mercredi 15 août 2018

HISTOIRE DE VILLAGE - 1792 ....... VILLETTES DANS L'EURE


Mil sept cent quatre-vingt douze......

    
Situé dans l’Eure, Villettes était un petit village comme beaucoup d’autres où l’on vivait tranquillement, presque retranché du monde.
Oh, bien sûr, ce n’était pas le paradis.
Comme partout, on y subissait les caprices du temps faisant des années aux récoltes abondantes et d’autres où la famine épuisait les forces morales et physiques. Ces années-là, les plus faibles rejoignaient les anciens qui reposaient dans le petit cimetière.
C’était ainsi depuis la nuit des temps, et se révolter n’aurait rien changé.

Comme beaucoup d’autres avant lui et bien d’autres après, Jean Baptiste Signol avait vu le jour à Villettes.
Il y avait reçu le baptême dans la petite église. Jour de joie qui annonçait la venue d’un enfant et pour l’accueillir comme il se devait, les cloches carillonnèrent à toute volée.
Ce fut également dans cette même petite église qu’il épousa, le 21 février 1743, Marie Ducy, et les cloches, ce jour-là encore, résonnèrent avec allégresse.
L’église, en ce temps-là, était le lieu de rassemblement du village.
On s’y retrouvait le dimanche matin et les jours de fêtes religieuses pour célébrer le « Très Haut » et lui demander protection et soutien.
On s’y retrouvait pour les moments de joie, baptêmes et mariages.
On s’y retrouvait pour les derniers hommages à ceux  qui avaient parcouru un bout de chemin avec soi.
Joies, chagrins, se partageaient là, et Monsieur le Curé, humble maître des lieux, soutenait du mieux possible chaque âme vivant dans sa paroisse.
Le rôle de ce saint-homme ne se bornait pas qu’à cela, il était un peu la « gazette », annonçant au cours des offices les évènements concernant non seulement le village, mais ceux des villages environnants, surtout si les habitants de ceux-ci étaient dans le besoin suite à une catastrophe. Il y a toujours plus nécessiteux que soi.
Charité chrétienne oblige !
Pour les nouvelles, il y avait aussi l’estaminet du cabaretier, dans lequel s’arrêtaient les rouliers et colporteurs. En ce lieu sentant la sueur et le mauvais alcool, les nouvelles circulaient, souvent déformées au gré de l’humeur du conteur. Il fallait bien garder l’attention de l’auditoire !
En ce lieu, donc, on parlait aussi politique, ce qui faisait que souvent les esprits s’échauffaient, déclenchant des bagarres.
« Dehors ! hurlait alors le cabaretier craignant voir son commerce ruiné. Allez régler ça dehors ! »

Jean Baptiste Signol, lui, écoutait comme tout à chacun, mais tout à son nouveau rôle d’époux, ce qui l’inquiétait, lui, c’était l’avenir, le sien, mais aussi celui de son épouse Marie et du petit qui allait naître prochainement. Jean Baptiste était d’autant plus inquiet que la santé de la future maman était fragile.

Les inquiétudes de Jean Baptiste se révélèrent fondées. Le 28 janvier 1744, au foyer, naquit une petite fille baptisée Marie Elisabeth. Chétive, elle n’eut pas la force de téter. Deux jours après sa venue au monde, le 30 janvier 1744, elle fut portée en terre.
Marie Ducy savait pourtant que beaucoup de bébés mouraient peu après leur naissance. La vie était ainsi faite ! Mais, elle n’aurait jamais cru que cela pouvait lui arriver. Lorsqu’elle avait annoncé sa grossesse à son époux, elle resplendissait de bonheur, et malgré les nausées et malaises, elle se montra vaillante à l’ouvrage, cousant et tricotant le soir devant l’âtre en chantonnant.
L’accouchement avait été difficile. La matrone avait dû faire intervenir le médecin.
Epuisée à présent, Marie, alitée, voyait tous ses rêves lui échapper. Le berceau vide avait été enlevé, mais il lui restait la souffrance, celle physique de son ventre meurtri et de ses seins pesant de lait inutile, de ses mains et bras vides cherchant l’enfant défunt, de son cœur brisé de la perte de ce premier petit, prometteur de bonheur et de tendresse.
S’alimentant de moins en moins, Marie Ducy déclina.

Revêtu du même costume que l’an dernier, Jean Baptiste Signol se retrouva dans la petite église. Triste anniversaire que ce 22 février 1744, où il se retrouvait veuf.
Marie Ducy avait rejoint leur petite Elisabeth, ce fut ce que monsieur le curé, les mains jointes, dit, à la fin de la cérémonie :
« Elles sont maintenant réunies au Royaume des Cieux ! »
Bien triste consolation !
Jean Baptiste, lui, ne se retrouvait-il pas seul, sur cette terre ?

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Merci de votre commentaire. Il sera lu avec attention.