du matin au soir, i’ t’protège ben ! Tu dvrais êtr’ mort !
-          Pas passer par l’église, c’est direct l’enfer, i’ parait !
-          Ça c’est l’curé qu’i’ l’ dit !
-          C’est qu’i’ voulait point s’ confesser !
-          Pourtant, il était point l’dernier à fauter, dis donc. Quand il était jeunot, non de d’là !
-          T’es qui pour juger, toi ? T’en as fait autant...  et pis, même pire !
-          Et pis l’autre, là. Pas d’église non plus !
-          Et pourquoi donc, c’lui-là ?
-          Il était passé d’vant l’ maire, mais pas d’vant l’ curé !
-          Et après ! Qu’est-ce qu’ ça change ?
-          Ça change qu’ il était point marié à l’église.
-          Et alors ?
-          Alors ? Mais c’est qu’il vivait dans l’péché ! et pis sa femme avec lui !
-          La belle affaire ! L’ pauvre vieux. Il est mort à c’t’ heure. Qu’est-ce que ça fait, nom de dieu !

Monsieur Bataille, le curé d’Ecquetot était donc critiqué pour avoir refusé les derniers sacrements à un défunt parce que celui-ci n’avait p  as voulu se confesser.
De plus ce moribond  avait même refusé sa porte au messager de Dieu !
Il aurait même hurlé, depuis son lit de douleur :
« Qu’il aille au diable, celui-là ! »
Ce qui était, vous en conviendrez, très mal venu.

Ce fut pareil pour un autre homme qui, lui, n’était pas marié à l’église.
Cet autre homme, un ancien militaire, aurait promis que s’il guérissait, il se marierait à l’église.
Sauf que...... il ne guérit jamais, puisque la maladie qui le rongeait l’avait emporté. Alors, il n’avait pas renié sa parole.

Un des habitants d’Ecquetot ne voulut pas en rester là. Il prévint la presse.
Le « Journal de Rouen », en sa première page, le 18 novembre 1838, par le biais, de ce paroissien fort mécontent, rédigea l’article qui suit :
« On nous signale un acte d’intolérance qui aurait été commis, récemment, par M. le Vicaire d’Ecquetot, près du Neubourg. Le prêtre aurait refusé d’inhumer une personne qui, atteinte d’une violente maladie, n’avait pas voulu se confesser.
Antérieurement M. le Vicaire avait refusé la sépulture ecclésiastique à un vieux militaire qui, à la vérité, n’était pas marié à l’église, mais qui, pendant sa maladie, avait promis sur l’honneur qu’il ferait bénir son union aussitôt qu’il serait rétabli.
Nous ne pouvons que déplorer, comme nous l’avons fait tant de fois, de pareilles tendances, qui compromettent la cause de la religion, au lieu de la servir. »

Cet article fut lu par le sieur Bataille, curé d’Ecquetot, qui, se sentant attaqué dans l’exercice de sa fonction, répondit au rédacteur du quotidien de Rouen, par l’intermédiaire du journal « L’ami de la religion et du roi », journal ecclésiastique et politique.
Non pour se justifier, mais pour remettre dans le contexte ce que l’on venait de qualifier d’« actes d’intolérance » en ce qui concernait sa manière de gérer sa paroisse et de considérer ses paroissiens.

Voilà, la réponse du curé Bataille au rédacteur, auteur de l’article incriminé :
Premièrement. On vous fait dire que j’aurais refusé d’inhumer une personne qui, atteinte  d’une violente maladie, n’avait pas voulu se confesser.
Faux ! Complètement faux !
J’ai enterré, tout récemment, un individu (le même dont vous parlez dans votre journal) dont la digne épouse m’avait interdit l’entrée de sa chambre, qu’après l’ordre qu’elle en avait reçu.
On ne vous a pas dit que la veuve n’ayant pas le moyen de payer les honoraires, je lui en ai fait remise.
Deuxièmement. Antérieurement, vous fait-on dire encore, Monsieur le Vicaire (il n’y a point de vicaire à Ecquetot, je suis curé et vicaire tout à la fois) avait refusé la sépulture à un vieux militaire qui, à la vérité, n’était pas marié à l’église, mais qui pendant sa maladie, avait promis sur l’honneur qu’il ferait bénir son union aussitôt qu’il serait rétabli.
Il est vrai que j’ai refusé sans qu’il m’en soit resté le moindre scrupule, un vieux militaire qui n’était pas marié à l’église ; mais il est de toute fausseté que ce vieux militaire m’ait promis sur l’honneur de faire bénir son union aussitôt qu’il serait rétabli.
C’est positivement là que je voulais l’amener, mais c’est ce que je n’ai jamais pu obtenir de lui, ni de sa femme.
Sa dernière parole a été : « Laissez-moi tranquille, vous m’embêtez. »
Voilà les faits tels qu’ils se sont passés, il y en a beaucoup de témoins.
Signé Bataille, Curé d’Ecquetot.

Comme je vous l’ai déjà dit, pour en arriver à cette explication, cela a dû faire grand bruit dans la comme d’Ecquetot.

De quelles inhumations s’agissait-il ?
N’ayant aucun nom, je ne sais pas quels étaient les paroissiens en question.
Les informations des actes de décès d’hommes âgés que j’ai consultés sur les années 1837 et 1838, indiquaient qu’ils étaient veufs. Ce qui, manifestement, n’était pas le cas des deux défunts.
Aucune mention « ancien soldat » sur les documents. Cela aurait été trop facile !

Qui était Monsieur le Curé Bataille ?
Là, j’ai fait chou-blanc. Je suppose qu’il quitta sa paroisse d’Ecquetot après cet article......

Nous voyons bien que les articles montrent un certain désaccord dans les faits.
Le rédacteur nota ce qu’il avait entendu ou lu.
Le prêtre, les faits qu’il avait vécus.
Un prêtre ne doit pas faire péché de mensonge, alors, sa version devrait être la bonne.

Mais, tout de même, Monsieur le Curé, que vous aurait coûté de bénir la dépouille de ce vieux monsieur, ancien militaire.
Même si vous pensiez que votre conscience vous imposait ce refus..... Le pardon est tout de même la meilleure des actions.
Enfin, ce qui est fait, est fait, on ne peut revenir sur le passé !


Faisant des recherches sur la commune d’Ecquetot,
dans les journaux anciens, j’ai découvert ce fait divers.
J’ai donc voulu vous le faire partager.