Des
siècles d’empoisonneuses....................
L'AFFAIRE LAFARGE
Chapitre 4
Les deux époux s’étant rapprochés, avaient convenu de faire établir
des testaments léguant leur fortune réciproque à l’autre en cas de décès. Une
manière de préserver l’être aimé, puisque l’amour commençait à naître.
La vie s’écoulait donc dans un quotidien apaisé.
Marie Fortunée aux soins du ménage.
Charles travaillant à un brevet d’invention concernant un procédé
permettant de réduire fortement les frais de chauffage dans la fabrication du fer.
Le brevet au point, Charles se rendit à Paris, en novembre 1939, afin
de déposer son brevet d’invention, et régler les problèmes financiers que les
transformations de la forge allaient engendrer.
A Paris, il s’installa dans un hôtel de la rue Sainte-Anne, à
l’enseigne « Hôtel de l’Univers ». Un établissement soigné et
confortable pour un moyen séjour, tout en étant d’un prix raisonnable.

N’y avait-il pas une relation amoureuse, entre les époux ? La
modification de cet acte atteste toutefois une certaine hypocrisie du côté du
mari, très intéressé par la dot de son épouse !!
Puis Charles Lafarge s’occupa de ses affaires.
Marie Fortunée profita de l’absence prolongée de son mari pour faire
un grand ménage. La bâtisse était infestée de rats, plusieurs de ses effets
avaient ainsi été détériorés. Aussi chargea-t-elle un domestique engagé par son
époux, du nom de Denis Barbier, homme au passé douteux, de se rendre à Uzerche, pour se procurer de
la mort-aux-rats chez le pharmacien Eyssartier.

Aussitôt la miniature achevée, elle la fit parvenir à Charles
accompagnée de gâteaux à la crème.
Le colis fit un voyage de quatre jours avant de parvenir à son
destinataire, le 18 décembre 1939.
Les gâteaux ne devant plus être de première fraîcheur, Charles Lafarge
fut aussitôt pris de douleurs abdominales, de vomissements et de migraines.
Pensant à une indisposition passagère, il poursuivit ses démarches,
mais son état l’obligea à rentrer plus tôt que prévu en Corrèze.
Avant de quitter la capitale, Charles Lafarge, reçut d’un notaire de
Soissons une somme de vingt-cinq-mille francs[1].
Un emprunt sur les biens de son épouse qui lui avait signé une procuration à
cet effet.
Ce fut en piteux état que Charles arriva au Glandier le 3 janvier
1840. Le médecin, Monsieur Bardou, appelé en urgence, ne diagnostiqua qu’une
angine et une inflammation de l’estomac. Il préconisa beaucoup de repos. Marie
Fortunée confectionna elle-même, laits de poule et divers autres remèdes
qu’elle savait bons dans ce cas précis, comme des tisanes de fleurs de mauves,
et aussi effectuées avec des racines de guimauve et du bouillon blanc.
La vie de la maison ne tournait qu’autour du malade. Madame
Lafarge-mère se lamentait, son fils avait été empoisonné à Paris par ses
ennemis. Elle en était sûre.
« Tout comme mon pauvre mari, pleurait-elle. Il a été empoisonné par un rival, lors d’un
déjeuner. Le poison ? Dans un morceau de nougat ! Les mêmes symptômes
que ceux de mon Charles. »
Le docteur Bardou démentit. Il avait lui-même soigné Monsieur
Lafarge-père avant sa mort. Aucun signe de poison.
« Ce ne sont que craintes chimériques », avait-il ajouté.
Mais, malgré les soins attentifs de son épouse, l’état de Charles ne cessât de s’aggraver et le médecin, appelé de nouveau, restait impuissant. Il finit donc par demander l’avis d’un de ses confrères. Ce fut le docteur Massenat qui vint au chevet du malade. Rien de bien inquiétant, selon lui, les vomissements n’étant que le résultat du mouvement spasmodique de l’estomac.
Marie Fortunée, bien qu’atteinte également de maux de ventre et de
vomissements, passait ses jours et ses nuits auprès de son mari. Sa belle-mère
également. La fatigue et l’angoisse aidant, les deux femmes finirent par
échanger des mots aigrelets....
Peu à peu, Madame Lafarge-mère, jusqu’ici affable et aimante envers sa
belle-fille, se déchaina en reproches et accusations. Soupçonneuse, elle épiait
la jeune femme et entraîna dans son espionnage sa fille Marie Joséphine
Pouch-Lafarge, épouse Buffière, et les domestiques de la maison.
A chaque fois que Marie Fortunée préparait un remède, les yeux qui
l’épiaient voyaient de la poudre blanche d’arsenic, toujours et encore. Une
réelle obsession.
Alors, quand après quelques jours d’horribles souffrances, Charles
Lafarge rendit l’âme, le 14 janvier 1840, à six heures du matin, madame
Lafarge-mère fit courir dans tout le pays, allant jusqu’à prévenir le procureur
du roi que c’était sa belle-fille qui avait assassiné son enfant chéri.
[1] Cette
somme ne fut pas retrouvée dans les bagages de Charles Lafarge. Madame Mère
affirma qu’il n’y avait que trois ou quatre mille francs.
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