mardi 20 mars 2018




"Les odeurs"
C'était bien là le sujet de ce mois
Deux articles m'ont été adressés. 
je remercie les deux courageux écrivains.

Je vous en fait part afin que vous en preniez connaissance.
Vous constaterez qu'ils sont bien différents l'un de l'autre.
Dites-moi ce que vous en pensez.

En attendant vos commentaires,
cela va me laisser un temps supplémentaire pour vous adresser le mien...............


Premier texte

Je suis lasse, lasse de sentir les mauvaises odeurs :
-          Je pue
-          Tu pues
-          Il pue, ça pue…
-          Nous puons
-          Vous puez
-          Ils puent…

Non mais sans blague !!

Coupons notre nez, pour ne plus sentir !
Que c’est laid un nez ! 
Mais croisez quelqu’un à la fête du village et imaginez-le sans nez…
Je trouve cela très amusant !

Redevenons sérieux :
Les odeurs,
Amis, quel bonheur !
Si nous n’avions pas de nez, nous ne sentirions pas :
-          La couche du bébé qui est sale et qu’il faut changer !
-          L’odeur de la confiture dans la marmite
-          Les odeurs du soleil le matin,
-          L’odeur du feu dans la cheminée
-          Les champs en cours de fenaison
-          Le vin qui aurait la même odeur que l’eau
-          La viande bien faisandée,
-          Le lait frais…
-          La pluie qui arrive…
-          Le bois qui brûle dans la cheminée
Je vous le dis amis, vive notre nez !
-          Tant pis si nous devons supporter l’odeur de l’étable qui jouxte notre lit !
-          Tant pis pour nos odeurs de transpiration,
-          Tant pis pour la soue du cochon,
-          Tant pis pour les fientes de poules,
On appréciera d’autant plus :
-          La paille neuve pour la ménagerie
-          Le prochain lavage de printemps avec la cendre
-          Le bain dans la rivière,
-          La lavande récoltée l’année dernière
-          Aérer le logis aux beaux jours
-          Vivre à l’air libre

Les odeurs, nos odeurs sont affaires d’habitudes. Il faut faire avec…
Nous, gens de la campagne supportons nos odeurs et celles de nos animaux.
Nous aurions bien du mal à vivre en ville et voir courir et sentir les eaux sales dans les rues !

Allons après toute cette réflexion, j’ai grande envie de sentir meilleur…
Ma cousine m’a ramené de l’eau de Grasse, pour mes 15 printemps. Cela fait longtemps. Quels souvenirs cette année-là ! Exceptionnellement aujourd’hui, je m’en vais m’y mettre une petite goutte derrière l’oreille, là où le Gustave il aime bien y mettre son nez…
A bientôt !

B.D.


