mercredi 13 février 2019

Embobeliner




Voilà encore un mot bien joli et qui sonne bien.

On le découvrit au XVIème siècle, dans le centre et l’ouest de la France. A cette époque (1587), on le trouvait   sous la forme de « emboubelinez ».
Composé à partir de « bobelin » qui, vers 1380,  désignait une chaussure grossière ou peut-être tout simplement les toiles  que s’enroulaient  certains miséreux autour des pieds pour ne pas avoir froid.

Au XVIème siècle, ce mot dialectique  « embobeliner » s’employait au sens de « emmitoufler, harnacher, envelopper de vêtements », mais petit à petit, la dérive des mots aidant, il s’employa pour « duper – enjôler – séduire quelqu’un par des paroles »,  définition qui le caractérise encore aujourd’hui.
Alors pour plus d’explications, je pourrais ajouter qu’un embobelineur embobeline par ses embobelinages.

A partir du XIXème siècle,  « embobeliner » devint « embobiner ».
 J’ai toujours entendu ce mot de la bouche de ma grand-mère.
Parlant d’une jeune femme qui s’était laissée séduire, elle disait  :  « Elle s’est laissée embobinée ! »
Dans l’esprit de ma grand-mère,  il était certain que la pauvre femme avait été dupée, trompée, assurément par les  paroles d’un bellâtre.
Guy de Maupassant utilisa, dans une de ses nouvelles, « embobiner » pour parler de  quelqu’un enveloppé de vêtements.
« Embobiner », c’est enrouler autour d’une bobine, pas du tout la même origine !
Je pourrais donc conclure en affirmant qu’il y a eu à un moment donné, dans le langage courant, une confusion entre les deux mots et que ce fut ainsi que « embobeliner » perdit sa syllabe « be ».
Quel dommage ! Ainsi amputé, le mot est nettement moins attrayant !

Enfin, que voulez-vous ! Ainsi vont les mots !
Le principal étant que vous ne vous laissiez pas embobeliner !!


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