second texte

Les dernières sensations d’un défunt restent celles les plus marquantes de sa vie. Je peux dire ceci en connaissance de cause, je travaille dans le domaine. Certains me diront que c’est un peu morbide, même de mauvais goût, mais il reste que, pour identifier proprement l'environnement de nos ancêtres, on n’a pas trouvé mieux. Quand une personne est à l’article de la mort, les sensations qu’il éprouve reste gravés dans son cerveau, un peu de la même manière qu’on grave un 78 tours : les bruits, les odeurs… Toutes les sensations de la dernière minute de sa vie sont préservés avec une incroyable clarté. Mon travail, à moi, reste à revivre ces moments pour analyser leur entourage et pouvoir plus facilement comprendre la vie de nos ancêtres. Une des principales difficultés de mon métier reste le fait que les mourants ferment souvent les yeux en leur dernière heures… Il faut alors utiliser les autres sens pour explorer les lieux, chose plus facile à dire qu’à faire. Sauf pour moi. Je suis aveugle. Je l’ai toujours été. Mon monde n’est que odeurs, bruits et touchers. C’est pour ça qu’on m’appelle toujours pour les analyses au laboratoire : je suis un des meilleurs dans le métier, c’est tout. Je m’allonge dans la capsule qui va me connecter aux derniers instants du mort. On appelle affectueusement la machine le gramophone dans notre domaine. On m’a déjà donné le vrai nom une fois, mais il était tellement complexe que je l’ai immédiatement oublié. Je me détends tranquillement, chassant de ma tête toutes pensées inutile : il faut avoir l’esprit ouvert pour être capable de Recevoir proprement. Je n’aurai qu’une minute pour déceler le maximum d’informations et qu’un essai : après cela, les sensations gravés seront trop dégradées pour être lues. Le gramophone vibre un instant avant de commencer son opération, me plongeant dans une torpeur soudaine. Où suis-je? J’ai les yeux fermés, mon souffle rauque et faible réussi difficilement à passer entre mes lèvres. Je suis si fatigué, je n’arrive même plus à ouvrir les yeux. Le froid qui m’entoure me givre les lèvres et, malgré l’épaisse couverture que j’arrive à deviner sur mon corps, je sens mon corps raidit, mes articulations comme figés, gelés. Je prends une profonde inspiration qui sort en toux brutale. L’odeur boisée, adoucie de vanille et fraîche du foin embaume la pièce, un bois que je connais mais que je peine à déceler : l’épaisse nappe âcre de fumée du feu que j’entends crépiter non loin m’empêche de me décider. Je peux sentir ce bois inflexible sous mes doigts empoussiérés. Pourquoi sont-ils couverts de cette fine poussière? Une nouvelle quinte de toux déchire mes pensées tandis que j’ai l’impression d’essayer de cracher mes poumons. Je sais que ce sont mes derniers instants, mes derniers moments en ce monde et pourtant, pourtant je suis si seul. J’inspire de nouveaux profondément. Ma sueur maladive emplit mes narines de leur senteur salé et musqué, mêlée à des odeurs de transpiration plus saines mais malheureusement plus anciennes, vestiges d’un temps où je n’étais pas cloué en ce lit. Un vent, aussi léger que glaciale siffle au travers du carreau brisé de ma fenêtre, amenant avec lui autant de joie que de tristesses. Au-dehors, je peux sentir le potage de pomme-de-terre, de carottes et de panais, l’odeur de ceux qui vivent, ceux qui ne sont pas à mes côtés en mes derniers moments. Pour autant, le vent fait circuler l’air en ma chaumière, éloignant de mes poumons ma sueur pour m’amener de nouveau le bois avec une soudaine clarté : vanille, foin et... noix de coco. J’essai de soupirer mais sans grand succès, une contraction soudaine de ma poitrine me faisant grimacer. La douleur s’étend et s’accélère. Je ne veux pas être seul, j’ai si peur, il fait si froid, si noir. Pourquoi n’ai-je pas le droit à la chaleur de nouveau? Le feu est si proche et pourtant si loin… Je peux entendre les rires et chants des personnes que je connaissais au-dehors, des chants qui autrefois emplissaient ma propre gorge, ma propre bouche. Je serre les poings, mes doigts crissent de la poussière qui les enveloppent tandis que j’essai, une dernière fois, d’emplir mes poumons de cet air, de pouvoir chanter une dernière fois ces paroles. L’air qui s’engouffre entre mes dents porte en lui l’odeur sèche de terre et de bois du charbon et, quoi que je fasse, je n’arrive pas à l’expirer. Cet air qui porte en elle l’odeur de l’ensemble de ma vie, refuse de me quitter tandis que je reste là, bloqué, les lèvres entrouvertes, le visage crispé de douleur. Aucun son ne peut s’échapper de ma gorge, aucun cri final marquant la fin de ma vie, pour dire aux autres que j’ai existé. Cette odeur de charbon est la seule témoin de mon passage, la seule qui ai voulue m’accompagner jusqu’au bout. Le charbon a été ma vie, ma mort et mon seul témoin. La douleur, omniprésente maintenant, pernicieuse, vicieuse et insipide me paralyse et me vole rapidement le reste de mon corps. JeLe gramophone vibre au-dessus de ma tête et je cligne des yeux, le souffle rauque, emplissant mes poumons de l’air aseptisé, purifié du laboratoire. On ne nous laisse jamais vivre les dernières dix secondes: ce serait trop traumatisant. Mon corps entier tremble tandis que je masse mon torse. Les sensations que j’ai vécu m’ont semblés si réels, je pouvais sentir l’étreinte de la mort sur mon corps. Je prends quelques instants pour reprendre mes esprits avant de pousser le haut de la capsule. “Alors?” me demande l’assistante. “Un mineur du nord de la France, sans aucun doute. Le chêne pédonculé, l’odeur du charbon, le potage, les chants, le froid.” Je ne suis jamais très bavard lorsque je reviens d’une de mes reconnaissances. Cet homme était mort avec la certitude d’être seul, oublié de toutes et de tous. Pourtant, moi, je me souviendrai de cet inconnu aux doigts poussiéreux de charbon. Je me souviendrai de sa peur et de sa dernière bravade devant sa fin, même si, au final, il n’a pas pu laisser échapper son cri. Repose maintenant en paix, mineur du nord, tu n’es pas oublié.

C.L.

Il est encore temps de m'envoyer des textes si vous le souhaitez !



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